Géopolitique du Reis (Josseran T.)

Nous sommes heureux d’accueillir ce texte de Tancrède Josseran, spécialiste émérite de la Turquie. Attaché de recherche à l’Institut de Stratégie de Comparée (ISC) il a notamment dirigé le numéro 124 de la revue Stratégique sur la Turquie. Merci à lui. LV

La politique étrangère d’Ankara déroute. Depuis l’arrivée au pouvoir de Recep Tayyip Erdogan (2002), elle a connu d’incessants va-et-vient. Tour à tour candidate à l’Union Européenne, élève modèle du FMI, héraut d’un « islam modéré », Ankara marche désormais sur les brisées des démocraties illibérales et regarde vers l’Eurasie. Ce jeu de bascule déconcerte.

Source

Est-il le produit des caprices d’un vulgaire démagogue assoiffé de pouvoir ? Erdogan serait-il juste un homme de coup dépourvu de toute vision d’ensemble ? Rien n’est plus discutable. En dépit de toutes les oscillations d’une politique drossée par les embruns d’un monde en ébullition et des emportements du Reis [le chef], il existe un objectif jamais démenti : faire ou refaire de la Turquie une puissance globale. En réalité tout est lié : le projet islamo-conservateur coiffe l’activisme extérieur qu’en politique réaliste Erdogan sait ajuster aux circonstances.

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La Vigie n° 165 : Global Britain | Quelles alliances pour la France ? | Lorgnette : Europe sur canapé

Lettre de La Vigie datée du 14 avril 2021

Global Britain

Trois mois après l’entrée en vigueur du Brexit, le gouvernement britannique a publié, en mars, deux documents chargés d’afficher le cap et d’allouer les moyens d’une stratégie interministérielle intégrant les politiques de sécurité, de défense et de développement avec la politique étrangère du pays. Cet exercice a permis au Premier ministre, Boris Johnson, de préciser le sens à donner au concept Global Britain, apparu au lendemain du référendum scellant le départ du Royaume-Uni de l’UE, en 2016. La connaissance de ces document est indispensable pour apprécier l’avenir d’une relation UK/UE à construire et plus particulièrement celle à développer entre la France et le Royaume-Uni, liés par des intérêts communs, un traité de sécurité bilatéral, une alliance au sein de l’OTAN et qui, selon les domaines, sont alliés, partenaires ou rivaux.

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Quelles alliances pour la France ?

Poser la question des alliances ne revient pas tellement à savoir avec qui ou contre qui s’allier qu’à déterminer pour quoi le faire. Certes, les institutions héritées du XXe siècle demeurent utiles pour la France, qu’il s’agisse de l’Onu, de la francophonie, de l’Alliance atlantique ou de l’Union européenne. Pourtant, aucune ne répond à la stratégie intégrale nécessaire face à une nouvelle conflictualité sous le seuil. Il faut donc compléter ces instruments par d’autres alliances, plus fugaces et moins structurées, mais ductiles.

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Lorgnette : Europe sur canapé

La récente rencontre entre la Turquie et les représentants européens a tourné à la farce. À l’issue de la rencontre, le président du Conseil, Charles Michel, est allé s’asseoir dans un fauteuil face à R. Erdogan alors que la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, se retrouvait à l’écart sur un sofa.

Les commentateurs ont beaucoup critiqué le dirigeant turc, soupçonné d’avoir manigancé cette mauvaise manière. Ce fut ensuite M. Michel qui fut critiqué, accusé de machisme. Pour le coup, la faute en revient surtout à l’Union. R. Erdogan a pour habitude de ne mettre qu’un fauteuil à ses côtés lorsqu’il reçoit un chef d’État et il aurait pu difficilement en mettre deux, au risque de paraître dominé. De plus, il cherche en ce moment à se réconcilier avec les Européens.

Hiérarchiquement en effet, le président du Conseil est au-dessus du président de la Commission. On peut certes critiquer les services protocolaires européens qui n’ont pas décelé l’incident ni prévenu les dirigeants européens. Surtout, l’Union a eu tort de venir à deux. Elle a ainsi montré ses faiblesses et son organisation compliquée.

Dans le cas présent, l’alambiquage byzantin était européen, non du côté turc.

JOCV

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La Vigie n° 156 : Mourir pour Varsovie ou pour Bruxelles ? Que nous dit Erdogan ? Lorgnette : présidentielle 2022

Lettre n° 156 de La Vigie datée du 9 décembre 2020

Mourir pour Varsovie ou pour Bruxelles ?

La politique polonaise est souvent pointée du doigt et l’actualité concernant le blocage du budget européen est clairement une crise. Mais avant de juger, ne s’agirait-il pas de notre côté d’une incompréhension d’une Pologne plus rationnelle qu’il n’y paraît ?

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Que nous dit Erdoğan ?

R. Erdoğan est aujourd’hui dépeint par certains comme le principal adversaire de la France. La provocation est un art qu’il faut décoder pour ne pas tomber dans son piège. Le dirigeant turc est un habile politique qui a su se maintenir au pouvoir depuis plus de quinze ans et change désormais son assise intérieure. Cela motive une grande partie de son actuelle politique extérieure, dont le point de friction majeur se trouve en Méditerranée orientale. Bien le diagnostiquer permet d’envisager la conduite stratégique à tenir.

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Lorgnette : Présidentielle 2022

Bien évidemment, comme à chaque échéance de ce type, les élections de 2022 ne se joueront pas sur notre activité diplomatique et sur nos actions militaires extérieures. Bien évidemment, les questions sanitaires, sociales et économiques d’un côté, l’ordre public, la sécurité intérieure et le terrorisme domestique de l’autre, seront le cœur du réacteur électoral de 2022. Pour autant, faut-il considérer que tout est déjà dit par ce qui a été fait et qu’il n’y aura aucun enjeu extérieur à considérer pour l’élection à venir ?

Assurément non. Le monde change si vite aujourd’hui, de Washington à Pékin, de Moscou à Téhéran et Ankara (cf. ci-dessus), de Londres à Berlin, d’Alger à Bamako…

La Vigie se prépare à faire le point en 2021 sur les grands dossiers de la sécurité et de la défense de la France, à l’intérieur comme à l’extérieur.

Elle interrogera sa posture diplomatique, en Europe, en Méditerranée et dans le monde, ses capacités militaires et ses activités opérationnelles, sa stratégie générale de présence au monde. Ces travaux permettront de nourrir les projets politiques à venir et d’éclairer le jugement des électeurs en 2022.

JOCV

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Crédit photo :  U.S. Department of State

Que nous dit Erdoğan ? (LV 156)

R. Erdoğan est aujourd’hui dépeint par certains comme le principal adversaire de la France. La provocation est un art qu’il faut décoder pour ne pas tomber dans son piège. Le dirigeant turc est un habile politique qui a su se maintenir au pouvoir depuis plus de quinze ans et change désormais son assise intérieure. Cela motive une grande partie de son actuelle politique extérieure, dont le point de friction majeur se trouve en Méditerranée orientale. Bien le diagnostiquer permet d’envisager la conduite stratégique à tenir.

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La Turquie en Libye, entre intérêts économiques et calculs stratégiques (K. Abderrahim)

Le Pr Kader Abderrahim, directeur de recherche associé de La Vigie, nous livre ici son analyse de l’action turque en Libye. Merci à lui. LV

La France, se trouve dans une mauvaise posture diplomatique et stratégique en Libye. Les déclarations du président Emmanuel Macron sonnent comme un aveu d’impuissance. En dénonçant « la responsabilité criminelle de la Turquie … », le chef de l’État vise l’implication de l’armée turque en Libye et celle de milliers de miliciens syriens ou soudanais.

Source

Depuis son intervention militaire en janvier 2020, Ankara est parvenue à inverser le rapport de force au profit de son allié de Tripoli, Fayez Sarraj qui dirige le gouvernement d’union nationale (GNA), seule autorité reconnue par l’ONU. Officiellement la France reconnaît le GNA, mais elle apporte, en même temps, une aide militaire à son adversaire au pouvoir en Cyrénaïque (est de la Libye) le Maréchal Haftar. Celui-ci peut compter sur le soutien sans failles (financier et militaire), des Émirats Arabes Unis, de l’Égypte ou de l’Arabie Saoudite. Par ailleurs le maréchal Haftar peut s’appuyer sur les miliciens russes de la société privée Wagner. Continue reading “La Turquie en Libye, entre intérêts économiques et calculs stratégiques (K. Abderrahim)”

Trump et le Moyen-Orient (LV 118)

Certains battent les tambours de guerre à Washington contre l’Iran. Est-ce à dire que le conflit est inéluctable ? Probablement pas pour deux raisons : d’abord, D. Trump n’est pas partisan des engagements militaires : s’il est brutal, ce n’est pas un faucon à la différence de beaucoup dans l’établissement. Au fond, il veut faire monter les enchères pour pousser les Iraniens à négocier en position de faiblesse un nouvel accord. Pas sûr que ceux-ci tombent dans le piège… Car Trump devient prévisible…

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Étude n° 8 : Où vont nos voisins européens ?

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Étude stratégique n° 8, du  5  mai 2018

Nous avions écrit une étude stratégique reprenant les avis de nos principaux voisins européens au sujet de la France (ES n°4 de novembre 2016). Ce tour d’horizon nous paraissait nécessaire avant l’élection présidentielle.Il nous a paru utile de retourner le regard et de regarder les horizons stratégiques de nos principaux voisins. Comme toujours, il en manquera. De même, les esprits sourcilleux s’étonneront de voir, dans cette revue titrée sur l’Europe, les États-Unis de M. Trump ou la Turquie : disons que nous préférons ce terme de grande Europe à la notion d’Occident qui nous semble encore plus malaisée.

On s’aperçoit de beaucoup de points communs : des démographies pas toujours solides, des économies qui repartent lentement, surtout des troubles politiques qui partout empoisonnent la vie publique et démontrent que le modèle hérité du XXe siècle est à bout de souffle. Cela entraîne des à-peu-près stratégiques qui sont patents.

Mais la tendance semble bien être le retour à des fondamentaux, ceux de l’intérêt national. C’est à la fois rassurant (car on raisonne sur des bases connues) et inquiétant (tant cela montre l’irréalisme de certaines postures actuelles). Là gît la source d’un vrai danger, d’autant plus vif qu’il est peu étudié.

Bonne lecture,

JDOK

SOMMAIRE

  • Où va l’Allemagne ?                                                                                                          p. 3
  • Où va le Royaume-Uni ?                                                                                                  p. 6
  • Où va Trump ?                                                                                                                   p. 9
  • Où va la Turquie ?                                                                                                             p. 12
  • Où va la Pologne ?                                                                                                             p. 15
  • Où va l’Italie ?                                                                                                                    p. 18
  • Europe, unité, régions                                                                                                      p. 21

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N° 67 : Où va la Turquie ? | Autre chose, autrement | Corée du Nord et États-Unis

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Extrait des articles présents dans cette lettre :

Où va la Turquie ?

Trois jours après le premier tour de l’élection présidentielle, parler d’autre chose que de la France tient de la gageure, surtout après la pauvre campagne que nous avons eue. Cela étant, il n’est que voir l’intérêt inquiet que cette élection a suscité de par le monde pour relativiser aussitôt l’opinion malsaine de tous ceux qui se complaisent à décrire la France comme une puissance marginale. Pour autant, elle est loin d’être la puissance influente qu’elle pourrait être et devrait donc être. Cela étant noté, décentrer le regard permet de mieux apprécier, par contraste, ce qui advient chez nous. Le récent « référendum » qui s’est tenu en Turquie illustre que si notre démocratie est bien malade, les choses paraissent pires ailleurs. Le système turc semble très fragile […]

Autre chose, autrement

Une période vient de s’achever en France. C’est autre chose que les Français attendent et autrement qu’ils veulent vivre en France. Le dernier attentat sur les Champs-Élysées puis le premier tour présidentiel ont rappelé cette évidence. On ne peut plus vivre installés dans la précarité culturelle, économique, sécuritaire et la subir avec la patiente vertu des victimes désignées. On ne peut pas continuer à appliquer avec obstination des politiques publiques tenues en échec depuis quinze ans. On ne peut pas non plus s’en remettre à d’autres pour redéfinir nos points d’équilibre intérieur ni s’exonérer d’ambition nationale au motif que la crise est générale autour de nous. On peut encore moins dénoncer des commanditaires extérieurs quand les assassins sont citoyens français et quand on fraie avec ceux qui les soutiennent. […].

Lorgnette : Corée contre États-Unis

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Source image : Alain Bachellier via VisualHunt / CC BY-NC-SA

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N° 65 : Manœuvre de défense pour une législature | Où va l’Italie ?

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Extrait des articles présents dans cette lettre :

Une manœuvre de défense pour une législature

Après avoir examiné la fonction que doit jouer une plateforme Défense présidentielle (cf. LV 64), voici quelques réflexions, une vision en quelque sorte, pour nourrir un débat de défense jusqu’ici confisqué et élaborer un programme (cf. LV 66). Pas de programme défense sans projet stratégique. Projet stratégique Les temps stratégiques actuels exigent de restaurer l’autorité bien entamée de l’État en France et de la France dans le monde, dont dépendent d’une part l’engagement collectif du pays et de l’autre la sécurité de son territoire et la survie de sa population en tant que nation indépendante et, autant que faire se peut, maîtresse de son destin   […].

Où va l’Italie ?

Les Européens se sont réunis à Rome pour fêter le 60ème anniversaire du traité éponyme. C’est l’occasion de se tourner vers notre grand voisin latin, important bien que trop négligé alors qu’il devrait constituer un relais puissant de la stratégie française, s’il advenait que celle-ci fasse de nos Sud un axe clé de notre stratégie. On pourrait commencer par l’instabilité gouvernementale et l’émergence de partis « hors-système », certes mais l’essentiel de la question italienne réside dans l’économie et l’Europe ; le 60ème anniversaire a donc un double intérêt pour Rome […].

Lorgnette : Tango turc

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Source image : Allociné, La Grande Bellezza

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N° 57 : Un pas plus loin | Turquie, bateau sans cap ?

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Extrait des articles présents dans cette lettre :

image-lv57

Un pas plus loin

Poursuivons notre réflexion sur l’évolution du cadre de sécurité de la France et des Français. Si la guerre s’est muée en affrontements variés, si les théâtres de conflit se diversifient, si les vulnérabilités exposées sont devenues plus déterminantes que les menaces supposées, si les recours aux soutiens extérieurs semblent illusoires, alors il faut recaler notre approche de la défense et de la sécurité nationale. La culture de vigilance que promeut le SGDSN, le Secrétariat de la défense et de la sécurité nationale, est à la base de la réflexion stratégique. Posons que l’actuelle formule de défense nationale ne suffit plus à la sécurité du pays (cf. LV 51). Car dans un monde global en évolution accélérée, 25 ans après la Guerre froide, il faut désormais une stratégie vraiment totale pour assurer la défense et l’intégrité du pays et la vie de la population. Il faut donc aller plus loin. L’état d’urgence installé l’exige.[…]

Turquie : bateau sans cap ?

La Turquie paraît engagée dans une course folle dont on voit mal le but. Guidée d’une main toujours plus ferme, elle déroute l’observateur tant les foucades du pouvoir semblent nombreuses. Si chaque coup de barre possède sa logique locale, on ne discerne pas la ligne stratégique générale. La Turquie est bien plus erratique que l’assurance de son leader ne le laisse croire. En fait, la situation actuelle est le résultat curieux d’une interaction constante entre facteurs intérieurs et chocs extérieurs. On pourrait sans doute remonter loin mais l’actuelle perte de sens semble remonter à l’année 2012, celle des révoltes arabes[…]

Lorgnette : Cuba libre

Source image : Photo credit: World Humanitarian Summit 2016 via VisualHunt / CC BY-ND

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