Regard français sur 2020 : la régulation stratégique en question (LV 133)

Le dérèglement stratégique de la planète se poursuit. En 2020, c’est au plan géoéconomique qu’il pourrait encore s’accentuer. Pour la France qui doit recentrer sa stratégie et repenser ses alliances, c’est sans doute le moment de la réévaluation de ses engagements extérieurs, de la retenue stratégique et d’un effort prioritaire sur la sécurité et la cohésion publiques pour retrouver des marges de manœuvre.

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Je te ferai dire (Le Cadet n° 66)

Certes, l’Amérique a ceci de singulier qu’on ne cesse de la découvrir, elle qui pourtant n’a pas changé depuis deux siècles et demi, qui se vit tout à la fois premier matin du monde et empire des temps derniers. L’OTAN est à son image, un machin bureaucratique poussiéreux et soviétisant qui n’a jamais été une machine à faire la guerre mais à désarmer l’Europe. Quand la France reprit son strapontin dans le commandement intégré, qui crut qu’elle allait pouvoir réveiller ce dragon dormant ? Personne, du moins est-on en droit d’espérer que pas un de nos diplomates ou militaires ne se prit pour Siegfried. Pourquoi alors faire semblant de découvrir un état de mort cérébrale déjà autopsié il y a un demi-siècle par le dénommé Charles de Gaulle ? Pourquoi énerver nos alliés, qui n’étaient pas demandeurs de notre retour, en dénonçant une situation connue dès l’origine, et qui commanda notre premier départ comme notre improbable retour ? Pourquoi s’acharner également sur cette lubie récurrente d’armée européenne, sur ce fantasme d’un rééquilibrage dont personne ne veut sur le continent ?

Même pas peur ! On sent pourtant une urgence, de la fébrilité. C’est vrai que plus rien ne marche, ni en Syrie ni dans le Sahel. C’est vrai que le coût humain de nos expéditions apparaîtra un matin insupportable à la Nation. C’est vrai que notre nouveau matériel est trop lourd, trop sophistiqué pour l’art français de la guerre et pour les motos qui sont devenues l’engin de projection des Djihadistes (quatre-vingts ans après, la défaite asymétrique de 1940 n’a toujours pas été comprise), que nos hélicoptères sont toujours aveugles les nuits sans lune dans la poussière de sable, et que nos alliés nous décomptent chichement une logistique censée être mutualisée, en un mot que nous sommes désormais engoncés dans une pensée stratégique toute pourrite. C’est vrai enfin que la France n’a plus les moyens financiers, industriels et humains d’une puissance interventionniste. Mais ça on le savait déjà en 2009, on l’avait écrit dans les revues de l’Armée.

On savait qu’une intervention en Libye allait engendrer des répliques, le Cadet l’avait même deviné en juin 2011, ce qui lui avait valu la critique d’un officier général qui trouvait ces objections scandaleuses. Ledit officier est depuis devenu depuis chef d’état-major de son armée. Après Serval, on savait que le déploiement pérenne dans le Sahel conduirait à l’impasse, pour des raisons qui se sont vérifiées. Les Américains eux-mêmes avaient prévenu, et la Rand l’avait déjà écrit dès cette date. Quelle crédibilité peuvent avoir nos stratèges de cour de récréation qui, ayant sous les yeux ces avis circonstanciés, nous ont tout de même mis dans la nasse et se récrient à la découverte de leur inconséquence ? OK les gars, nous disent les Américains, cassez-vous une nouvelle fois, de l’OTAN et du Sahel, ou alors encaissez ces coups de pied bien mérités. Alors on crâne en se frottant le derrière : même pas mal !

Source photo : https://www.menadefense.net/afric/attentat-kamikaze-contre-des-blindes-de-barkhane-a-gao/

Le Cadet (n° 66)

LV 131 : Sahel : juste avant les décombres | Médor et gaz | Lorgnette : défis de la DG Défense

Lettre de La Vigie du 11 décembre 2019

Sahel : juste avant les décombres

Les motifs avancés par les uns (intérêts économiques) ou les autres (lutte contre le terrorisme) peinent à convaincre de la stratégie française au Sahel. Du coup, parce que nous définissons mal l’ennemi, nous piétinons, sachant que les autorités de la région n’ont pas les mêmes priorités que la France. Cette addition de mauvaises perceptions, de faux semblants, de mauvais calculs et de quiproquos entrave beaucoup d’initiatives. Il est temps de reposer un vrai diagnostic et de repartir du bas.

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Médor et gaz

La géopolitique de la Méditerranée orientale est aujourd’hui stimulée par l’abondance du gaz naturel qu’on a récemment trouvé dans ses fonds marins. Les équilibres de la région en sont d’autant plus modifiés que la liquéfaction en GNL de ce gaz permet désormais sa production, sa diffusion et son stockage in situ, moyennant certes de lourds investissements. Cette évolution rapide crée une dynamique stratégique de compétitions, d’alliances et de coopération qui a un fort impact non seulement sur les riverains mais aussi sur la région proche du Levant voire sur l’économie verte dont elle modifie la donne régionale.

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Lorgnette : défis de la DG défense

La nouvelle Commission européenne enfin installée présente ses innovations. Parmi celles-ci, une « DG industrie de la défense et de l’espace », baptisée Défis (Defense Industry & Space) et déjà nommée « DG Défense » comme la PECSD qui fut vite érigée en défense européenne. Mais la défense collective relève toujours de l’Otan pour la plupart des États membres de l’UE (LV 129), ce qu’a rappelé la présidente de la Commission.

Issue de la partition de la DG Industrie, cette DG sera pour les industriels de défense de l’UE un stimulant et un arbitre. On la voit comme le fer de lance d’une reconquête par les Européens de leur autonomie stratégique, une étape décisive sur la route d’une Union de sécurité et de défense, bien évidemment complémentaire de l’Otan. Avec la Coopération structurée permanente des 25/27, le FEDEF de 13 G€ sur 7 ans et Galileo, on aura ainsi un catalogue de structures qui viendront compléter le COPS, l’EMUE, l’AED et préparer l’armée européenne que certains voient se profiler.

Pour contrer la menace russe et relever le défi chinois ? On jugera sur pièce. Mais ce qui a manqué jusqu’ici, ce sont la volonté et la stratégie ; les structures ne les remplaceront pas.

JOCV

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Source photo : Hibr on Visual hunt / CC BY-NC-SA

Sahel : juste avant les décombres (LV 131)

Les motifs avancés par les uns (intérêts économiques) ou les autres (lutte contre le terrorisme) peinent à convaincre de la stratégie française au Sahel. Du coup, parce que nous définissons mal l’ennemi, nous piétinons, sachant que les autorités de la région n’ont pas les mêmes priorités que la France. Cette addition de mauvaises perceptions, de faux semblants, de mauvais calculs et de quiproquos entrave beaucoup d’initiatives. Il est temps de reposer un vrai diagnostic et de repartir du bas.

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LV 130 : Peuples en mouvement | Europe-Asie : mêmes équations ? | Lorgnette : Pape et nucléaire

Lettre de La Vigie du 27 novembre 2019

Peuples en mouvement

Cet automne a vu des manifestations massives d’un bout à l’autre de la planète : en Amérique Latine, en Afrique du nord, au Proche Orient, en Europe mais aussi en Asie. Que signifie ce phénomène mondial et simultané, quand l’analyse de chaque mouvement suggère des facteurs contingents et locaux ? Malgré les différences (objet, durée, motivation sociale ou politique), ils partagent la déception envers les pouvoirs en place. Surtout, ils apparaissent comme une conséquence nouvelle de la mondialisation, aussi paradoxale que semble cette conclusion.

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Europe-Asie : mêmes équations ?

En vingt ans, la France et le Japon sont devenus des partenaires stratégiques du XXIème siècle rétablissant un niveau de relations que les deux pays n’avaient pas connu depuis l’avènement de l’ère Meiji, contribuant à l’ouverture de l’archipel à la modernité à la fin du XIXème siècle. Au fil du XXème, après avoir été alliés lors du premier conflit mondial, ils sont devenus des alliés des États-Unis après 1945. Dotés de cultures stratégiques différentes qui rendent compte de leurs histoires distinctes, leur autonomie stratégique et leurs postures d’alliance à l’égard de Washington comportent aujourd’hui des points communs qu’il est intéressant de relever à l’approche du prochain sommet de l’Otan.

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Lorgnette : Pape et nucléaire

Le discours du pape François à Nagasaki (ici) constitue un revirement de jurisprudence notable. En effet, l’Église catholique n’a jamais caché son opposition à l’arme nucléaire. Mais après de nombreux débats, elle s’était résolue, en France, à admettre le principe de la dissuasion (texte de la conférence épiscopale de 1983). La dissuasion avait été reconnue comme un mal nécessaire. Mais pour le Pape François, elle est « perverse » : « La paix et la stabilité internationales sont incompatibles avec toute tentative de compter sur la peur de la destruction réciproque ou sur une menace d’anéantissement total ». Quant à l’arme nucléaire, si son usage avait toujours été condamné, l’Église ne disait rien de sa possession. L’avoir ou la fabriquer est désormais condamné : « l’utilisation de l’énergie atomique à des fins militaires est aujourd’hui, plus que jamais, un crime. C’est immoral ».

Le Pape lance un appel à une négociation internationale, notamment autour du TIAN (LV 87). C’est le seul moment où la morale rejoint la réalité. Car force est de constater qu’aujourd’hui, malgré les objectifs affirmés par le TNP, on ne se dirige pas vers un monde sans armes nucléaires. Au contraire.

JOCV

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Peuples en mouvement (LV 130)

Cet automne a vu des manifestations massives d’un bout à l’autre de la planète : en Amérique Latine, en Afrique du nord, au Proche Orient, en Europe mais aussi en Asie. Que signifie ce phénomène mondial et simultané, quand l’analyse de chaque mouvement suggère des facteurs contingents et locaux ? Malgré les différences (objet, durée, motivation sociale ou politique), ils partagent la déception envers les pouvoirs en place. Surtout, ils apparaissent comme une conséquence nouvelle de la mondialisation, aussi paradoxale que semble cette conclusion.

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Europe-Asie : mêmes équations ? (LV 130)

En vingt ans, la France et le Japon sont devenus des partenaires stratégiques du XXIème siècle rétablissant un niveau de relations que les deux pays n’avaient pas connu depuis l’avènement de l’ère Meiji, contribuant à l’ouverture de l’archipel à la modernité à la fin du XIXème siècle. Au fil du XXème, après avoir été alliés lors du premier conflit mondial, ils sont devenus des alliés des États-Unis après 1945. Dotés de cultures stratégiques différentes qui rendent compte de leurs histoires distinctes, leur autonomie stratégique et leurs postures d’alliance à l’égard de Washington comportent aujourd’hui des points communs qu’il est intéressant de relever à l’approche du prochain sommet de l’Otan.

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Morte OTAN (LV 129)

L’entretien du président Macron à The Economist a le mérite de dire tout haut ce qui se murmurait dans des cercles restreints : au moins, le prochain sommet de l’Alliance à Londres, le mois prochain, sera intéressant. Ces propos sont réfléchis et ne constituent pas simplement une petite phrase : ils sont le résultat d’un diagnostic réfléchi sur le lien transatlantique et la raison d’être de l’Europe. On peut reprocher à E. Macron une arrogance bien française : mais telle est peut-être encore l’exception française, celle de dire des choses nécessaires même si elles paraissent désagréables.

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La France face aux transitions stratégiques actuelles

Jean Dufourcq a récemment prononcé une conférence et LV est heureuse de mettre en ligne le texte correspondant. JOCV

Pour mettre en perspective la trajectoire stratégique française dans l’effervescence du monde actuel, il faut prendre du recul, loin du tumulte du monde et monter sur la colline stratégique.

Source

Que voyons-nous ?

  • Que nous sommes sans doute à la fin d’un cycle historique dont l’équation stratégique a gouverné la planète depuis plus de cinquante ans. Que nous sommes entrés dans une période de transition qui s’est enclenchée à la fin de la guerre froide, une transition longue, sans doute quelques décennies, avant qu’un nouveau point d’équilibre soit possible.
  • Que le monde a tendance à devenir un véritable terrain vague stratégique.

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LV 126 : Faire le point | Péninsule arabique | Lorgnette : PANG

Lettre de La Vigie du 2 octobre 2019

Faire le point

Faire le point des perspectives stratégiques de la France est une nécessité périodique, surtout quand la scène est animée comme actuellement. Pour cela il faut prendre du recul et croiser les grandes lignes de force observables. On en a identifié six qui en se recoupant dessinent le cadre dans lequel la France peut inscrire son action. Mais y est-elle préparée et disposée ?

Péninsule arabique

L’Arabie Séoudite est un pays neuf qui cherche depuis longtemps à contrôler son voisinage et notamment la péninsule arabique. Ce dessein s’est renforcé de la question de l’islam politique, structurelle depuis la fondation du royaume. Un dernier facteur, le pétrole, s’ajoute à ces déterminants. Il s’ensuit une attitude difficile à suivre dans une région hautement troublée.

Lorgnette : PANG

Derrière ce sigle au nom de pétoire se cache une formidable machine de guerre mobile capable de peser sur les équilibres stratégiques de la planète et de contrôler de vastes espaces stratégiques pour défendre nos intérêts et faire prévaloir nos vues. Le PANG, c’est le porte-avions de nouvelle génération. Il entrera en service en 2040 pour 40 ans et servira ce qu’on appelle la projection de puissance de la France dans le dernier quart du XXIe siècle.

Anticiper le renouvellement du PA CDG, c’est à la fois mesurer l’apport de celui-ci dans l’action extérieure actuelle du pays et se projeter en 2060 pour imaginer la conflictualité d’alors et y faire face. Vaste défi, nécessaire et réaliste. Nul ne doute de la centralité stratégique de l’Océan Indien, Méditerranée de demain, et de la zone Asie-Pacifique ; l’activité économique sera là-bas décisive et la France et ses voisins européens seront toujours plus concernés. Nul doute non plus qu’il faudra réguler cet espace maritime clé pour le développement de la planète, il faudra s’y mouvoir rapidement en tenue de combat et être en mesure d’y arbitrer les tensions. Qui en Europe saura le faire ? La France avec son PANG ! (À suivre)

JDOK

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Crédit photo :  sjrankin on VisualHunt / CC BY-NC