La Vigie n° 156 : Mourir pour Varsovie ou pour Bruxelles ? Que nous dit Erdogan ? Lorgnette : présidentielle 2022

Lettre n° 156 de La Vigie datée du 9 décembre 2020

Mourir pour Varsovie ou pour Bruxelles ?

La politique polonaise est souvent pointée du doigt et l’actualité concernant le blocage du budget européen est clairement une crise. Mais avant de juger, ne s’agirait-il pas de notre côté d’une incompréhension d’une Pologne plus rationnelle qu’il n’y paraît ?

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Que nous dit Erdoğan ?

R. Erdoğan est aujourd’hui dépeint par certains comme le principal adversaire de la France. La provocation est un art qu’il faut décoder pour ne pas tomber dans son piège. Le dirigeant turc est un habile politique qui a su se maintenir au pouvoir depuis plus de quinze ans et change désormais son assise intérieure. Cela motive une grande partie de son actuelle politique extérieure, dont le point de friction majeur se trouve en Méditerranée orientale. Bien le diagnostiquer permet d’envisager la conduite stratégique à tenir.

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Lorgnette : Présidentielle 2022

Bien évidemment, comme à chaque échéance de ce type, les élections de 2022 ne se joueront pas sur notre activité diplomatique et sur nos actions militaires extérieures. Bien évidemment, les questions sanitaires, sociales et économiques d’un côté, l’ordre public, la sécurité intérieure et le terrorisme domestique de l’autre, seront le cœur du réacteur électoral de 2022. Pour autant, faut-il considérer que tout est déjà dit par ce qui a été fait et qu’il n’y aura aucun enjeu extérieur à considérer pour l’élection à venir ?

Assurément non. Le monde change si vite aujourd’hui, de Washington à Pékin, de Moscou à Téhéran et Ankara (cf. ci-dessus), de Londres à Berlin, d’Alger à Bamako…

La Vigie se prépare à faire le point en 2021 sur les grands dossiers de la sécurité et de la défense de la France, à l’intérieur comme à l’extérieur.

Elle interrogera sa posture diplomatique, en Europe, en Méditerranée et dans le monde, ses capacités militaires et ses activités opérationnelles, sa stratégie générale de présence au monde. Ces travaux permettront de nourrir les projets politiques à venir et d’éclairer le jugement des électeurs en 2022.

JOCV

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Crédit photo :  U.S. Department of State

Que nous dit Erdoğan ? (LV 156)

R. Erdoğan est aujourd’hui dépeint par certains comme le principal adversaire de la France. La provocation est un art qu’il faut décoder pour ne pas tomber dans son piège. Le dirigeant turc est un habile politique qui a su se maintenir au pouvoir depuis plus de quinze ans et change désormais son assise intérieure. Cela motive une grande partie de son actuelle politique extérieure, dont le point de friction majeur se trouve en Méditerranée orientale. Bien le diagnostiquer permet d’envisager la conduite stratégique à tenir.

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L’efficacité des sanctions européennes : , une « puissance normative » piégée dans la Méditerranée orientale (Th. Karathanasis)

Sur un sujet un peu technique, nous sommes heureux de publier ce texte de Theodoros Karathanasis, Doctorant, Centre d’Etudes sur la Sécurité Internationale et les Coopératives Européennes (CESICE), ORCID de l’unviersité de Grenoble. Partant du cas des incursions turque dans la ZEE exclusive de CHypre, il évoque l’efficacité de la politique européenne de sanctions. Merci à lui. LV.

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« Le moment est venu d’agir maintenant et d’envisager aussi des sanctions contre la Turquie », a déclaré Manfred Weber le 23 juillet 2020 en s’exprimant lors d’une session extraordinaire du Parlement européen sur les conclusions du sommet. Continue reading “L’efficacité des sanctions européennes : , une « puissance normative » piégée dans la Méditerranée orientale (Th. Karathanasis)”

M. Hulot s’en va-t-en guerre (Le Cadet n° 74)

Comme il faisait trop chaud pour aller à la plage même à celle de Saint-Marc-sur-Mer chère à Jacques Tati, qu’il ne pleuvait pas assez pour aller à la crêperie et que le Monopoly n’est amusant que lorsqu’on triche, la France a joué cet été au Risk. Mais plutôt que d’envahir le Palatinat avec Monsieur de Turenne, elle a rétabli le mandat SDN sur le Liban et déclaré la guerre au Divan. Elle va donc refaire Lépante, où nous étions d’ailleurs absents.

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On ne sait pas trop avec quoi cette bataille navale va se jouer, la Royale étant en extrême tension, ni avec qui au côté des Hellènes. En revanche on sait contre qui, puisque tandis que les marines grecque, française et italienne faisaient des manœuvres conjointes fin août, les galères de la Sublime Porte procédaient de même avec l’US Navy. Dès lors la question elle est vite répondue : en cas d’affrontement avec les Turcs, les Américains ont déjà choisi leur camp – comme à Suez en 1956.

Bien sûr pour l’instant Monsieur Trump joue les lointains, mais ça ne saurait durer. En 1956, les pilotes franco-britanniques de Mousquetaire avaient trouvé, en arrivant au-dessus de Port-Saïd, des unités de la VIth Fleet amarrées à couple avec les frégates égyptiennes. La prochaine guerre navale sera épique comme un western : le Bon c’est nous, la Brute c’est Erdogan, mais le Truand c’est Trump.

Il nous reste la guerre des gros mots et des petites menaces, mais sur ce terrain le Sultan ne craint personne, autant tenter de couvrir une trompe de chasse avec un galoubet. Et du côté de Washington on est d’autant plus serein qu’un nouveau départ de la France du commandement intégré n’aura pas de conséquence, on reviendra simplement aux accords précédents qui satisfaisaient tout le monde. Pour le reste, OTAN ou pas, notre armée est vassalisée pour longtemps par le jeu des standards et des normes, de l’interopérabilité et des accords bilatéraux noués avec le Pentagone. Et notre front avancé au Sahel, là où nos croisés défendent l’Occident et la morale face aux déferlantes djihadistes, tel Kitchener à Ondurman (avec le succès en moins), ne compte-t-il pas ? Encore faudrait-il que les Américains s’intéressent à l’Afrique et sachent où elle se trouve, même si Mark Twain disait que la guerre a été inventée pour apprendre la géographie à ses compatriotes. Qu’avons-nous alors à négocier dans cette partie de Risk ? Rien. Voilà ce que c’est que de nous être contenté il y a dix ans du strapontin de l’Allied Command Transformation comme du clairon de Gunga Din. À l’image des années trente, nos objurgations littéraires font puissamment rire.

De toute manière, comme dit, chez Sergio Leone, le Truand à un intrus trop bavard, « When you have to shoot, shoot, don’t talk ! ». Ou, pour citer Turenne à un de ses officiers, du temps qu’on jouait à la guerre pour de vrai : j’ai un conseil à vous donner, toutes les fois que vous voudrez parler, taisez-vous !

Le Cadet

La Libye pourrait-elle être la première mission d’un groupement tactique de l’UE ? (W. Pusztai)

Nous sommes heureux d’accueillir ce texte stimulant de Wolfgang Pusztai, Analyste autrichien des questions de sécurité et politique internationale. Merci à lui. LV.

En Libye, une guerre civile est en cours depuis 2011 avec différentes phases d’intensité. Les perspectives d’un cessez-le-feu durable comme condition préalable à une solution politique n’ont jamais été très brillantes au fil des ans. Une mission militaire internationale visant à garantir le respect de ce cessez-le-feu aurait de toute façon été pratiquement impossible sur le plan technique. Tout cela pourrait changer maintenant.

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La situation actuelle en Libye

Depuis la défaite décisive de l’Armée nationale libyenne (LNA) de Khalifa Haftar en Tripolitaine face à l’opération Volcan de la Rage (Burkan Al-Ghadab) soutenue par la Turquie, qui soutient le Gouvernement d’accord national (GNA) reconnu internationalement, il y a une impasse à l’ouest de Syrte, la porte d’entrée du bassin pétrolier libyen de Syrte, sur la côte centrale du pays. Continue reading “La Libye pourrait-elle être la première mission d’un groupement tactique de l’UE ? (W. Pusztai)”

La Turquie en Libye, entre intérêts économiques et calculs stratégiques (K. Abderrahim)

Le Pr Kader Abderrahim, directeur de recherche associé de La Vigie, nous livre ici son analyse de l’action turque en Libye. Merci à lui. LV

La France, se trouve dans une mauvaise posture diplomatique et stratégique en Libye. Les déclarations du président Emmanuel Macron sonnent comme un aveu d’impuissance. En dénonçant « la responsabilité criminelle de la Turquie … », le chef de l’État vise l’implication de l’armée turque en Libye et celle de milliers de miliciens syriens ou soudanais.

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Depuis son intervention militaire en janvier 2020, Ankara est parvenue à inverser le rapport de force au profit de son allié de Tripoli, Fayez Sarraj qui dirige le gouvernement d’union nationale (GNA), seule autorité reconnue par l’ONU. Officiellement la France reconnaît le GNA, mais elle apporte, en même temps, une aide militaire à son adversaire au pouvoir en Cyrénaïque (est de la Libye) le Maréchal Haftar. Celui-ci peut compter sur le soutien sans failles (financier et militaire), des Émirats Arabes Unis, de l’Égypte ou de l’Arabie Saoudite. Par ailleurs le maréchal Haftar peut s’appuyer sur les miliciens russes de la société privée Wagner. Continue reading “La Turquie en Libye, entre intérêts économiques et calculs stratégiques (K. Abderrahim)”

Habile Azerbaïdjan (LV 134)

L’Azerbaïdjan se trouve ainsi aux confins de l’Europe et de l’Asie, du monde russe et du Moyen-Orient, il intéresse aussi bien la Chine que les États-Unis. Pays musulman, chiite et laïque, il vient de présider le Mouvement des Non-Alignés. Riche d’un pétrole abondant, il ne gâche pas cette rente et réussit, grâce à une diplomatie habile, à faire valoir ses intérêts malgré le contentieux persistant avec l’Arménie voisine à propos du Haut-Karabakh. Autant d’exceptions qui vaudraient presque valeur de modèle et suscitent en tout cas l’intérêt.

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Médor et gaz (LV 131)

La géopolitique de la Méditerranée orientale est aujourd’hui stimulée par l’abondance du gaz naturel qu’on a récemment trouvé dans ses fonds marins. Les équilibres de la région en sont d’autant plus modifiés que la liquéfaction en GNL de ce gaz permet désormais sa production, sa diffusion et son stockage in situ, moyennant certes de lourds investissements. Cette évolution rapide crée une dynamique stratégique de compétitions, d’alliances et de coopération qui a un fort impact non seulement sur les riverains mais aussi sur la région proche du Levant voire sur l’économie verte dont elle modifie la donne régionale.

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Trump et le Moyen-Orient (LV 118)

Certains battent les tambours de guerre à Washington contre l’Iran. Est-ce à dire que le conflit est inéluctable ? Probablement pas pour deux raisons : d’abord, D. Trump n’est pas partisan des engagements militaires : s’il est brutal, ce n’est pas un faucon à la différence de beaucoup dans l’établissement. Au fond, il veut faire monter les enchères pour pousser les Iraniens à négocier en position de faiblesse un nouvel accord. Pas sûr que ceux-ci tombent dans le piège… Car Trump devient prévisible…

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Chypre et la géopolitique de la Méditerranée orientale (A. Marghelis)

Le Proche-Orient peut se définir comme la région bordant la Méditerranée orientale. Il s’y déroule un grand jeu (question israélo-palestinienne, guerre civile syrienne, foucades turques) où  les grandes puissances extérieures s’affrontent (États-Unis, Russie) au travers de relais locaux. Un des pions de cette partie est Chypre, qui connaît de rapides évolutions ces derniers temps. Aris Marghalis, bon connaisseur de la région et qui a déjà publié dans LV, nous fait le point de ces calculs. Merci à lui. JDOK.

Source

Nous avions abordé précédemment le durcissement du jeu géopolitique sur l’axe Balkans-Méditerranée orientale en évoquant l’intégration sans nuance de la Grèce au projet géopolitique américain. D’une part, pour finir de priver la Russie de ses entrées dans les Balkans, dont la Grèce est l’embouchure naturelle, et pour l’expulser de Méditerranée orientale. D’autre part, pour tenter de briser le tandem Russie-Turquie, de plus en plus insupportable pour Washington. En raison de sa localisation, l’île de Chypre semble ne pas pouvoir se soustraire à cette dynamique. Continue reading “Chypre et la géopolitique de la Méditerranée orientale (A. Marghelis)”