La Vigie n° 115 : Europe et fantasme | Figures stratégiques libres | Lorgnette : Manifestations en Afrique

Lettre de La Vigie (10 avril 2019)

Europe et fantasme

Les pro-européens français, incluant les fédéralistes, sont sincèrement persuadés que cette option sert l’intérêt du pays. Il s’agit pour eux de profiter de l’Europe comme multiplicateur de puissance mais aussi de composer avec leur complexe d’infériorité envers l’Allemagne. L’UE serait ainsi le seul moyen de tenir face à une mondialisation sauvage. Si ça n’a pas réussi jusqu’à présent, c’est qu’on n’est pas allé assez loin ni assez fort, non par erreur de méthode et de calcul stratégique. Autrement dit, ils répondent à leur hantise du déclin en voulant se fonder dans une UE vue comme une “plus grande France”, ce qu’elle n’est pas, à l’évidence.

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Figures stratégiques libres

Comment se présente pour la France les rapports de puissance avec ses voisins européens, mais aussi avec la Chine, la Russie et les États-Unis, le triangle stratégique qui domine actuellement la scène internationale? Peut-elle se contenter de la réponse européenne et s’abriter derrière la méthode multilatérale?

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Lorgnette : Manifestations en Afrique

Les Gilets jaunes inspirent les peuples. Voici donc une vague de manifestations pacifiques qui sont en train de changer le cours de l’histoire. Le cas est évident en Algérie, où les masses populaires, jetées dans les rues, ont réussi à forcer le départ du président Bouteflika, en attendant celui des autres. Mais c’est vrai aussi au Soudan où, depuis quatre mois et dans l’inattention générale, le peuple manifeste contre le régime d’Omar el Béchir. Non loin, de grandes manifestations ont eu lieu au Mali contre le président IBK (pourtant réélu l’an dernier), déplorant l’inefficacité des forces internationales et la corruption du système. Enfin, au Venezuela l’opposant J. Guaido tient tête au président Maduro grâce à ses partisans dans la rue.

Il n’est pas dit que tous ces mouvements réussissent à faire fléchir les pouvoirs en place. Constatons simplement leur multiplication, dans des sociétés très diverses et aux systèmes politiques variés. Et rappelons-nous que des mouvements similaires, en Europe de l’Est, avaient suscité la chute des régimes socialistes, les transitions vers les droits civiques et donc la fin de la Guerre froide. Nous sommes donc peut-être en face d’un mouvement plus profond qu’il n’y paraît. À surveiller.

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Le triangle stratégique États-Unis, Russie et Chine (D. Suslov)

A nos lecteurs attentifs, voici un très bel et trop rare exemple d’analyse de « grande stratégie ». Il nous est fourni par Dmitry Suslov, un chercheur de l’académie diplomatique de Moscou invité au récent Forum de Limes à Gènes, et témoigne de la vigueur et de la pertinence de l’école stratégique russe. Dmitry que nous avons rencontré nous a aimablement fourni le texte de son intervention que nous avons traduit et édité. Il témoigne ici de la très grande aptitude dialectique de la pensée russe à jouer de ses facteurs de force et de faiblesse et à les intégrer dans une large vision géopolitique balancée qui éclaire le positionnement médian de la Russie, celui-la même qu’évoquait déjà Castex dans des termes voisins dans ses travaux stratégiques des années 1930 (De Gengis-Khan à Staline ou Les vicissitudes d’une manœuvre stratégique, Amiral CASTEX, Édité par Société d’Editions Géographiques, Maritimes et Coloniales, 1935). Cette réflexion réaliste et brillante fait écho à celle du stratégiste américain Jeremy Shapiro que nous avons également postée récemment sur ce site (lien). Le contraste est éloquent entre deux visions stratégiques alimentées à ces deux écoles qui furent et restent antagonistes. On attend pour compléter ce paysage de trouver un chercheur chinois qui leur fera écho. On tentera de susciter à notre tour une vision française de même niveau. JDOK

Source

Dès à présent, les relations entre les États-Unis, la Chine et la Russie relèvent de la grande concurrence de puissance qui existe entre eux sur la scène mondiale. Toutefois, cette structure triangulaire n’est que temporaire et provisoire, tant s’agissant des relations entre les États-Unis, la Russie et la Chine, de leur personnalité stratégique que de la figure géométrique qu’ils composent. Dans 10 à 15 ans, le triangle actuel des grandes puissances se transformera probablement en quadrilatère, l’Inde devenant la quatrième grande puissance mondiale – ou plutôt en trapèze – avec les États-Unis et la Chine, qui seront devenus des acteurs plus puissants que la Russie et l’Inde. Continue reading “Le triangle stratégique États-Unis, Russie et Chine (D. Suslov)”

La rivalité entre les États-Unis, la Chine et la Russie (J. Shapiro)

Nous sommes heureux d’accueillir ce texte de Jeremy Shapiro, directeur d’études au sein du cabinet Geopolitical Futures (le nouveau cabinet de G. Friedmann). Il l’a prononcé l’autre jour, au festival de géopolitique organisé par nos amis de Limes, à Gênes. Nous remercions donc aussi bien J. Shapiro que Limes à cette occasion. JDOK

Avant de commencer, je dois féliciter l’Italie pour sa récente décision d’approuver l’initiative One Belt One Road de la Chine. J’ai entendu dire que l’Italie annoncera son soutien lorsque le président chinois Xi Jinping viendra en visite à la fin du mois. Je viens du Texas, aux États-Unis. J’aimerais que nous soutenions l’initiative One Belt One Road de la Chine dans notre pays également. Nous sommes Américains, et nous sommes Texans aussi, donc nous aimons l’essence, les armes à feu et les grands chapeaux et nous nous sentons très importants. Si la Chine investissait dans la construction d’un nouveau train à grande vitesse au Texas et aidait à construire de nouveaux ports à Houston, à la Nouvelle-Orléans et dans d’autres villes, cela améliorerait nos horribles problèmes de circulation. Je pourrais aussi rendre visite à ma famille plus régulièrement. Ce serait merveilleux.

Navires chinois escortant un bâtiment américain en mer de Chine méridionale. ©Belga

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Traité FNI : Nucléaire avant d’être européen ? (LV 112)

Le retrait américain du traité FNI donne un nouveau coup à la sécurité européenne, alors que l’UE n’est pas partie au traité et se trouve bien démunie. Au-delà, cette décision relancera la course aux armements, y compris nucléaires. Elle donne finalement une certaine liberté de manœuvre aux Russes sans pour autant lier les Chinois. Car nucléairement, nous sommes désormais dans un jeu à plusieurs acteurs : définitivement sortis du monde bipolaire de la Guerre froide.

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La Vigie n° 111 : Vénézuéla, une crise d’efficacité | Le coefficient énergétique | Lorgnette : Crise franco-italienne

Lettre de La Vigie n° 111 (13 février 2019)

Vénézuéla : une crise d’efficacité

La crise au Vénézuéla est ambiguë : N. Maduro ne convainc pas à cause de la débâcle économique du pays, mais voir D. Trump et J. Bolton se poser en garants de la démocratie laisse circonspect. C’est que le Vénézuéla connaît une double crise d’efficacité. Ce fut une inefficacité sociale autrefois (qui conduisit H. Chavez au pouvoir), c’est une inefficacité économique aujourd’hui. Aussi faut-il se garder des positions trop tranchées des uns et des autres.

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Le coefficient énergétique

Le coefficient énergétique est devenu un facteur principal de la grande stratégie des États et du reclassement des puissances. Trois évolutions rapides sont en cours, la révolution du gaz qui s’accélère (GNL, hydrocarbures de schiste, gaz méditerranéen), la transition climatique qui piétine et l’énergie numérique qui décolle. La transition énergétique de la planète est un secteur très fluide.

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Lorgnette : crise franco-italienne

La France a rappelé son ambassadeur à Rome, au motif d’une visite non-annoncée du ministre italien de l’Economie, L. Di Maio (également dirigeant du M5S) à des Gilets jaunes. Il y a bien sûr des calculs politiques de part et d’autre : chez l’Italien, le désir de reprendre un peu l’avantage sur son allié et concurrent M. Salvini, de la Lega. Chez le Français, la volonté de dramatiser un clivage (moi ou l’extrême). La crise a pourtant des ressorts plus profonds : crise migratoire, investissements économiques (Fincantieri, Bolloré), Libye, conception de l‘Europe.

Au-delà de ces différends réels, déplorons que cela aille trop loin. Certes, la France a une obsession allemande (et américaine) et néglige depuis bien trop longtemps ses partenaires latins avec lesquels elle devrait pourtant s’entendre, que ce soit sur la Méditerranée, le Maghreb et au-delà l’Afrique. L’Italie quant à elle fait face à beaucoup d’impensés, sur son histoire, son rôle européen ou sa démographie et tend à reporter sur autrui des maux qui lui sont propres. Cependant, les deux sœurs latines ont tout pour s’entendre et auraient un grand avantage à construire ensemble. La proximité culturelle est grande et les intérêts géopolitiques très proches. Reprenons-nous !

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Vénézuéla : Crise d’efficacité (LV 111)

La crise au Vénézuéla est ambiguë : N. Maduro ne convainc pas à cause de la débâcle économique du pays, mais voir D. Trump et J. Bolton comme les garants de la démocratie laisse circonspect. C’est que le Vénézuéla connaît une double crise d’efficacité. Ce fut une inefficacité sociale autrefois (qui conduisit H. Chavez au pouvoir), c’est une inefficacité économique aujourd’hui. Aussi faut-il se garder des positions trop tranchées des uns et des autres.

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La Vigie n° 110 : L’impact démographique | OTAN : la discorde chez l’ami | Lorgnette : Traité d’Aix-la-chapelle

Lettre de La Vigie n° 109 (30 janvier 2019)

L’impact démographique

L’impact stratégique de la révolution démographique qui a vu la population de la planète tripler depuis la fin de la deuxième guerre mondiale est considérable. En faire le tour, c’est évaluer la nouvelle géopolitique des peuples, s’interroger sur la trajectoire africaine et s’inquiéter de la pertinence résiduelle d’une gouvernance mondiale que cette révolution a bousculée. Lien vers l’article

OTAN : la discorde chez l’ami

L’Alliance atlantique était née de la guerre, face à la menace soviétique. Elle s’était ensuite recyclée, entre unification européenne et modèle expéditionnaire. Mais les menaces à l’est ou au sud ne suffisent plus à maintenir sa cohésion, tandis que la désunion européenne et l’instinct anti-atlantiste de D. Trump la dissolvent profondément. L’Alliance semble au bout du rouleau. Lien vers l’article

Lorgnette : Le traité l’Aix-la-chapelle

Est-ce une préparation trop confidentielle, une utilité trop modeste, une formulation trop désuète ou une adoption à un bien trop mauvais moment politique qui aura fait de ce traité un objet de questionnement, voire de dérision ? Est-ce la fragilité politique des signataires bousculés dans leurs équilibres de politique intérieure qui a fait de cette signature sans relief un moment maussade et décrié ? Est-ce la forte incertitude qui se répand sur la trajectoire stratégique de l’UE à l’heure d’un Brexit confus et d’une Otan sans ressort (voir article) qui fait de cette alliance renforcée entre deux acteurs majeurs de l’Europe un succédané stratégique ? À moins que l’accumulation perverse de rumeurs fracassantes et d’émotions indignées (Alsace-Lorraine, conseil de sécurité …) ait voulu attirer l’attention sur une relation qui se tend ou se vide de sens ?

Toujours est-il que ce nouveau traité n’a pas l’intensité de celui de l’Élysée qu’il veut rénover et que sa formulation souvent laborieuse ne contient guère de dispositions nouvelles, ni de structures décisives. C’est un marqueur de plus mais sans supplément d’âme. En avait-on besoin maintenant ? C’est toute l’Europe stratégique qu’il faut repenser et avec tous, d’urgence. Au travail, le vrai.

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OTAN : la discorde chez l’ami (LV 110)

L’Alliance atlantique était née de la guerre, face à la menace soviétique. Elle s’était ensuite recyclée, entre unification européenne et modèle expéditionnaire. Mais les menaces à l’est ou au sud ne suffisent plus à maintenir sa cohésion, tandis que la désunion européenne et l’instinct anti-atlantiste de D. Trump la dissolvent profondément. L’Alliance semble au bout du rouleau.

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La dissuasion contestée

La dissuasion nucléaire a contribué à la régulation stratégique des tensions mondiales pendant la guerre froide et après. Mais elle est aujourd’hui moins opérante et de plus en plus souvent contestée, détournée voire remplacée par d’autres modes conflictuels qui en invalident progressivement la pertinence. Inventaire de ces contestations.

Lien vers Instable Allemagne, autre article du n° 103

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La Vigie n° 98 bis – 18 juillet 2018 : La guerre mélangée – Stratégie : vacance ou vacuité ? – Vu de la Lorgnette : Foot et stratégie

Lettre La Vigie n°98 bis – 18 juillet 2018 Abonné? directement la lettre en cliquant sur ce lien!     La guerre mélangée

La guerre n’est plus efficace ! Elle demeure pourtant, mais la représentation que nous en avons nous trompe, de Napoléon au Poilu et du défilé du 14 juillet aux Opex en Afrique. Nous cherchons à répondre à une forme dépassée de la guerre, sachant que celle-ci a pris bien d’autres formes (économique, cyber, monétaire, médiatique…) : autant de théâtres d’opération où se déroulent les vraies stratégies de puissance. Ne pas le comprendre, c’est forcément fourvoyer l’engagement des forces de combat qui demeure nécessaire, mais à condition d’être subordonné à une stratégie complète.

Stratégie : vacance ou vacuité ?

Une UE pétrie de faux semblants, une Alliance désemparée, un possible arrangement russo-américain sur le dos européen, la panne stratégique se confirme. Que la France s’en saisisse pour promouvoir une position médiane plaçant l’Europe jusqu’à l’Oural en équilibre stable entre Amérique et Chine, les deux compétiteurs commerciaux qui ont décidé d’en découdre à mort.

Lorgnette : Foot et stratégie JDOK Photo crédit : CC0 Creative Commons ( source) Attention, vous devez avoir le logiciel Acrobat Reader installé sur votre poste pour lire notre lettre (format .pdf)