La guerre est finie, l’Europe d’hier aussi (Le Cadet n° 57)

Je me souviens : c’était fin janvier 2002, cela faisait un mois à peine que l’Euro était dans nos poches, on continuait à faire la conversion en Francs, à tenter de reconnaître les pièces à leur couleur et à leur taille sans avoir à lire les chiffres inscrits. Passant à la caisse de la supérette en bas de chez ma petite maman chez qui je venais dîner, je n’ai d’abord pas compris quel était cet arc de triomphe au pile de la pièce de 20 centimes que j’examinais. Ça ressemblait à la Porte de Brandebourg, mais je devais me tromper. J’ai alors sorti de ma poche une autre pièce, celle de deux Euros, et j’ai reconnu immédiatement l’aigle allemand. (cliquez pour lire la suite)

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En même temps … – Le Cadet (n° 51)

« Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples ». Que retenir de cet apophtegme bien connu ? À monde équivoque, pensée complexe, nous dit le Lacombe Lucien de la géopolitique, niveau Brevet avec mention : il y a ceci et en même temps il y a cela. Précisément, c’est là qu’il faut des idées simples.

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Prenons la question palestinienne – on dit « question » quand on veut laisser un problème irrésolu. En vertu d’un principe qu’on datera du Traité de Versailles, les Palestiniens ont droit à un État (ça a été voté en 1947, on oublie toujours de célébrer cette autre moitié de la bouteille). Toujours en vertu du même droit international, les frontières de cet État sont celles dites de 1949-1967. Et l’ONU ne cesse de rappeler depuis la Guerre des Six Jours dans chacune de ses résolutions (on ne les compte même plus) que la prédation et la conquête ne sauraient constituer un mode d’acquisition de territoires. Il faut donc que Tsahal se retire de « Judée » et de « Samarie » et que les colons fassent de même.

Voilà le droit, il dit le bon sens. Mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? psalmodiaient les Shadoks. Alors nos gouvernements ont décidé de se tirer une balle dans le pied en s’imposant un second objectif : la paix entre les belligérants. On n’avait pas demandé aux Kosovars une protestation d’amour éternel pour leurs voisins serbes, on ne demandera pas aux Québécois d’adopter comme hymne national le Rule Britannia. Pour la Palestine on veut faire deux choses en même temps, qu’on ne fait nulle par ailleurs, au nom d’un Orient supposé compliqué dans un monde qui ne demande pourtant qu’à être simple.

La paix contre les territoires : en français classique, ça s’appelle un piège à cons. C’est une perte de temps et une source de malheurs inutiles, on l’a revu à Gaza. Tout le monde sait que les Palestiniens auront un État dont les frontières sont déjà tracées au décimètre près – lorsque le Cadet visita Jérusalem il y a trente ans, les parpaings et les barbelés couraient encore dans la ville, et un véhicule blanc de l’ONU stationnait Porte de Jaffa. Sinon, le droit est mort. Ensuite, les Palestiniens feront ce qu’ils veulent de leur État, ça les regarde. La guerre est un attribut souverain étatique, ils l’auront, il n’y a aucune raison de les en priver, de faire ce chantage aux territoires qui n’a aucun sens. S’ils veulent en user contre leur puissant voisin, qui sera en état de légitime défense avec ses 350 avions de combat, ses 2 500 chars et ses 100 têtes nucléaires, tant pis pour eux.

Non, ce n’est pas l’Orient qui est compliqué, ni le monde incertain, c’est l’Occident qui ne sait plus faire simple. En même temps, tant pis pour lui.

Le Cadet

N° 70 : Où va Trump ? | De la paix durable ? | Attaques à Londres

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Extrait des articles présents dans cette lettre :

Où va Trump ?

Nous avions réagi à l’élection de Donald Trump (cf. LV 55 et 56) pour ensuite l’évaluer en silence : il paraissait opportun de délaisser les imprécations si fréquentes et d’observer. Maintenant que sa première tournée internationale est achevée et que l’on commence à en voir les premiers effets, il est temps de caractériser cette politique. Car malgré ce que disent « les médias », elle a sa cohérence : le constater ne signifie pas qu’on l’approuve, mais plutôt qu’il est de bonne méthode d’étudier la stratégie de l’autre si l’on veut prendre l’avantage. Or, les indignations indignées (et fatigantes) ne contribuent pas au nécessaire réalisme. Certes, D. Trump détone face aux mœurs feutrées des élites transatlantiques. Il ne manque pas pour autant de finesse ni surtout de ligne politique. […]

De la paix durable

Repartons de la conclusion de notre précédent numéro : il faut réapprendre à penser la paix si l’on veut savoir faire la guerre. De même que la guerre a muté, sinon dans ses finalités, au moins dans ses formes, la paix a cédé la place à une crise permanente d’intensité variable, tensions brutales et détentes provisoires. Quel espace lui reste-t-il ? Est-elle autre chose que le silence des armes, un intervalle, une pause entre deux conflits ? Beaucoup de bons auteurs ont traité cette question ancienne. Il est vrai que la grande guerre et la vraie paix sont mortes ensemble, selon la belle formule du général Beaufre, il y a plus de cinquante ans. De même, on a mieux compris depuis la fin de la guerre froide que leurs syntaxes se métamorphosaient (cf. LV 16, 29, 35, 46, 69). Pareillement personne n’a oublié ces mauvaises paix qui laissaient intacts les problèmes et suscitaient de nouvelles guerres, comme après la Première Guerre mondiale celles de l’ex Empire ottoman, ou ces paix qui ont mal soldé les guerres de décolonisation, Quant à la fin de la Guerre froide, elle a ouvert une ère de dégel de tensions et de violences multiples. On le voit aujourd’hui dans les Balkans, l’Europe orientale, le Levant, le Sahel … […].

Lorgnette : Attaques à Londres

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N° 69 : Des Corées | Du retour à la paix | Nouvelles batailles syriennes

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Extrait des articles présents dans cette lettre :

Des Corées

Oublions un peu la France, l’Europe et l’Afrique pour évoquer un point chaud de la planète : la péninsule coréenne. Avec la Syrie (Voir Lorgnette), c’est l’un de ces théâtres asiatiques de conflit semi-ouvert où se défient les puissances, où se régulent les rapports de force et où s’affiche la nouvelle puissance américaine. Vu de Paris, ce foyer de crise renseigne assez bien sur la dynamique stratégique nouvelle que règlent Pékin, Moscou, Washington et New York, et dont Bruxelles et les Européens sont assez absents. […]

Du retour à la paix

Prenons aussi le temps de revenir aux classiques, car c’est toujours fructueux. Ainsi, la lecture de « Penser la guerre, Clausewitz » par Raymond Aron permet de comprendre bien des choses aujourd’hui. L’intellectuel avait voulu étudier le théoricien de la guerre pour évaluer son apport à la doctrine de dissuasion. Le livre fut publié en 1976 chez Gallimard (avec l’asssistance de Pierre Manent pour certaines relectures). Après avoir lu toutes les œuvres de Clausewitz (CVC), Aron constate qu’il y a deux caractéristiques chez lui : la fameuse « formule » (« la guerre est la continuation de la politique par d’auters moyens »), mais aussi la distinction des deux types de guerre, ce qu’Aron désigne par « la grande querelle ». C’est ce point méconnu que nous voulons évoquer ici car il nous semble fort instructif pour nos conflits contemporains. […].

Lorgnette : Nouvelles batailles syriennes

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