LV 125 : La veille stratégique | Fiabilité stratégique | Lorgnette : l’Arabie flambe

Lettre de La Vigie du 18 septembre 2019

L’importance croissante de la veille stratégique

La veille stratégique est une activité de plus en plus cruciale chez bon nombre d’organisations, confrontées à l’infobésité. Elle sert les objectifs stratégiques (anticipation, sécurisation et mobilisation), ne s’opère pas seulement vers l’extérieur et ne se résume pas à une documentation améliorée : elle doit prendre en compte le milieu hostile contemporain où l’information est à la fois énergie et arme.

Fiabilité stratégique

La fiabilité d’une stratégie s’évalue avec plusieurs indicateurs: sa capacité à encadrer l’incertitude et à évaluer les possibles, son pragmatisme et son agilité face à l’imprévu, sa capacité à combiner détermination et retenue … Elle est un facteur essentiel de sa pérennité et de la consolidation des intérêts de sécurité du pays.

Lorgnette : L’Arabie Séoudite flambe

Une attaque coordonnée par voie aérienne a endommagé gravement le 14 septembre un site pétrolier séoudien : on ne sait pas s’il s’agit de drones ou de missiles ni d’où ils viennent (Yémen, Irak, Iran ?) et qui les a tirés. La réduction des capacités de production a suscité une flambée des cours du pétrole et affecté les marchés. Et pourtant, si très tôt les accusations ont fleuri, une certaine retenue s’observe, à Washington et Riyad. Ici, l’enlisement au Yémen souligne les limites guerrières du royaume qui ne peut engager un conflit ouvert avec son rival iranien. Là, une campagne électorale déjà ouverte empêche le président Trump d’ouvrir un nouveau front, à rebours du désir profond de son électorat.

Passons sur les limites capacitaires de la protection sol-air (détection et destruction) du royaume séoudien ou sur les innovations techniques surprenantes d’un agresseur capable de lancer une salve d’engins manœuvrant à plusieurs centaines de kilomètres : constatons l’audace de cette initiative stratégique et son succès, tant elle révèle les limites militaires et politiques de l’alliance américano-séoudienne.

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L’importance croissante de la veille stratégique (LV 125)

La veille stratégique est une activité de plus en plus cruciale chez bon nombre d’organisations, confrontées à l’infobésité. Elle sert les objectifs stratégiques (anticipation, sécurisation et mobilisation), ne s’opère pas seulement vers l’extérieur et ne se résume pas à une documentation améliorée : elle doit prendre en compte le milieu hostile contemporain où l’information est à la fois énergie et arme.

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La Vigie n° 122 : Parias et États | Sous les seuils stratégiques | Lorgnette : au Kosovo

Lettre de La Vigie du 17 juillet 2019

Parias et États

La conflictualité actuelle résulte bien souvent de l’incapacité de la société internationale à permettre à des communautés de s’ériger en États viables et stables. La raison est à en rechercher dans la dislocation des systèmes d’empire qui laissent des peuples orphelins, dans la diversification peu cohérente du droit international et dans la mutation des acteurs internationaux. Pour réguler les tensions de la planète, il faut offrir à tous la perspective de l’État dont ils ont besoin.

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Sous les seuils stratégiques

La notion de seuil est bien connue des stratégistes depuis la mise au point de la dissuasion nucléaire. En dessous du seuil, nous vivrions sous le règne d’une guerre conventionnelle. Pourtant, dans le monde de l’après après-guerre froide, cette catégorie peine à expliquer tous les conflits que l’on a connus depuis trente ans et surtout, la conflictualité latente mais intense du monde contemporain. Il faut donc déterminer un nouveau seuil, bien en-dessous du seuil nucléaire : il permet de mieux comprendre les conflits du moment.

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Lorgnette : Au Kosovo

Il devait y avoir un sommet de Paris, début juillet, entre Serbie, Kosovo, Allemagne et France. Il fut annulé. Les diplomates espéraient arriver à la résolution d’un différend politique qui traîne depuis vingt ans : celui de la séparation du Kosovo de la Serbie. Il y eut un conflit, une opération de l’OTAN et depuis, les choses se sont calmées : l’heure est venue à la négociation.

On en connaît les principes, puisque Belgrade comme Pristina sont d’accord pour procéder à des échanges de territoire. Cette pratique ancestrale semble pourtant extrêmement compliquée à réaliser.

La première raison en est l’opinion publique, qu’elle soit serbe ou kosovienne. Pourtant, une préparation médiatique préalable devrait réussir à dépasser l’obstacle. Ensuite, les deux capitales ont adopté récemment des mesures de blocage qu’il faudra lever pour permettre la discussion : ultime posture de fermeté avant la négociation, ou raidissement durable ? À voir. Enfin, l’Allemagne n’est pas très favorable au principe d’échanges de territoires. C’est le plus gênant, car elle introduit là un principe d’intangibilité des frontières qui est pernicieux et contreproductif.

Laissons donc la place aux diplomates…

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La Vigie n° 121 : Il n’y a pas de cyberguerre | L’équation de la stratégie | Lorgnette: Désescalade

Lettre de la Vigie du 3 juillet 2019

Il n’y a pas de cyberguerre

L’expression cyberguerre sonne bien et est régulièrement employée par beaucoup : Pourtant, elle est fausse, ce qui ne signifie pas qu’il n’y ait pas une cyberconflictualité latente marquée par l’opposition de tous contre tous. Par ailleurs, la guerre n’ignore le cyberespace car il y a au contraire beaucoup de cyber dans la conduite de la guerre et des opérations militaires.

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L’équation de la stratégie

La grande stratégie est l’art des combinaisons. L’équation de la stratégie de la France est simple à énoncer, mélange de défense d’intérêts, d’exercice de responsabilités, de valeurs assumées, d’atouts valorisés et de faiblesses compensées. Dans la friche stratégique actuelle elle est difficile à établir, notamment en présence d’une profonde crise européenne et d’une panne de multilatéralisme.

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Lorgnette : désescalade

Entre Iran et États-Unis, le torchon brûle depuis des semaines et les observateurs peinent à décoder les discours menaçants, les invectives vengeresses et les déclarations provocatrices. On notera que l’initiative de la dérégulation vient de Washington depuis deux ans, d’un président qui jette aux orties l’Accord de Paris, le JCPoA iranien, le traité FNI et tout dispositif multilatéral qui amoindrirait la position de force à partir de laquelle il veut restaurer la prédominance des intérêts américains dans le monde. On a noté avec intérêt que le clan des Européens était resté uni dans la préservation de cet accord avec l’Iran et qu’il s’est engagé dans une résistance résolue à la position américaine. L’Occident n’est plus ici qu’une fiction, les intérêts et les méthodes divergent.

Restent deux pays bien embarrassés qui tentent de s’entremettre avec des atouts pour le faire, le Japon et la France, dont les analyses stratégiques convergent de mieux en mieux, notamment sur les questions maritimes. Lors du dernier G20, bien décevant par ailleurs, ils ont été des artisans de la désescalade.

La désescalade, voilà bien la grande stratégie dont la France doit être l’artisan inlassable dans le monde (LV 89).

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Crédit photo : trendingtopics on VisualHunt / CC BY

Il n’y a pas de cyberguerre (LV 121)

L’expression cyberguerre sonne bien et est régulièrement employée par beaucoup : Pourtant, elle est fausse, ce qui ne signifie pas qu’il n’y ait pas une cyberconflictualité latente marquée par l’opposition de tous contre tous. Par ailleurs, la guerre n’ignore le cyberespace car il y a au contraire beaucoup de cyber dans la conduite de la guerre et des opérations militaires.

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La Vigie n° 114 : Le biais religieux | Leçons du Yémen | Lorgnette : Sentinelle dévoyée

Lettre de La Vigie (27 mars 2019)

Le biais religieux

Le biais religieux, implicite ou explicite, affecte toujours la stratégie. Pour s’en convaincre, un tour d’horizon suffit en Europe comme en Asie. Mais le fait religieux peut aussi servir de masque au cynisme des États engagés dans leurs politiques de puissance. Quant aux nouvelles religions civiles, le droit et le climat, leurs approximations affectent aussi la stratégie

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Leçons du Yémen

On peut tirer plusieurs enseignements opérationnels du conflit au Yémen qui dure depuis plus de 4 ans. Notamment qu’il est bien plus symétrique qu’il n’y paraît, qu’il y a de facto deux coalitions juxtaposées, que les Emiriens sont plus agiles, que la stratégie aérienne ne fonctionne pas quand l’embargo naval obtient des résultats, entre autres. Autrement dit, ce n’est pas une guerre irrégulière comme les autres.

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Lorgnette : Sentinelle dévoyée

À La Vigie, nous avons dénoncé l’abus du vocable guerre employé ces dernières années pour désigner les opérations contre les djihadistes ; nous n’avons d’ailleurs guère été convaincus par la distinction entre défense et sécurité. Autant de confusions qui paraissaient dangereuses. Notre inquiétude a été renforcée cette semaine avec la funeste décision d’engager Sentinelle dans un dispositif d’ordre public. Sentinelle est pourtant une « opération » (terme militaire qui obéit à l’article 35 de la Constitution, faut-il le rappeler), « contre les djihadistes ». Ce n’est pas une force supplétive de maintien de l’ordre public (que ce soit en action contre des manifestants ou en garde statique de bâtiments officiels).

Ainsi, un piètre coup de communication politicienne démontre l’absence de réflexion stratégique de la part des responsables actuels qui s’inscrivent dans la lignée de leurs prédécesseurs (soyons justes). Mais ils franchissent aussi hélas un cran dans l’amateurisme, d’autant plus qu’ils censurent par ailleurs la pensée stratégique. Il faut le leur dire avec sévérité. La stratégie est chose sérieuse, la France est un sujet sérieux et l’ordre public une condition requise de la légalité républicaine.

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Le biais religieux (LV 114)

Le biais religieux, implicite ou explicite, affecte toujours la stratégie. Pour s’en convaincre, un tour d’horizon suffit en Europe comme en Asie. Mais le fait religieux peut aussi servir de masque au cynisme des États engagés dans leurs politiques de puissance. Quant aux nouvelles religions civiles, le droit et le climat, leurs approximations affectent aussi la stratégie.

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La Vigie n° 111 : Vénézuéla, une crise d’efficacité | Le coefficient énergétique | Lorgnette : Crise franco-italienne

Lettre de La Vigie n° 111 (13 février 2019)

Vénézuéla : une crise d’efficacité

La crise au Vénézuéla est ambiguë : N. Maduro ne convainc pas à cause de la débâcle économique du pays, mais voir D. Trump et J. Bolton se poser en garants de la démocratie laisse circonspect. C’est que le Vénézuéla connaît une double crise d’efficacité. Ce fut une inefficacité sociale autrefois (qui conduisit H. Chavez au pouvoir), c’est une inefficacité économique aujourd’hui. Aussi faut-il se garder des positions trop tranchées des uns et des autres.

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Le coefficient énergétique

Le coefficient énergétique est devenu un facteur principal de la grande stratégie des États et du reclassement des puissances. Trois évolutions rapides sont en cours, la révolution du gaz qui s’accélère (GNL, hydrocarbures de schiste, gaz méditerranéen), la transition climatique qui piétine et l’énergie numérique qui décolle. La transition énergétique de la planète est un secteur très fluide.

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Lorgnette : crise franco-italienne

La France a rappelé son ambassadeur à Rome, au motif d’une visite non-annoncée du ministre italien de l’Economie, L. Di Maio (également dirigeant du M5S) à des Gilets jaunes. Il y a bien sûr des calculs politiques de part et d’autre : chez l’Italien, le désir de reprendre un peu l’avantage sur son allié et concurrent M. Salvini, de la Lega. Chez le Français, la volonté de dramatiser un clivage (moi ou l’extrême). La crise a pourtant des ressorts plus profonds : crise migratoire, investissements économiques (Fincantieri, Bolloré), Libye, conception de l‘Europe.

Au-delà de ces différends réels, déplorons que cela aille trop loin. Certes, la France a une obsession allemande (et américaine) et néglige depuis bien trop longtemps ses partenaires latins avec lesquels elle devrait pourtant s’entendre, que ce soit sur la Méditerranée, le Maghreb et au-delà l’Afrique. L’Italie quant à elle fait face à beaucoup d’impensés, sur son histoire, son rôle européen ou sa démographie et tend à reporter sur autrui des maux qui lui sont propres. Cependant, les deux sœurs latines ont tout pour s’entendre et auraient un grand avantage à construire ensemble. La proximité culturelle est grande et les intérêts géopolitiques très proches. Reprenons-nous !

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Le coefficient énergétique (LV 111)

Le coefficient énergétique est devenu un facteur principal de la grande stratégie des États et du reclassement des puissances. Trois évolutions rapides sont en cours, la révolution du gaz qui s’accélère (GNL, hydrocarbures de schiste, gaz méditerranéen), la transition climatique qui piétine et l’énergie numérique qui décolle. La transition énergétique de la planète est un secteur très fluide.

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La Vigie n° 110 : L’impact démographique | OTAN : la discorde chez l’ami | Lorgnette : Traité d’Aix-la-chapelle

Lettre de La Vigie n° 109 (30 janvier 2019)

L’impact démographique

L’impact stratégique de la révolution démographique qui a vu la population de la planète tripler depuis la fin de la deuxième guerre mondiale est considérable. En faire le tour, c’est évaluer la nouvelle géopolitique des peuples, s’interroger sur la trajectoire africaine et s’inquiéter de la pertinence résiduelle d’une gouvernance mondiale que cette révolution a bousculée. Lien vers l’article

OTAN : la discorde chez l’ami

L’Alliance atlantique était née de la guerre, face à la menace soviétique. Elle s’était ensuite recyclée, entre unification européenne et modèle expéditionnaire. Mais les menaces à l’est ou au sud ne suffisent plus à maintenir sa cohésion, tandis que la désunion européenne et l’instinct anti-atlantiste de D. Trump la dissolvent profondément. L’Alliance semble au bout du rouleau. Lien vers l’article

Lorgnette : Le traité l’Aix-la-chapelle

Est-ce une préparation trop confidentielle, une utilité trop modeste, une formulation trop désuète ou une adoption à un bien trop mauvais moment politique qui aura fait de ce traité un objet de questionnement, voire de dérision ? Est-ce la fragilité politique des signataires bousculés dans leurs équilibres de politique intérieure qui a fait de cette signature sans relief un moment maussade et décrié ? Est-ce la forte incertitude qui se répand sur la trajectoire stratégique de l’UE à l’heure d’un Brexit confus et d’une Otan sans ressort (voir article) qui fait de cette alliance renforcée entre deux acteurs majeurs de l’Europe un succédané stratégique ? À moins que l’accumulation perverse de rumeurs fracassantes et d’émotions indignées (Alsace-Lorraine, conseil de sécurité …) ait voulu attirer l’attention sur une relation qui se tend ou se vide de sens ?

Toujours est-il que ce nouveau traité n’a pas l’intensité de celui de l’Élysée qu’il veut rénover et que sa formulation souvent laborieuse ne contient guère de dispositions nouvelles, ni de structures décisives. C’est un marqueur de plus mais sans supplément d’âme. En avait-on besoin maintenant ? C’est toute l’Europe stratégique qu’il faut repenser et avec tous, d’urgence. Au travail, le vrai.

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