La rivalité entre les États-Unis, la Chine et la Russie (J. Shapiro)

Nous sommes heureux d’accueillir ce texte de Jeremy Shapiro, directeur d’études au sein du cabinet Geopolitical Futures (le nouveau cabinet de G. Friedmann). Il l’a prononcé l’autre jour, au festival de géopolitique organisé par nos amis de Limes, à Gênes. Nous remercions donc aussi bien J. Shapiro que Limes à cette occasion. JDOK

Avant de commencer, je dois féliciter l’Italie pour sa récente décision d’approuver l’initiative One Belt One Road de la Chine. J’ai entendu dire que l’Italie annoncera son soutien lorsque le président chinois Xi Jinping viendra en visite à la fin du mois. Je viens du Texas, aux États-Unis. J’aimerais que nous soutenions l’initiative One Belt One Road de la Chine dans notre pays également. Nous sommes Américains, et nous sommes Texans aussi, donc nous aimons l’essence, les armes à feu et les grands chapeaux et nous nous sentons très importants. Si la Chine investissait dans la construction d’un nouveau train à grande vitesse au Texas et aidait à construire de nouveaux ports à Houston, à la Nouvelle-Orléans et dans d’autres villes, cela améliorerait nos horribles problèmes de circulation. Je pourrais aussi rendre visite à ma famille plus régulièrement. Ce serait merveilleux.

Navires chinois escortant un bâtiment américain en mer de Chine méridionale. ©Belga

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La Vigie n° 113 : Le goût de la paix | Géo XXI | Lorgnette : tension au Cachemire

Lettre de La Vigie n° 113 (13 mars 2019

Le goût de la paix

Tout le monde parle de la paix mais beaucoup se contentent de la disparition de la guerre dure. C’est ne pas voir que ce monde pacifié laisse de plus en plus libre court à une conflictualité multiple, nouvelle “guerre” qui va de pair avec la mondialisation libérale. La paix n’est plus une valeur absolue et dépassant toutes les autres, et par conséquent le goût de la paix s’étiole. Pourtant, dans leur demande de sécurité, c’est bien ce que les peuples exigent.

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Géo XXI

Dans un monde non conforme et multiple, la géostratégie mondiale connait une nouvelle évolution qui doit articuler au début du XXIe siècle hétérogénéité et interdépendance, la virtualisation stratégique que permet la transformation digitale et la régionalisation géopolitique qui rééquilibre la mondialisation. A prendre en compte par la France pour en tirer parti.

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Lorgnette : Tension au Cachemire

La frontière entre l’Inde et le Pakistan s’est brutalement embrasée l’autre semaine. À la suite d’un attentat de séparatistes au Cachemire, l’Inde a riposté avec ses avions de chasse. Une sorte de duel aérien s’est ensuivi, entraînant même la perte d’un MIG 21 indien dans des circonstances obscures. La connexion régulatrice entre les deux puissances nucléaires a fonctionné mais la tension acceptée démontre plusieurs choses.

Tout d’abord, l’escalade indienne puisque ses avions ont pour la première fois depuis 1971 frappé au-delà du Cachemire. Il y a là une stratégie risquée de la part de N. Modi, même si cela fait plusieurs fois que des incidents terroristes impunis frappent l’Inde. Cependant, si l’attentat est revendiqué par un mouvement pakistanais, son auteur est bien un Cachemirien indien. Il pose la question du contrôle indien de cette région : cela signale le durcissement de New-Dehli sur fond de la rhétorique nationaliste qui s’est approfondie ces dernières années. Jeu dangereux.

Dans le même temps, constatons que le Pakistan n’a pas reçu beaucoup d’appui, ni des Américains ni des Chinois. La faute sans doute à une lutte anti-terroriste peu convaincante. Mais l’isolement d’Islamabad est tout autant inquiétant.

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Crédit photo : Jon Himoff on VisualHunt.com / CC BY-NC-SA

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Le goût de la paix (LV 113)

Tout le monde parle de la paix mais beaucoup se contentent de la disparition de la guerre dure. C’est ne pas voir que ce monde pacifié laisse de plus en plus libre court à une conflictualité multiple, nouvelle “guerre” qui va de pair avec la mondialisation libérale. La paix n’est plus une valeur absolue et dépassant toutes les autres, et par conséquent le goût de la paix s’étiole. Pourtant, dans leur demande de sécurité, c’est bien ce que les peuples exigent. Continue reading “Le goût de la paix (LV 113)”

Géo XXI (LV 113)

Dans un monde non conforme et multiple, la géostratégie mondiale connait une nouvelle évolution qui doit articule au début du XXIe siècle hétérogénéité et interdépendance, la virtualisation stratégique que permet la transformation digitale et la régionalisation géopolitique qui rééquilibre la mondialisation. A prendre en compte par la France pour en tirer parti.

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Algérie, nouvelle donne… ! (par le Pr. Khalifa Chater, Tunis)

Nous sommes heureux d’accueillir cette contribution du professeur Khalifa Chater, professeur émérite de l’université de Tunis. JDOK

 

Source

De grandes marches populaires ont eu lieu, en Algérie, vendredi 8 mars 2019. Ce mouvement contestataire inédit a débuté le 22 février 2019. Depuis lors, le mouvement a pris de l’ampleur. Les manifestants entendent s’opposer au scénario dicté par le pouvoir, qui engage un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Au-delà de cette dénonciation, les Algériens prennent leurs distances avec un pouvoir usé, qui ne répond pas à leurs attentes. (cliquez pour lire la suite) Continue reading “Algérie, nouvelle donne… ! (par le Pr. Khalifa Chater, Tunis)”

Géopolitique du Maroc (K. Abderrahim)

Voici  un petit opuscule (118 p, 12,8 €) tout à fait remarquable et permettant de faire rapidement le point sur le royaume chérifien. Écrit par un des meilleurs spécialistes du Maghreb, maître de conférence à Science Po (et ami de La Vigie), il présente une remarquable grande qualité pour un livre de géopolitique : il est bourré  de cartes ! La chose est suffisamment rare pour être précisée et abondamment louée !

D’ailleurs, on reste surpris par l’abondance de données réunies dans un ouvrage finalement si bref : iconographie, index, chronologie, portraits, tout y est ! Le style est limpide et l’on apprend une foultitude de choses. Évidemment à propos de l’histoire du Maroc, mais aussi ses quatre directions géopolitiques : l’Atlantique (qu’on pense à la primo-relation avec les jeunes États-Unis d’Amérique), l’Afrique, bien sûr, l’Europe (Espagne et France) et bien sûr, l’orient, à la fois arabe et musulman, sans même parler des liens avec le reste du monde (Chine et Russie). Mais il est aussi question de géopolitique intérieure, qu’il s’agisse de la société marocaine, de son économie ou de la lente évolution du régime politique.

Bref, un ouvrage à recommander chaudement, que vous lirez dans l’avion la prochaine fois que vous irez en vacances là-bas.

Kader Abderrahim, Géopolitique du Maroc, éditions bibliomonde, 118p. 12,8 €).

JDOK

La Vigie n° 112 : Des anomalies à l’anomie stratégique | FNI : nucléaire plus qu’européen ? | Lorgnette : Manif à Alger

Lettre de La Vigie n° 112 (27 février 2019)

Des anomalies à l’anomie stratégique

La parole militaire a bien du mal à trouver sa place dans le débat stratégique actuel. Pourtant de multiples anomalies en matière de stratégie militaire générale s’accumulent annonçant une inacceptable anomie stratégique si on n’y prend garde. Il faut susciter et mobiliser l’expertise militaire pour y faire face.

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Traité FNI : Nucléaire avant d’être européen ?

Le retrait américain du traité FNI donne un nouveau coup à la sécurité européenne, alors que l’UE n’est pas partie au traité et se trouve bien démunie. Au-delà, cette décision relancera la course aux armements, y compris nucléaires. Elle donne finalement une certaine liberté de manœuvre aux Russes sans pour autant lier les Chinois. Car nucléairement, nous sommes désormais dans un jeu à plusieurs acteurs : définitivement sortis du monde bipolaire de la Guerre froide.

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Lorgnette : Manifestation algérienne

La récente annonce par le pouvoir algérien d’une cinquième candidature d’A. Bouteflika à la présidence du pays suscite des remous inattendus. Le président sortant est un vieillard infirme et désormais peu capable. Mais le « système » a failli à organiser sa succession et a donc décidé de proroger le titulaire. Tout devait se passer entre soi mais voici que le peuple a surgi, avec plusieurs dizaines de milliers de manifestants répandus dans le pays et refusant haut et fort cette cinquième candidature. Sans revenir sur l’impasse politique et économique du système, remarquons que ce mouvement a surpris tout le monde, y compris les forces de sécurité, les bleus, qui se sont montrés finalement assez tolérants.

Certains verront ici, à huit ans d’écart, le prolongement des révoltes arabes de l’hiver 2011. Pour notre part, nous y voyons plutôt l’expression d’une conscience portée par les médias sociaux en écho du mouvement français des Gilets Jaunes : en Algérie non plus, aucune instance politique ou syndicale n’a appelé à manifester (à la différence de la Tunisie d’hier). Nul ne sait ce que va devenir cet élan populaire et s’il va peser sur l’avenir du pays mais à coup sûr, quelque chose a changé à Alger. À suivre avec attention.

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Crédit photo : The Official CTBTO Photostream on Visualhunt / CC BY

JDOK

Des anomalies à l’anomie stratégique (LV 112)

La parole militaire a bien du mal à trouver sa place dans le débat stratégique actuel. Pourtant de multiples anomalies en matière de stratégie militaire générale s’accumulent annonçant une inacceptable anomie stratégique si on n’y prend garde. Il faut susciter et mobiliser l’expertise militaire pour y faire face.

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Traité FNI : Nucléaire avant d’être européen ? (LV 112)

Le retrait américain du traité FNI donne un nouveau coup à la sécurité européenne, alors que l’UE n’est pas partie au traité et se trouve bien démunie. Au-delà, cette décision relancera la course aux armements, y compris nucléaires. Elle donne finalement une certaine liberté de manœuvre aux Russes sans pour autant lier les Chinois. Car nucléairement, nous sommes désormais dans un jeu à plusieurs acteurs : définitivement sortis du monde bipolaire de la Guerre froide.

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Pensée militaire : défaite tactique, défaite stratégique (Col. Moutarde)

A la suite de la polémique sur l’article du Col. Légrier, paru dans la RDN puis retiré de la publication, nous accueillons cette réaction du colonel Moutarde, un de nos correspondants. Merci à lui. JDOK

Ainsi donc, un militaire a non seulement pensé mais écrit et pire, publié ! Où va la France ? Elle est clairement menacée dans ses fondements stratégiques, dans la solidité de ses alliances, dans sa cohésion nationale, dans sa loyauté des corps constitués. L’affaire est grave mais heureusement, un esprit brillant et éclairé a veillé au grain et empêché les factieux, les félons, les traîtres, les vendus, les bachibouzouks de compromettre la défense de la France avec des idéaux ennemis et contraires aux valeurs les plus éternelles de l’hexagone.

Colonel Mustard Source

Rappelons les faits. Continue reading “Pensée militaire : défaite tactique, défaite stratégique (Col. Moutarde)”

2018 : une année clef dans les relations russo-helléniques (A-G Marghelis)

Nous parlons peu de la Grèce : aussi sommes-nous heureux d’accueillir Aris-George Marghelis. Il est titulaire d’un doctorat de l’Université de Nantes portant sur la dimension stratégique du droit de la mer. Il a enseigné la géopolitique et les relations internationales à l’École navale et à l’Université de Brest. Merci à lui. JDOK

Géopolitique Friction du Mercredi 25 Février 2015 : Grèce ...

Source photo

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L’art de perdre la guerre (Le Cadet n° 58)

Un article plein d’à-propos publié ce mois-ci par la Revue Défense Nationale fait polémique : il y est dit que l’Occident a perdu stratégiquement en Orient, mais surtout qu’il ne sait plus faire la guerre.

L’Occident, ou le degré zéro de la pensée stratégique ...

Source photo

Le scandale est là, pour peu qu’on prenne la peine de lire les passages qui ne font qu’exposer, retour d’expérience irakienne et syrienne à l’appui, ce que beaucoup d’officiers ne cessent de dire depuis qu’ils ont quitté la Grande Muette. La RDN elle-même avait su publier très tôt des mises en garde qui auraient pu, et dû, être salvatrices : ainsi, dès avril 2002 et l’engagement américain en Afghanistan, en prévenant que l’hypertechnologie déboucherait sur une impasse, alourdirait les armes et ralentirait la guerre au lieu de l’accélérer (La guerre introuvable). Ou six ans plus tard, au moment du double retour de la France à Kaboul et à Mons, un article repris par la presse qui dénonçait notre aveuglement à croire que nous allions subvertir la bureaucratie otanesque (Le degré zéro de la pensée stratégique). Les Britanniques ont fini par le comprendre[1], et c’est ce que Legrier écrit dans son article : mais le colonel a dit la vérité, il doit être exécuté, aurait chanté Guy Béart.

Car le drame du retour dans l’OTAN ne fut pas de se mettre sous commandement américain : le drame est que les Américains ne savent pas gagner une guerre. D’ailleurs, me disait un jour un professeur d’Oxford, qu’ont-ils jamais gagné seuls, à part leur Guerre de Sécession ? Leur but n’est pas de gagner mais de faire la guerre, et de coloniser leurs alliés en leur imposant l’hypercentralisation et la débauche de moyens qu’ils sont les seuls à pouvoir se permettre. Churchill, parlant du fiasco américain d’Anzio, ironisait sur cette armée prussienne, sans Frédéric, exclusivement composée de chauffeurs et de mécaniciens. Et Winston ne connaissait pas l’interopérabilité et cette guerre des normes que nous n’avons même pas livrée. Nous sommes les otages du Califat cybernétique américain.

Est-il trop tard pour en sortir sans casse, revenir à ce que nous savons le mieux faire, refondre entièrement la pensée militaire française et entretemps arrêter les programmes d’armement en cours, pour autant que le traquenard otanesque est de faire croire qu’on gagne une guerre parce qu’on est le plus fort ? Répétons-le : là où nous abordons la numérisation de la guerre comme une opportunité récente, l’esprit totalisant y voit la réalisation d’un vieux projet dystopique. Il s’agit d’un choix philosophique qui n’est pas le nôtre. Voilà le fond du problème soulevé par l’alliance américaine, il est déterminant pour l’avenir des armées françaises, comme le furent les débats des années trente. Mais mon billet a dit la vérité, vous allez m’exécuter.

Le Cadet

[1] Le Cadet, « L’Empereur et le Félin », n° 54, La Vigie, octobre 2018.