Coopération industrielle avec l’Allemagne : comprendre l’intérêt de l’autre partie pour bien négocier

Voici une petite réflexion sur la politique industrielle et les déboires du fameux “couple franco-allemand”. Il résulte de nos propres observations et d’entretiens avec divers correspondants que nous remercions ici, sans pouvoir les citer. LV

La défense européenne passe notamment par une bonne entente avec l’Allemagne. Paris a fondé beaucoup d’espoirs sur ce sujet, reprenant le refrain du « couple franco-allemand », espérant qu’il suffise à décrire une réalité. Or, il semble y avoir loin de la coupe aux lèvres ; Passons sur les différends stratégiques (qui vont s’accentuer à la suite de l’élection de Joe Biden, les Allemands retournant à leurs vieilles habitudes) pour évoquer le sujet de la coopération industrielle de défense, qui manifeste quelques couacs. C’est valable dans quasiment tous les compartiments : sur le segment terrestre puisque le programme de char futur (MGCS) bat un peu de l’aile, l’alliance entre Nexter et Kraus-Maffei ayant été bouleversée par l’arrivée de Rheinmettal (voir par exemple ici) ; le secteur aérien puisque le projet de SCAF voit Dassault se rebiffer devant les projets de partage de valeur avec Airbus (Allemagne et Espagne) ce qui a suscité de vigoureuses mises au point (par exemple ici). Enfin dans le secteur naval, l’Allemagne évoquant l’achat d’avions de patrouille maritime P8 (américains) ce qui mettait à mal le programme franco-allemand MAWS (voir ici).

A chaque fois, Paris a joué les pompiers, essayant de trouver des solutions. Un fait demeure : il y a une attitude allemande en matière d’industrie d’armement qui ne se plie pas aux impératifs géopolitiques promus par la France et que la France croit partagés par Berlin. C’est que l’Allemagne a d’abord une géoéconomie avant d’avoir une géopolitique, et que son intérêt national passe par l’économie. Ce qui permet de proposer cette grille de lecture pour comprendre ce différend industriel bien plus structurel que ne le croient les stratèges parisiens.

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La Vigie n° 141 : L’Europe et son centre | Résilience, ce mot magique | Lorgnette : Désaccords européens

Lettre de La Vigie du 29 avril 2020

L’Europe et son centre

Le centre de gravité de l’Europe, si on se réfère à une définition stratégique, réside dans la grande dorsale européenne qui allait traditionnellement de Londres à Milan, en passant par le Rhin. Les événements de 2020 modifient la donne et mettent brutalement en avant la question allemande, qui déterminera l’avenir de l’Europe. Seul un véritable partenariat entre la France et l’Allemagne permettrait de pérenniser une Europe puissante.

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Résilience, ce mot magique

La pandémie a suscité de nombreux appels à la “résilience”. L’opération des armées a d’ailleurs repris ce nom de baptême. Derrière la surmédiatisation du mot, revenons aux fondements de ce qu’il signifie. Son introduction dans le vocabulaire stratégique date du LBDSN de 2008 dans un contexte de lutte contre le terrorisme, inadapté à la crise actuelle. Surtout, la résilience se construit avant la crise : l’invoquer quand celle-ci survient démontre surtout que l’on est démuni dans la conduite de celle-ci.

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Lorgnette : désaccords européens

La brutalité de la pandémie met soudainement sous tension l’édifice institutionnel européen. Depuis plus d’un mois, dans le champ de compétence économique de l’Union, les positions s’affrontent très durement. Lors des précédentes crises, l’affrontement opposait « tous contre un » (la Grèce en 2012 lors de la crise de l’euro, l’Allemagne en 2015 au moment de la crise migratoire). On assiste cette fois-ci à la constitution de deux camps, farouchement opposés : les frugaux (Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Danemark, Suède, Finlande) et les amis de la cohésion (Espagne, France, Italie).

En jeu : la possibilité d’une dette commune, autrement dit le passage technique à la solidarité budgétaire, les plus riches payant pour les moins riches. Les frugaux le refusent, d’autres (la France) y voient un moyen de progresser vers une souveraineté européenne : la méthode du grand pas, en quelque sorte. Or, il est probable que les frugaux gagneront car l’équilibre politique et économique européen leur convient. Sinon, certains (Italie) pourraient être tentés de sortir de l’euro. Mais s’il y a transfert, d’autres pourraient le quitter : la Finlande a déjà communiqué en ce sens.

Cette fois, la crise est existentielle.

JOCV

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Crédit photo :  Francis =Photography= on Visualhunt / CC BY-NC-SA