A la mémoire de Monsieur André Maginot (Le Cadet, n° 70)

– Une supposition que les Allemands reculent : on est là !

– Pour les empêcher de reculer.

– Non, pour… la tenaille.

– Si je comprends bien, vous êtes trente kilomètres derrière les Allemands en attendant qu’ils reviennent ?

– On ne va pas attendre des années.

– Je m’en doute. Surtout qu’ils peuvent reculer par un autre chemin. Déjà qu’ils ne sont pas passés par là pour descendre, on ne voit pas pourquoi ils passeraient par là pour remonter.

Monsieur le ministre Maginot, vous n’êtes pas sans savoir que la France, qui allait commémorer le 80ème anniversaire de la défaite de 1940, a décidé de procéder à une reconstitution grandeur nature de ce triste évènement. Entre fuite sur les routes vers Bordeaux et don de sa personne à la France pour atténuer son malheur, confinement de l’Alsace-Moselle et interdiction des plages, Ausweis d’autorisation de sortie et pillage des magasins d’alimentation, c’est Rethondes sans même passer par le wagon. Si nous ne manquions pas de chars en 1940, nous ne manquerons pas de caddies en 2020. Pour le reste c’est la grande désolation : même absence de masques que de canons de DCA, même dispute autour du traitement à la chloroquine qu’autour de l’utilisation des blindés, et même contentieux autour des brevets de test que pour les moteurs d’avions.

Comme nous sommes des gens sérieux, nous avons commencé tôt les festivités. Trois mois durant le discours a été le même : nous avons la meilleure armée, de toute manière les Messerschmitt ne virent pas à gauche et leurs chars ont cassé en Pologne. Aucun risque qu’ils passent par les Ardennes et quand bien même, on les pincera à la sortie. Ils sont passés. Nos gouvernants de rencontre, comme disait certain général de brigade à titre temporaire, ont cédé à la même panique. Et nous découvrons, en fait de ministres, des stagiaires qui font comme on leur a appris à l’école… quand ils font quelque chose. D’aucuns ont même préconisé ce qu’on recommandait lorsque les attaques au gaz avaient surpris en 1915, forçant les Poilus à bricoler des masques : plus vite on entre dans la nappe, plus vite on en sort. Nous voilà casematés, attendant que le virus ait la courtoisie de ne pas trop se répandre, suspendus aux bulletins d’information et pointant la progression du Covid-19 comme l’avance des panzers sur nos départementales.

Vous voyez, Monsieur le ministre, nous mettons un point d’honneur à ce que la reconstitution soit la plus fidèle possible. Ce qui ne nous empêche pas, vautrés devant la TV, de moquer, avec la 7ème Compagnie toujours en grande vadrouille, l’insouciance de nos anciens et l’imprévoyance de leurs gouvernements.

Le Cadet

One thought on “A la mémoire de Monsieur André Maginot (Le Cadet, n° 70)

  1. Var Matin, lundi 20 avril 2020, amiral Christophe P*, chef d’état-major de la marine française :

    “Les mesures ont été contournées par le virus.”

    Comme les panzers avaient contourné la Ligne il y a 80 ans.

    Salauds de Boches ! Et salaud de Covid-19 !

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