Bilan hebdomadaire n° 27 du 4 septembre 2022 (guerre d’Ukraine)

Quelle semaine : alors que depuis début août nous constations un gel des positions, voici que dans la nuit de lundi, les UKR ont lancé leur fameuse contre-offensive à Kherson. Difficile d’y voir clair.

Évoquons déjà les tonalités de communication des deux camps, qui signalent toujours des choses. Au début de la semaine, les pro-UKR affichaient leurs espoirs tout en ne disant rien, officiellement par SECOPS, en fait parce qu’ils ne savaient pas grand-chose. Les pro-RU n’en savaient pas plus mais annonçaient des plans mirifiques et des destructions massives des forces UKR. Au point qu’un scepticisme pro UKR commençait à se faire jour en milieu de semaine, moment où les pro-RU ont commencé à se faire moins bruyants, le Kremlin leur ayant probablement dit de ne pas donner d’infos sur le déroulement des opérations. En ce dimanche, l’optimisme semble revenir chez les pro-UKR. Cette observation des humeurs permet, indirectement, d’apprécier ce qui s’est probablement passé.

Faisons tout d’abord le point des secteurs, nous terminerons par Kherson.

Au N, il y a une reprise d’activité à l’E de Kharkov : personne ne sait si ce sont les UKR ou les RU qui sont à la manœuvre et s’il s’agit de quelque chose de conséquent. Pour l’instant pas de changement.

D’Izioum à Bakhmout, pas de modification. Les RU sont bloqués et les UKR tiennent, signe de l’épuisement local des RU. Les UKR auraient franchi la rivière Donets au S de Yampil pour investir temporairement Ozerne. A Soledar, les RU auraient pris la carrière à l’E de la ville.

Un peu au S, les RU seraient entrés dans Kodema sans l’avoir complètement investi. C’est peu et c’est tout. Cela manifeste un épuisement RU. Autour de Donetsk, là encore quelques efforts RU mais sans véritable avancée. Les RU auraient pris le pont autoroutier au NW de Peski, ce qui leur permettrait théoriquement de poursuivre vers Pervomaiske. Dans le reste du secteur, cela piétine. Sur tout le front sud jusqu’à Zaporija, on observe une légère augmentation des tirs d’artillerie, sans effet sur le terrain. A surveiller pourtant.

La centrale nucléaire de Zaporija a connu une activité liée à la venue des inspecteurs. Les RU ont expliqué avoir repoussé un raid commando UKR à travers le Dniepr, puis se sont perdus en explications confuses sur un missile planté dans le sol, tiré manifestement depuis le S, donc de leurs positions. Ces affabulations renforcent la thèse UKR selon lesquelles se sont les RU qui tirent sur les abords de la centrale.

Mais la grande affaire se situe à Kherson où les UKR ont entamé leur offensive.

Les choses commencent à s’éclaircir. Rappelons que les UKR avaient lancé depuis six ou sept semaines une campagne méthodique de frappes sur les arrières RU et sur les traversées du Dniepr. Un pont vient de s’écrouler et les deux autres sont abîmés. Le système de barges reste précaire. Autrement dit, la logistique RU vers Kherson est fortement fragilisée ce qui favorise l’attaque UKR. Ceux-ci ont visiblement lancé plusieurs axes d’attaque. Certains ont parlé de 12 secteurs, nous en avons identifié 5 dont trois paraissent encore actifs.

Au N : Les UKR ont commencé à pousser vers Arkhanhelske, qui était le saillant RU le plus avancé. Le village serait partiellement ou complètement investi depuis. Un peu plus à l’E, le village d’Olhyne aurait été pris ainsi que Vysokopillya et Potomkyne. Il est possible que les RU se soient repliés un peu plus au sud sur une nouvelle ligne de défense, la zone étant devenue un no man’s land, comme souvent : c’est pourquoi il est difficile d’interpréter les communiqués des deux parties, chacune ayant tendance à considérer chaque zone grise comme sous son contrôle. Ce serait notamment le cas plus à l’est de Potomkyne, (Petrivka et Lyubimivka sont disputés).

Au centre, les UKR auraient le plus avancé à partir de leur tête de pont de Lozove. Ils auraient consolidé Andriivka, puis avancé jusqu’à Kotromska. Les combats se déroulent autour du village de Bilohirka, au N, qui permettrait aux UKR de faire liaison avec Davydiv Brod, mais aussi au S vers le village de Blahodativka, installé dans une boucle de l’Inhulets. On observera au passage que les UKR ont réussi plusieurs franchissements de rivière, signe de meilleures capacités mais aussi d’un niveau d’eau bas (fin d’été) qui favorise des passages. Ainsi, une poche s’est créée autour de Sukhy Stavok. L’avenir dira si cette localité aura le même destin que Popasna qui avait permis, en juin, aux RU de prendre le saillant de Severodonetsk.

Dans le secteur sud, troisième axe majeur d’attaque UKR, les efforts sont partis principalement de Posad Pokrovske. Liubomyrika aurait été conquise à l’E, Ternovy Podi serait contestée, ainsi que Zelenyi juste au S.

Voici pour le compte-rendu des opérations « observées » sur le terrain. Évidemment, ceci est sujet à grande caution mais constitue une résultante des assertions des deux camps.

Appréciation militaire : Nous parlions il y a quelques semaines d’initiative et à l’époque, nous indiquions que les RU essayaient de la prendre. Certains avaient dénié cette intention. Force est de constater que cette semaine, ce sont les UKR qui ont pris l’initiative. Pour la première fois depuis le début de la guerre, notez-le bien. Jusqu’à présent en effet, ils résistaient valeureusement, conduisant ici ou là des coups. Mais depuis le début de juillet, ils ont préparé leur manœuvre opérative sur la poche de Kherson, de plusieurs manières.

Tout d’abord avec les frappes sur les dépôts logistiques russes dans la poche et en arrière de celle-ci, au sud du Dniepr. Ensuite en frappant les points de franchissement pour entraver la liaison à travers le fleuve ; Enfin avec une campagne de communication annonçant l’offensive sur Kherson, ce qui a poussé les RU à amener des renforts dans la poche. Le lancement cette semaine de l’offensive constitue la deuxième phase de cette manœuvre opérative en engageant le combat direct contre les positions RU.

Les premiers résultats sont encourageants même s’il n’y a bien sûr pas d’écroulement du dispositif RU. Ceux-ci reculent légèrement dans le N, ont laissé se constituer une poche autour de Sukhy Stavok, contiennent l’effort au sud vers Posad Pokrovske. Il faut écouter ici les discours des uns et des autres. Les pro-RU annoncent un chaudron à Sukhy Stavok qui serait réduit grâce à l’artillerie RU. L’affaire serait un piège pour détruire les unités UKR trop avancées au sud de la rivière.  Les pro UKR estiment que les progrès sont lents mais qu’il s’agit en fait de détruire dans la durée les forces RU trop avancées au nord du Dniepr. Cette assertion renvoie à ce que disent les RU depuis plusieurs semaines sur le front de Donetsk où le piétinement serait voulu pour détruire les positions UKR dans la zone. Il est sûr en revanche que les combats en cours dans la poche de Kherson sont meurtriers et causent des pertes humaines importantes. C’est avéré côté UKR, probable côté RU même si on a moins de témoignages.

Dès lors, nous pouvons faire deux commentaires généraux. En mars, certains m’interrogeaient sur « le point culminant » qu’aurait atteint les RU. A l’époque, je faisais part de mon scepticisme. Aujourd’hui en revanche, la question se pose plus nettement. Rappelons que le point culminant, selon la terminologie clausewitzienne, est le point maximal d’une offensive qu’une force atteint et au-delà de laquelle elle ne peut plus progresser. Clairement, depuis la prise du saillant de Severodonetsk, les RU n’avancent quasiment plus ni du côté de Bakhmout, ni vers Donetsk. La poche de Kherson est le point le plus avancé, donc celui le plus difficile à tenir et donc le plus favorable pour les UKR comme nous l’avons déjà signalé.  Nous verrons donc si les RU tiennent leurs positions dans les semaines à venir.

L’autre commentaire tient aux phases de la guerre. La première au mois de mars a connu à la fois la conquête du sud et le revers de Kiev. Dans une deuxième phase, les RU se sont réarticulés, ont réduit Marioupol et préparé leur effort contre le saillant de Severodonetsk (avril mai). La troisième phase a été la réduction RU du saillant et l’avancée jusqu’à la ligne de Seversk – Bakhmout, au début de l’été. La quatrième phase (juillet-août) est celle de la « pause opérationnelle » puis de la tentative de relance RU sur l’ensemble du Donbass et le début de la préparation opérationnelle UKR sur Kherson. Nous débutons logiquement une cinquième phase, celle de la bataille de la poche de Kherson qui durera ce début d’automne.

Ainsi, cette guerre suit une alternance de mouvements et de combats figés avec, des deux côtés, la volonté d’user l’adversaire.

Appréciation politique : Peu de mouvements sur ce plan-là cette semaine, sinon la venue de l’équipe d’inspection de l’AIEA à la centrale de Zaporija. Chacun attend désormais le résultat des combats en cours. Il est évidemment imprudent de prédire le résultat de cette phase. Chaque camp jette ses forces dans la bataille dans un dernier effort avant la probable pause hivernale. La semaine qui commence donnera plus d’indications sur les tendances à venir.  Mais il est clair que les UKR ne se satisfont pas du pat qui se dessinait la semaine dernière. Ils manifestent plus d’optimisme désormais tandis que les RU semblent plus inquiets.

A dimanche.

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