Bilan hebdomadaire n° 15 du 12 juin 2022 (guerre d’Ukraine)

Bilan hebdomadaire n° 15 du 12 juin 2022 (guerre d’Ukraine)

Lentement, le grignotage russe se poursuit : Si Severodonetsk devrait tomber bientôt, la bataille vers Slaviansk a commencé.

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A Kharkov, pas de changement majeur. Quelques petites poussées de part et d’autre ne changent pas radicalement la ligne de front, malgré certaines déclarations tonitruantes. Chaque partie se satisfait finalement de fixer sur place une partie des forces de l’autre.

Au sud, le front de Zaporizhia semble tout aussi atone. Ici encore, quelques tests et canonnades qui ne changent rien pour finir. Les belligérants ont leur attention concentrée ailleurs.

Du côté de Kherson, l’observateur a toujours du mal à comprendre ce qui se déroule. Je reste donc très prudent et demande de l’indulgence envers mes propos. Il semble ainsi que les UKR ont toujours une tête de pont sur la rive gauche de la rivière Inhoulets. Cependant, les RU auraient repris le village de Davydiv Brid. Les UKR auraient effectué quelques poussées plus au N, sans que cela soit probant.

AU sud de la poche, là aussi il y aurait quelques poussées UKR mais aussi quelques avancées RU, le long de l’embouchure. Cependant, si la ligne de fortification RU semble tenir, si la rivière Inhoulets semble constituer (sauf exception mineure) la nouvelle ligne de front, l’activité UKR aurait forcé les RU à déplacer des unités qui se trouvaient au sud de Zaporizhia. Ainsi, à défaut de reconquérir la poche de Kherson, l’UKR aurait atteint un objectif opératif minimal, celui de divertir l’effort Ru annoncé sur un autre front. Cela signifie aussi que les possibilités UKR d’avancer restent réduites. Nous y reviendrons.

Encore une fois, le principal se joue dans le Donbass, avec deux secteurs principaux.

A Severodonetsk (SD), la manœuvre UKR a fait long feu. Le premier moment de surprise passé, les RU ont rétabli leurs positions en tenant toute la partie résidentielle  et en laissant les UKR dans la zone industrielle. Simultanément, ils poussaient à l’E et prenaient le contrôle de l’aéroport. Ainsi, les Unités UKR situées au N de la rivière sont séparées les unes des autres. Borivske serait sous contrôle RU. Les combats actuels se dérouleraient pour le contrôle de Syrotyne. Les RU avanceraient dans la zone industrielle et la seule question qui vaille est celle du maintien de ponts praticables pour le retrait des dernières unités UKR. Question de jours désormais.

Dès lors, tout l’intérêt se reporte sur Syssythcansk (SY) ville jumelle de SD mais au sud de la rivière et prenant appui sur le côteau dominant la vallée. L’avantage tactique est évident. Aussi est-il peu probable que les RU veuillent attaquer SY à travers la Donets, du N. Les RU peuvent en effet progresser à partir du Sud-Est, sur la rive droite de la rivière, celle où se trouve précisément SY. C’est pourquoi ils poussent contre la défense de Toshkivka, dernier verrou sur la route de LY. Revendications contradictoires sur cette localité.

C’est justement pour soutenir la résistance à Toshkivka que les UKR ont maintenu un bastion de résistance autour de Hirske & Zolote. Cette dernière bourgade est désormais cernée de trois côtés, les RU ayant réussi, à partir de Pospana, à prendre Komyshuvakha & Khram Svyatoho. Les Ru assurent avoir pris le contrôle de Toshkivka. Si cela s’avérait, la bataille pour SY devrait bientôt commencer, une fois le bastion de Zolote réduit. Le dispositif UKR au fond du saillant paraît donc très précaire.

Mais l’autre fait marquant est le début de la bataille pour Slaviansk (SK). En effet, les RU ont pris la localité de Sviatohirsk, au Nord de SK. Mais en se retirant, les UKR ont semble-t-il laissé un pont sur la Donets. Les RU ont donc réussi à traverser. Ils sont ainsi parvenus à prendre pied dans les localités de Tetyanivka et de Pryshyv, au sud de la Donets. Simultanément, ils ont fait liaison avec les corps venant de la FOB d’Izioum qui progresse jusque vers Bohorodychne et qui pousse vers Dolyna.

Le dispositif de défense de SK est appuyé sur 4 points forts et deux massifs forestiers. La rivière Donets ne constitue plus une ligne de défense (sauf face à Lyman). Or, 2 de ces 4 points de résistance sont désormais directement attaqués par les RU, le 3ème devrait l’être bientôt. Accessoirement, cela permet aux RU de réunifier deux de leurs corps d’armée, celui d’Izioum et celui venant de l’E de la rivière Oskil. Cela simplifie leur manœuvre logistique d’autant que le franchissement de la Donets leur facilite les choses. Il faudra donc surveiller leur progression vers les villages de Sydorove et Majaky à l’E, sur la route M03 au centre, sur Kurulka, Ivanika et Novomykolaivka à l’O.

Simultanément, les RU poursuivent leur pression à l’O de Popasna. La route Bakhmout/SK reste toujours disputée. Au sud de Popasna, les RU manœuvrent autour du réservoir de Vuhlehirske afin d’encercler la localité de Novoluhanske. Si cette manœuvre réussissait, cela dégagerait le N du secteur d’Horlivka mais aussi la route M03 qui mène à Bakhmout.

En descendant vers Donetsk, la manœuvre d’encerclement d’Avdiivka a peu progressé. Qq combats à l’O de Donetsk, là encore sans avancée significative. L’effort reste bien dans le Nord Donbass où les RU devraient obtenir à court terme des gains, certes peu étendus.

Appréciation militaire. J’avais parlé, il y a quelques semaines, de symétrie, d’asymétrie, de dissymétrie (dans un numéro de La Vigie www.lettrevigie.com, je crois). J’avais expliqué que ce conflit était pressenti comme dissymétrique mais qu’il était devenu symétrique :  adversaires de force équivalente s’affrontant selon les mêmes règles et outils. Il semble qu’à partir de la phase 2 et plus encore de la phase 3, nous soyons revenus lentement à une certaine dissymétrie en faveur des Russes. Elle est légère mais se confirme avec le temps.

Or, depuis deux mois, la stratégie UKR consiste à céder le moins de terrain possible, au prix des sacrifices humains jugés nécessaires, pour gagner du temps afin de bénéficier des armes occidentales : celles-ci étant jugées capables d’inverser le rapport de force, grâce à leur supériorité technologique. Ce calcul s’avère erroné, pour plusieurs raisons. Il tient pour acquis que la défense consomme moins de ressources que l’attaque, selon l’adage clausewitzien. Or, les RU ont appris de leurs erreurs et sont depuis la phase 2 beaucoup plus économes de leurs troupes, aussi bien en matériel qu’en hommes. Ils usent de leur artillerie, améliorée d’un ciblage low cost à base de drones de contacts. C’est redoutablement efficace contre des positions UKR affaiblies dans la durée et sans grande capacité de riposte.

Aussi, ce sont désormais les UKR qui ont le plus de pertes. Kiev parle désormais de 100 à 150 voire 200 morts par jour et 500 blessés quotidiens. 7 bataillons par semaine. C’est intenable. Aussi, les décisions de tenir à l’avant, ici à SD, là à Zolote, sont de moins en moins efficaces.  Les UKR perdent donc des hommes, des matériels et désormais du terrain. Les armes occidentales arrivent trop tard, en trop faible nombre et sans pouvoir réellement inverser le RAPFOR.

Aussi deux lignes semblent s’affronter à Kiev : celle de la défense de l’avant, celle du repli tactique sur une ligne durcie (Bakhmout/Slaviansk dans un premier temps, plus à l’O ensuite). Pour l’instant, la première a prévalu.  L’état des forces poussera certainement la seconde à prendre l’ascendant.

Du côté RU, on reste cependant surpris de la lenteur de la progression. Elle traduit un appareil militaire lui aussi émoussé, avec peu de troupes bien formées capables de conquérir, par la manœuvre ou le choc, telle ou telle position. Pour eux aussi, l’usure est là.  Une source aurait estimé que les RU avaient consommé 60 % de leur stock de munitions. Cela laisse à Moscou une certaine marge mais qui n’est pas extensible à l’infini. Le temps ne joue pas forcément en faveur des RU dont la capacité de refabrication est inconnue. Pour autant, les UKR disposent eux aussi de matériel soviétique : or, leurs stocks sont proches de zéro, ce qui est une autre mauvaise nouvelle d’autant que leur capacité de refabrication est en revanche quasi nulle. Le temps, c’est aussi de la logistique.

Appréciation politique. La grande affaire de la semaine reste la négociation en cours sur l’exportation de blé à partir d’Odessa (cf. entretien donné hier au Parisien). La pression de l’Union Africaine joue mais au-delà, ces discussions montrent que l’on commence à négocier. Certes, sur une question apparemment éloignée de la guerre mais avec cependant des sujets connexes (déminage, convention de Montreux). Surtout, cela montre que des pourparlers sont en cours où RU et UKR ne sont pas seuls face à face.

Ceci est un autre signe que les choses évoluent peut-être plus vite qu’on ne le pense. La situation UKR paraît empirer plus rapidement que la position RU, qui n’est pas pour autant flamboyante.

A dimanche prochain.

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