Bilan hebdomadaire (Ukraine) n° 14 – 5 juin 2022

Les principaux éléments décrits la semaine dernière (ici) ont été confirmés cette semaine. Sous l’apparence d’un piétinement général, les modifications imperceptibles annoncent des changements plus nets.

Les front latéraux n’ont pas connu de modification substantielle. Au N, du côté de Kharkov, les RU ont repris le village de Ternova. Quelques reconnaissances ont poussé plus au sud et se sont fait refouler. La menace sur Stariy Saltiv, localité qui sert de base à la tête de pont UKR à l’E du Donets, était claire. Les UKR ont donc réagi et bloqué la poussée russe. Depuis, le front est stable. Mais ceci explique en partie pourquoi les UKR ne forcent pas à partir de leur tête de pont. Un équilibre fragile est donc en place.

A l’opposé sur le front de Kherson : la poussée UKR signalée la semaine dernière à Davydiv Brid a permis d’établir une avancée d’une dizaine de kilomètre à l’E de la rivière Inhoulets. Cependant, depuis une semaine, il ne semble pas y avoir eu d’exploitation de ce saillant. C’est d’autant plus surprenant que la zone est globalement favorable aux UKR : elle est le plus proche des ravitaillements venant de l’Ouest et elle attaque sur le point le plus avancé des RU, dépendant d’une ligne logistique fragile (un seul pont sur le Dniepr à Kherson). Enfin, le terrain est assez plat et dégagé, permettant observation et manœuvre. On a depuis six jours très peu d’informations directes sur ce qui se passe autour de ce saillant, tant côté UKR que côté RU. Les RU semblent fortifier leurs positions pour contenir l’assaillant. On ne sait si les UKR en profitent pour accumuler une force de manœuvre qui permettrait de couper la poche en deux. Est-ce une question de ressources ? de capacité à conduire une action combinée ? Le secteur reste à suivre.

Sur le front sud de Zhaporija, quelques initiatives de part et d’autre sans grand résultat sur le terrain.

L’essentiel réside donc dans le Donbass, notamment le Donbass N.

A Izioum, les RU auraient finalement lancé leur action en prenant hier le contrôle de Dovhenke et peut-être Pasika, deux villages au sud de la Donets. Il leur a fallu attendre de prendre le contrôle de toute la rive N, à la suite de la prise de Liman il y a dix jours. Ainsi, la poussée le long de la route M03 vers Slaviansk a peut-être commencé : à suivre.

A Severodonetsk (SK), les RU avaient en une semaine pris le contrôle de 60 à 70 % de la ville, sans opposition UKR. Les vidéos montraient des fantassins RU progresser sans danger apparent. Ils étaient peut-être arrivés aux lisières industrielles au SW de la ville. Autrement dit, la ville était en passe d’être prise sans coup férir. Du point de vue UKR, ce qui était logique d’un point de vue militaire ne l’était vraisemblablement pas d‘un point de vue politique. Aussi a-t-on vu Kiev envoyer des unités reprendre pied dans SK depuis 2 j. Ces unités auraient repris un peu de terrain et les combats urbains se dérouleraient depuis, les RU ayant logiquement envoyé eux aussi des unités en renfort.

Certains commentateurs ont parlé de piège ou de manœuvre pour épuiser l’infanterie RU. Cela convainc peu l’analyste militaire car passé l’effet de surprise, la tactique RU va s’appliquer : barrages d’artillerie et progression lente sur des zones dévastées. Paradoxalement, c’est plutôt le défenseur qui essuie des pertes dans ces cas-là. Ce n’est pas un hasard si les unités envoyées comprennent la légion des volontaires étrangers. Car dans le même temps, les UKR semblent connaître des difficultés croissantes de RH, nous y reviendrons. Mais la prise de SK par les RU semble inéluctable.

Plus au sud enfin, au N du saillant de Popasna, les RU ont pris le village de Komyshuvakha et poussent au N vers Vrubivka et surtout à l’E pour fermer le chaudron de Zolote-Hirske, attaqué de trois côtés. Ce bastion devrait céder prochainement. La route serait alors ouverte vers le S de Lysytchansk, la base arrière de SK. Lentement, inexorablement, les pinces se referment les unes après les autres. Au S du saillant de Popasna, aucun changement marquant n’a été observé.

Dans le Donbass centre, la manœuvre de contournement d’Adivka se poursuit et la route H20 aurait été atteinte par les RU. La liaison vers Konstantinovska au NW serait coupée. Il est dommage que les commentateurs et cartographes ne s’intéressent pas plus au secteur d’Horlivka.

Appréciation militaire : Au cours des deux dernières semaines, les UKR semblent avoir choisi deux options : des attaques sur les fronts secondaires pour forcer les RU à redistribuer leurs forces et donc réduire leur effort principal ; mettre en place une défense de l’avant, pour émousser l’agresseur RU et conserver le maximum de territoire, en attendant que les armes fournies par l’Ouest puissent changer le cours des choses. C’est une stratégie risquée car elle part du postulat que l’agresseur s’use plus que le défenseur. Or, ce qui est vrai sur des positions retranchées l’est beaucoup moins sur des défenses aménagées à la hâte. Le dispositif UKR du Donbass qui avait été bâti depuis 8 ans est désormais cassé dans le N et très fragilisé dans le S. C’est ce qu’indique le niveau de pertes annoncé cette semaine par le président Zelensky : 50 tués et 400 blessés quotidiennement. Si ces chiffres sont vrais, cela signifie qu’un bataillon disparaît chaque jour, près de 2 brigades par semaine. C’est absolument énorme. Et intenable dans la durée.

Les choses ne paraissent pas pour autant formidables du côté RU. Ici ou là, ils se font surprendre par les offensives UKR même si ces dernières ne semblent pas être exploitées. Cela oblige cependant à renforcer en urgence tel ou tel secteur ce qui désorganise l’effort. Surtout, on a l’impression que chaque village gagné est de plus en plus dur quand ils ne sont pas abandonnés par l’ennemi. Certes, qq villes ont été conquises sans difficulté au cours des 15 derniers jours mais le grignotage est lent et l’effondrement UKR espéré au Kremlin n’a pas lieu. Les unités paraissent éprouvées, les matériels aussi et si les stocks semblent encore conséquents, la lenteur de la progression ne convainc pas vraiment. Aussi, si les RU paraissent moins en difficulté que les UKR, leur dispositif montre d’évidentes fragilités.

Appréciation politique : Cette semaine, les propos de H. Kissinger témoignent d’un nouveau discours qui se fait entendre aux Etats-Unis à côté de celui du soutien inconditionnel à l‘UKR. Les Africains sont venus à Moscou négocier des céréales. Les Européens ont finalement adopté un 6ème train de sanctions, dont un embargo (faut-il parler de boycott ?) du pétrole russe. Le président Macron a déclaré qu’il ne fallait pas « humilier la Russie », ce qui n’a pas convaincu à Moscou et a beaucoup irrité à l’E de l’Europe.

La guerre d’usure montre des épuisements sensibles. Cependant, tant que les deux belligérants voudront en découdre, elle ne cessera pas. Nous sommes encore au printemps et il faut s’attendre à ce que les opérations durent tout l’été. Nous en reparlerons.

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