Pourquoi le processus de paix est-il bloqué au Mali ?

A la suite de notre numéro 80 qui évoquait le Mali, nous avons reçu d’un acteur du terrain ce billet dont les précisions nous ont paru utiles pour éclairer la complexité du septentrion malien. JDOK.

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Au Mali, des acteurs issus de groupes terroristes armés (GAT) sont devenus les principaux leaders du processus de paix. 

– Le GATIA : isolé au sein de la Plateforme et victime de menaces, d’exécutions ciblées, d’intimidations, d’enlèvements, de massacres de civils…etc. Lors des dernières batailles de Takalot, le Gatia est lâché par ses alliés de la Plateforme. Cette bataille de Takalot a opposé le Gatia à des unités d’Aqmi qui luttaient sous couvert du Hcua. Défait militairement sous le regard de ses alliés, le Gatia découvre une complicité de la plateforme avec le Hcua. Liés par les intérêts de la drogue et l’appartenance aux Groupes Armés Terroristes (GAT), le Hcua et la Plateforme s’unissent pour affaiblir et écarter leurs ennemis communs comme ce fut le cas du MNLA qui fut trahi et combattu lors des affrontements d’Anefif et Tabankort (2015).

– Le MNLA : quant à lui déserté par ses éléments qui se sont retrouvés embarqués/écartés par le Hcua. Les méthodes de pressions portent leurs signatures : humiliations, enlèvements, traques et menaces ciblant tous les officiers et personnes ressources du Mnla qui seraient hostiles à l’hégémonie du Hcua. Les dernières campagnes portant la signature du Hcua datent du 22 octobre 2017, où les populations de Kidal découvrent des tracts visant à faire passer des membres du MNLA pour des « collaborateurs des Croisés ». Hostile à Ansar Edine en 2012, le MNLA avait encaissé de pareilles accusations avant de subir de lourdes pertes. Aujourd’hui ce mouvement s’émiette parce qu’il est perçu comme un obstacle (politique et idéologique) à la radicalisation prônée par ces groupes. Le MNLA est incontestablement le mouvement qui a payé et continue de payer le lourd tribu de son objectif politique et le prix de son engagement, auprès de la France, dans la lutte contre le terrorisme.

– MSA :  Ce mouvement s’est très tôt lancé dans la lutte contre l’EIGS (État Islamique au Grand Sahara). Une lutte nécessaire pour la sécurité de la population de Menaka et Ansongo, ainsi que de la bande frontalière entre le Niger et le Mali. Les populations favorables au MSA subissent, à l’instar des autres mouvements qui ont combattu les GAT (Groupe Armés Terroristes), des attaques, des menaces des enlèvements. Ces populations sont forcées de se déplacer quand elles refusent d’adhérer aux GAT au profit du MSA. Le MSA reçoit aujourd’hui encore des menaces émanant de terroristes de tous bords.

– Le CJA : à Tombouctou, dirigé par le Colonel Alghabas Ag Mohamed Ahmed, connaît lui aussi le même traitement réservé aux autres mouvements politico-militaires qui se sont opposés aux GAT. Plusieurs membres de ce mouvement ont été menacés, certains officiers ont été décapités par ces terroristes. On continue de diffuser des tracts et de menacer les leaders militaires de la région…

Ce sombre tableau affecte le processus de paix au Mali. La médiation internationale et le gouvernement du Mali blanchissent des leaders issus de ces GAT en leur accordant plus d’autorités au détriment des autres mouvements signataires. Ceux qui bravent ces hordes et les combattent se retrouvent écartés du processus politiques au profit des leaders des GAT et d’autres barons de la drogue. Favorisés par l’inertie de la médiation internationale, ces signataires prennent en otage le processus et menacent ainsi le retour à la paix en péril.

Signé : Ahmed Mohammed

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