Lignes en Syrie

Après l’attaque chimique de cette semaine, la notion de ligne est revenue à la une des médias : ligne rouge des uns, ligne franchie par d’autres,  changement de ligne de Trump. Cela amène plusieurs commentaires.

Attaque \

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En premier lieu, il est très plausible que l’attaque soit le fait des troupes loyalistes. Alors qu’en septembre 2017, le moment du déclenchement et les modalités laissèrent l’impression que les choses n’étaient pas aussi claires qu’on le disait (depuis le marché de Markalé à Sarajevo, l’analyste sait que toutes les parties sont capables de tout), autant la responsabilité de Damas prête moins à débat cette fois-ci. L’idée russe selon lequel ce serait un entrepôt des rebelles qui aurait été touché ne convainc pas. Autrement dit, les avions syriens ont probablement tiré des armes chimiques.  Pourquoi ?

Tout d’abord parce qu’il n’y avait pas de ligne rouge (à la différence de 2013), et que le régime est cette fois-ci en position de force alors qu’il avait tout à perdre il y a trois ans et demi. Il est d’ailleurs passé bien près de la punition qui aurait certainement été un tournant dans la guerre. La venue des Russes quelques mois plus tard n’aurait pu se dérouler comme elle s’est faite, etc.

Dans le cas présent, le gouvernement syrien est en bien meilleur position. L’EI recule de toute part, Alep et Palmyre ont été reprises, les Turcs sont contrôlés au nord, les Kurdes durablement séparés. Les rebelles de l’intérieur (et notamment de la poche d’Idlib) sont sous pression. Au fond, Assad veut une victoire totale, une éradication de tous les opposants. Dans le même temps, les Occidentaux ont baissé de pied : les Américains se concentraient sur l’Irak, amadouaient le parrain russe, montraient du cynisme dans le soutien kurde qui menait l’offensive vers Rakka. Vu de Damas, il n’y avait aucune ligne rouge à Washington, simplement une carte blanche.

Lancer une arme chimique, outre l’effet tactique, a un objectif psychologique : montrer l’inéluctabilité de la survivance du régime en place et donc instiller la nécessité du retour chez les modérés, forcer la radicalisation chez les horrifiés. Montrer que le parrain russe reste à ses côtés, quoi qu’on fasse. Et donc prouver que l’après guerre civile ne sera pas un après Assad.

Il y avait donc beaucoup de calcul très rationnel (et horrible, cynique, terrifiant, comme il est malheureusement d’usage dans ces guerres civiles contemporaines) de la part du maître de Damas. Qui avait omis un facteur : l’imprévisibilité de D. Trump.

Sa réaction outrée et scandalisée a surpris tout le monde, d’abord ses adversaires. Le voici soudainement plus ferme (dans les discours) que bien des faucons, affirmant que toutes les options sont sur la table, expliquant que l’attaque avait été bien au-delà des lignes rouges. Tout aussi soudainement, les médias de la presse mainstream commençaient, passé l’étonnement, à presque féliciter POTUS. Les faucons de gauche, moralistes et interventionnistes (wilsonisme casqué) battaient des deux mains.

Est-on pour autant à la veille d’une intervention américaine en Syrie ? Qu’il soit permis d’en douter car il faudrait que Moscou le permette et débranche ses S 400. Surtout, cela signifierait que la Russie dilapiderait tout le crédit accumulé depuis quatre ans : elle, l’allié fiable et solide à la différence des Américains, s’émouvrait subitement au point de laisser une intervention occidentale amorcer un début de changement de régime, sous les auspices de l’ONU ? Sérieusement, qui y croit ?

Bref, il est très possible que le maverick à la mèche blonde soit plus madré qu’on le croit; que son imprévisibilité soit toute calculée, qu’il roule des mécaniques sans intention de les utiliser, qu’il se redonne du lustre aussi bien auprès de rednecks (des durs) que des bobo new-yorkais (des gens biens au grand cœur solidaire). Pour l’instant, ça marche. Assad va baisser la tête quelque temps mais à la fin, il sera toujours là.

JDOK

One thought on “Lignes en Syrie

  1. chers amis . Excellente analyse, d’accord sur les conclusions. Dans un contexte de guerre sale, où mensonges se alternent à demi-vérités, in absentia des temps entre explosion – ‘arrivée de secours, nous devrions demander aux experts des gaz chimiques, si les effets pourraient également affecter les sauveteurs. Ces derniers semblent ne pas être affecté par des effets similaires à celles des victimes. En effet les produits de ces agents ont un code d’ADN. Possibilités d’indidents?

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