L’apport de la diversité à l’unité : un message urgent (Mounir Milles)

Un lecteur de La Vigie nous écrit suite aux attentats. Son authenticité et sa sincérité disent aussi quelque chose qui ne va pas bien dans notre pays. A lire. JDOK.

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A l’heure où j’écris ces lignes j’ignore si l’Hexagone sera de nouveau ensanglanté par la folie meurtrière dans laquelle compatriotes, enfants, prêtres, croyants ou non mais toujours innocents auront à payer le prix de l’infamie. La rédaction de ce message m’est d’autant plus difficile que l’émotion, les nerfs, le sentiment d’injustice et de révolte légitime sont à leur plus haut niveau.

Et voilà qu’il me faut écrire sur l’apport de la diversité dans un contexte post-attentat et sur la chance que cette diversité constitue pour notre pays. Cette réflexion je l’ai portée comme une mission, parce que je suis ce que je suis, français (de 3ème génération) au prénom lointain, à la peau bronzée et à la religion incriminée, oui tel que je suis je dois vous porter ce message. En aurai-je la force ? Accepterez-vous de me lire ? De croire à la sincérité de ma peine, à mon amour de Dieu, de ce pays à la beauté à nulle autre pareille et qui m’a vu naître. A la République qui m’a donné les moyens de m’instruire, à ce drapeau que je regardais comme pour la première fois un soir d’été sur le toit de l’Ecole militaire. Je veux croire en vous qui me lirez et ne peux me résoudre au contraire.

D’abord parce que la France telle que je la ressens n’est pas pays à rejeter ses valeurs ni une partie de son peuple et de ses enfants lorsque des criminels cherchent à la faire vaciller et à détruire ce qui est un exemple depuis plus de deux cent ans pour le reste du monde. Ensuite parce que souscrire à la peur et aux voix qui cherchent à l’instrumentaliser serait une terrible erreur stratégique. Rejeter, même de manière insidieuse, les Français de confession musulmane et/ou les habitants de quartiers populaires, c’est accréditer les thèses des pseudos prédicateurs et authentiques criminels et offrir 3 à 6 millions de personnes aux menées des terroristes. Ce serait enfin, la défaite de toutes les batailles que nous devons mener de front. La bataille idéologique qui refuse le choc de civilisation et la guerre de religion. Celle de la singularité française, de son vivre ensemble comme de son esprit critique. Celle de la démocratie face à l’arbitraire et à la barbarie. Voilà pourquoi notre unité demeure la condition de notre victoire militaire, intellectuelle et théologique.

Écrire cela n’oblige pas à passer sous silence tous les renoncements et toutes les fautes qui ont été commises du sommet de l’État à la base du pays depuis plus de quarante ans maintenant. Et il faudra, le moment venu, écrire un nouveau contrat social français, en étant clair et ferme sur ce qu’il veut dire, de ses implications aux devoirs qu’il comporte et ce à quoi il donne droit. Car oui il y a nécessairement des obligations et des devoirs auxquels tous nous devons nous soumettre pour continuer à faire société dans nos diversités. Mais je dis aussi que pour lutter efficacement contre les criminels qui se servent de la religion pour instrumentaliser une partie des jeunes de notre pays, une société doit honorer les promesses qu’elle a elle-même hier édictées.

Si un jeune défavorisé a étudié et respecté les règles de la société, alors il doit avoir la possibilité, comme n’importe quel autre enfant de la nation, de pouvoir obtenir la chance d’exercer ses talents dans la filière dans laquelle il a été diplômé. Trop souvent parce qu’ils n’ont ni la bonne adresse, ni le bon prénom, des jeunes qui croient, comme je crois, aux valeurs de notre pays se voient contraints d’accepter des «jobs alimentaires» pour une durée indéterminée et passent ainsi à côté d’une carrière professionnelle qui les construisent. Ce phénomène social coupable permet aux esprits criminels de mettre en exergue les contradictions de notre société, d’ôter les deniers espoirs de ceux qui y ont cru et d’amener à eux les plus jeunes, en colère de voir que les sacrifices de leurs aînés sont moins bénéfiques que la vente de stupéfiants. N’oublions jamais qu’il est d’autant plus facile de combattre un discours de haine quand nous avons nous même quelque chose à perdre. Je ne parle pas ici de discrimination positive ni même quotas ou autre formule préférentielle, j’y suis défavorable car cela affaiblit la légitimité, je ne parle pas non plus de repentance, je n’étais pas né à l’époque de la colonisation et de la guerre d’Algérie et je ne crois pas que c’est en s’excusant de manière perpétuelle que l’on avance soudés vers un avenir commun. Je ne parle que du fonctionnement normal d’une société démocratique d’un grand pays, ce qu’est la France.

Ensemble nous vaincrons car la terreur ne peut l’emporter, c’est impossible.

Demain sur le sillon de nos larmes jaillira à nouveau le rire des enfants, c’est la promesse que tous nous devons honorer pour préserver la singularité de notre pays et notre unité.

 

Mounir Milles

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