Sammy Oussedik, l’économiste élégant, le militant distingué

Sammy Oussedik était un participant actif et brillant de notre cercle euromaghrébin (voir ici). Son décès brutal nous attriste. Merci à Kader de la nécrologie amicale qu’il a bien voulu rédiger. JDOK

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La mort brutale de Sammy Oussedik à 56 ans, dans la nuit du 24 au 25 mai 2018, à l’hôpital Georges Pompidou à Paris, d’une septicémie nous laisse interdits.

D’Alger à Paris

Sammy Oussedik était économiste de formation, titulaire d’un DEA en Sciences Politiques, et diplômé de l’IEP Lyon en Finances et Economie. Il a été conseiller de la GP Banque, rachetée par la suite par Natixis et responsable du Pôle études et conseil à la Société Générale d’Alger. Après avoir dirigé plusieurs banques publiques en Algérie entre 1989 et 1992, il avait quitté son pays définitivement en 1994. La guerre fratricide emportait le peu d’esprits libres qui avaient conservé la foi dans leur pays ; Sammy était de ceux-là jusqu’à ce qu’il soit directement menacé. A Paris, il retrouve un cousin par alliance, ancien gouverneur de la Banque centrale d’Algérie. Ensemble, ils élaborent un projet de création de banque pour la Méditerranée. Le projet tourne court et Sammy vit de consultance pour la Banque mondiale et l’Unesco. Il était également président de la commission Afrique du Conseil français des investisseurs en Afrique.

Sammy Oussedik avait créé le Cercle Ptolémée, qui par ses débats fructueux tentait d’apporter un éclairage sur la géographie humaine de l’Algérie « tendre et cruelle ». En 2015, il lance le mouvement Ibtykar (fondations), un mouvement citoyen et politique dont il était le coordinateur général. Il souhaitait que les Algériens s’emparent de la plateforme numérique qu’il avait mise en place pour dire leurs attentes et agréger les idées.

D’ici à Ailleurs

Dans le sillage de son père, militant nationaliste, Sammy vivait la politique d’abord comme un socle de valeurs dans lequel l’éthique tenait une place centrale, plus que l’idéologie. Ce sur quoi, nous avions une divergence. Je prétendais que ce sont les idées qui articulent notre humanisme et guident notre engagement. Nous avions des discussions interminables sur l’avenir de l’Algérie. Il était d’un optimisme constant. Moi d’un pessimisme de raison. De nos deux tempéraments, une grande fraternité était née, depuis notre première rencontre au tout début des années 1990 à Alger. Une complicité de cœur et d’esprit.

Sammy avait une élégance naturelle, une distinction très britannique et se sentait d’ici comme d’ailleurs. Une synthèse de son éducation et de son expérience personnelle. Dans la vie publique, comme dans la vie privée il était soucieux de rassembler ce qui est épars.

Il aimait la poésie. Souvent surgissaient dans nos discussions des mots, des souvenirs ou des lieux à partir desquels nous devions improviser un poème. Je ne suis pas très doué pour l’improvisation. Il avait le talent de dire de belles choses, avec des mots simples. Il aimait Aragon. Il aimait écouter et comprendre. Il voulait le meilleur pour l’Algérie, il voulait apporter son énergie à cette vaste entreprise. Heureusement, il n’était pas seul à mener ce combat. D’autres prendront la balle au rebond. Il y a toujours un après, il y a toujours un ailleurs.

Où que tu sois Sammy, ton esprit nous inspire.

A Toi, mon Ami, mon Frère, levis est terra.

Kader A. Abderrahim

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