Bilan hebdomadaire n° 19 du 10 juillet 2022 (guerre d’Ukraine)

Semaine confuse, où la pause opérationnelle n’a pas signifié la fin des opérations.

Au NW, Les deux parties continuent de se bombarder entre Sumy et la région de Koursk, sans que les objectifs tactiques ne soient très clairs ni pour les uns ni pour les autres.

Du côté de Kharkov, les échanges d’artillerie ont encore prévalu. Notons que la tête de pont UKR de Stary Saltiv, sur la Donets, a été réduite (sans que l’on sache quand exactement) : les RU sont peut-être à Rubizhne.

Dans le secteur d’Izioum, toujours aucun mouvement majeur. Il y a eu des reconnaissances RU au sud de la Donets. Bohorodychne reste disputé sans que cela ne manifeste une forte poussée RU. Ceux-ci n’ont vraisemblablement pas encore lancé leur attaque dans le secteur.

Le secteur de Siviersk est celui qui a été le plus actif. Les RU ont terminé de nettoyer les dernières poches de résistance isolées qui se trouvaient dans Lisichansk ou dans les poches contiguës. A l’ouest, ils ont maintenu un certain effort. Les RU ont ainsi légèrement progressé sur les hauteurs dominant le thalweg : Spirne a été prise assez vite, Bilohortivka également. Les RU revendiquent Hryhorivka, le long de la Donets. Il leur reste deux localités à prendre (Serebianka et Dronivka) pour rejoindre le secteur de Yampil. On devine l’intention : celle d’attaquer Siviersk par le N tout en prenant appui sur les forces massées au N de la Donets. Cela permettrait également de prendre pied sur le coteau Ouest du thalweg et de préparer l’assaut ultérieur sur Slaviansk.

Dans le secteur de Bakhmout, là encore les choses évoluent peu. On pousse sur les entrées de Soledar, et surtout à l’O de Klynove pour menacer directement les faubourgs de la ville (à 3 km). De même, les RU poussent un peu au sud de la M03 pour réduire la petite poche du réservoir de Luhanske qui tient depuis plusieurs semaines.

Rien n’a été observé entre Horlivka et Donetsk. Au SO de Donets, les villages pris par les UKR la semaine dernière (Novomaiorske et Shevenko) sont toujours tenus. Rien d’observé jusqu’au Dniepr.

Du côté de Kherson, pas de changement majeur avec toujours cette situation confuse marquée surtout par des échanges d’artillerie. Telle localité est à nouveau revendiquée par l’une ou l’autre partie qui l’avait déjà revendiquée il y a trois semaines.

1Appréciation militaire : Que signifie une pause opérationnelle ? Après une brusque avancée qui résulte d’un effort long et prolongé, une troupe progressant doit faire deux choses : se réarticuler (car elle a eu aussi des pertes) mais aussi se reposer et se recompléter.

Cela étant, pause ne signifie pas arrêt total des hostilités. Cela explique la pression maintenue par les RU, notamment sur la ligne Bakhmout-Siviersk. Mais la pause opérationnelle est évidemment mise à profit par les défenseurs pour se repositionner : le dispositif UKR est plus difficile à mettre en place puisque la pression RU est toujours présente et les unités revenant du conglomérat SK/LK se sont retirées en désordre. Il leur faut se réarticuler, récupérer des renforts, s’installer en défensive sur une ligne temporaire en fond de thalweg.

Une pause opérationnelle ne peut pas durer trop longtemps : l’agresseur RU doit en effet relancer assez rapidement son effort pour profiter de la désorganisation supposée du défenseur UKR. On peut donc prévoir que la semaine prochaine verra à nouveau un effort RU.

1Cela étant, la stratégie UKR est connue depuis longtemps : tenir le plus longtemps possible à l’avant, quitte à sacrifier beaucoup, en attendant les renforts en matériel occidental.

On a ainsi beaucoup évoqué les frappes de HIMARS cette semaine. Ces canons d’artillerie permettent de frapper précisément à longue distance. Ils seraient entrés en fonction cette semaine en visant des dépôts de munitions RU. Certains placent énormément d’espoir dans leurs capacités.

Nous insistons depuis longtemps sur l’aspect logistique de cette guerre. Depuis le début, ce sont plutôt les RU qui ont visé les capacités logistiques UKR : dépôts de carburants, relais électriques, infrastructures civiles, chemins de fer, etc. Il semble que la capacité de manœuvre UKR en fut durablement affectée. Notons aussi que l’avantage comparatif RU réside dans son artillerie. Certains évoquent 50.000 obus tirés quotidiennement. L’UKR doit à toute force réduire cet atout. Ceci explique les tirs récents.

On a ainsi vu cette semaine de nombreuses vidéos montrant des sites RU brûlant : précisons qu’il ne s’agissait pas toujours de dépôts de munitions (dont l’explosion connaît des caractéristiques précises). Pour autant, il est évident que ces attaques gênent les RU. Est-ce suffisant pour inverser le RAPFOR ? A court terme, cela semble peu probable. Il semble qu’il n’y ait eu que 4 systèmes HIMARS livrés, qui tirent certes à 80 km. Le nombre n’est évidemment pas suffisant pour entraver la logistique RU. Notons que celle-ci doit justement profiter de la pause opérationnelle pour se réorganiser et se porter plus vers l’avant.

Simultanément, ainsi que le note le LCL Reisner de l’académie militaire autrichienne (https://www.youtube.com/watch?v=dEbLuAPobao&t=10s), le RAPFOR a été modifié à l’issue de cette séquence du Donbass que nous suivons depuis quelques semaines. Ainsi, à l’origine Les UKR alignaient 81 bataillons contre 93 RU. Aujourd’hui, les RU aligneraient 108 bataillons contre 60 UKR. Le RAPFOR est passé de 1,14 à 1,8. Si ces chiffres sont exacts, ils sont très inquiétants. Or, les autorités kieviennes n’ont pas caché, ces dernières semaines, leurs taux de pertes importantes que ce soit en hommes ou en matériels. Il reste donc à savoir si l’arrivée de puissance de feu permettra d’inverser, dans la durée, ce RAPFOR.

Constatons que malgré les annonces, les UKR n’ont pas réussi à percer dans la poche de Kherson. Ils tiennent à Kharkov et au sud mais refluent lentement mais régulièrement dans le N du Donbass. On ne voit pas sur quels ressorts ils pourraient bâtir une « victoire militaire ».

Appréciation politique. Il y a eu peu de déclarations politiques cette semaine. On a moins entendu le président Zelensky. B. Johnson a démissionné tandis que l’inquiétude économique due aux restrictions énergétiques anime les débats en Allemagne. La guerre en Ukraine suscite moins l’intérêt. V. Poutine a déclaré le 7 juillet, après de nouvelles menaces, qu’il ne refusait pas les négociations de paix. Lors du sommet du G20, l’Indonésie a appelé à la fin de la guerre, en mentionnant la crise alimentaire mondiale. Mais il ne semble pas que cela ait permis des discussions sérieuses. Il reste que cette pause opérationnelle constitue, techniquement, un moment où les discussions peuvent intervenir. Si c’est le cas, elles sont évidemment discrètes. La pause des déclarations en est peut-être un effet. Mais ceci est pure spéculation. Le plus probable reste la reprise des combats, chaque partie voulant profiter du temps estival favorable aux opérations.

Nous devrions donc nous retrouver dimanche prochain, selon notre approche usuelle pro-stratégie, regardant comment les choses se déroulent sur le terrain et essayant de les comprendre, de les analyser et de conjecturer, évidemment sans prendre parti. Bonne semaine.

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