Mali : La sécurité se détériore, la crise s’approfondit (K. Abderrahim)

De retour d’un voyage au Mali où il a pu rencontrer de nombreux responsables, le Pr Abderrahim, directeur de recherche associé de La Vigie, nous propose ce texte qui fait le point sur la situation politique et sécuritaire du pays. Elle n’est pas très encourageante, malheureusement. LV

Dans sa résolution 2584, le Conseil de sécurité a prorogé jusqu’au 30 juin 2022 le mandat de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations-Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA). La période considérée a été marquée par un changement à la tête du Gouvernement de transition, à la suite du second coup d’État du 24 mai 2021. Le 20 juillet, le nouveau Président du Gouvernement de transition, le colonel Assimi Goïta, a été la cible d’une tentative d’assassinat, lors de la célébration de l’Aïd el Adha, à la grande mosquée de Bamako. Au préalable le Gouvernement avait été approuvé le 2 août par le Conseil national de transition, organe législatif de la transition. Les préparatifs des élections législatives et présidentielle programmées pour février et mars 2022 et devant mettre un terme à la transition ont pris du retard. Parallèlement, la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, signé en 2015, n’a que peu progressé, les principaux acteurs politiques s’en sont détournés.

Après le coup d’État du 24 mai, un nouveau Président et un nouveau Premier Ministre du Gouvernement de transition ont pris leurs fonctions. Le 7 juin, le colonel Assimi Goïta, ancien Vice–Président du Gouvernement de transition, a été investi à la présidence. Le même jour, il a nommé le Président du Comité stratégique du Mouvement du 5 juin–Rassemblement des forces patriotiques (M5–RFP), Choguel Maïga, Premier Ministre du Gouvernement de transition.

Ces changements ont été accueillis de façon mitigée. Certains acteurs politiques s’en sont félicités et ont dit espérer que les nouvelles autorités sauraient surmonter les défis auxquels le Mali se heurte et avancer vers un rétablissement de l’ordre constitutionnel, tandis que d’autres ont émis des réserves et critiqué le nouveau Gouvernement. Le M5-RFP, qui avait boycotté le précédent gouvernement, s’est vu attribuer sept ministères. Le nouveau Gouvernement comprend des représentants des groupes armés signataires, des syndicats et de la société civile. Le Secrétaire général du principal syndicat malien, l’Union nationale des travailleurs du Mali, a déploré que le nouveau Gouvernement ne compte parmi ses membres que deux syndicalistes, ce qui est, selon lui, insuffisant pour pouvoir répondre aux revendications des travailleurs. À l’inverse, le Forum des organisations de la société civile a salué la composition du nouveau cabinet, dont fait partie son président, Bakary Doumbia.

Après sa nomination, le Premier Ministre a entamé des consultations avec les parties prenantes nationales au sujet de la création d’un organisme unique de gestion des élections et de la tenue d’assises nationales de la refondation, large dialogue national sur la réforme depuis longtemps réclamé par le M5-RFP. En juillet, le Gouvernement a annoncé qu’un organisme de gestion des élections allait être créé, puis confirmé son intention d’organiser ce dialogue national avant la fin du mois de septembre. Le 30 juillet, le Conseil national de transition a convoqué, à la demande du Président et du Premier Ministre du Gouvernement de transition, une session extraordinaire au cours de laquelle le Premier Ministre a présenté le plan d’action du Gouvernement. Le plan s’articule autour de quatre axes, définis par le gouvernement précédent, à savoir :

  • 1) renforcement de la sécurité nationale
  • 2) réformes politiques et institutionnelles
  • 3) mise en œuvre « intelligente » de l’Accord
  • 4) organisation d’élections crédibles.

Si les autorités de la transition se disent toujours déterminées à atteindre ces objectifs, les progrès ont été limités et la situation s’est dégradée au Mali comme dans la sous-région ; des mesures plus résolues sont nécessaires pour faire face aux défis qui se posent. Tout atermoiement aurait pour conséquence d’exacerber l’instabilité politique et sociale et permettrait aux groupes terroristes de continuer à prendre le contrôle de pans entiers du territoire malien. L’expansion des zones contrôlées par les groupes extrémistes et l’intensification de leurs activités violentes inquiète les voisins du Mali (Algérie, Niger, Mauritanie).

Ces derniers mois, les attaques menées par les groupes extrémistes contre les camps de la MINUSMA dans le nord du Mali se sont intensifiées.

La décision du Gouvernement français de restructurer la présence de la force de l’opération Barkhane au Sahel et de fermer trois avant-postes dans le nord du Mali d’ici à janvier 2022 et le retrait partiel des troupes tchadiennes déployées dans le cadre de la Force conjointe du Groupe de cinq pays du Sahel (G5 Sahel), dans la zone du Liptako Gourma, ne sont pas de nature à rassurer : les effets attendus pourraient être inverses à ceux escomptés. Face à la nouvelle vague de violences provoquée par les éléments extrémistes depuis plusieurs mois sur la population civile au Burkina Faso, au Mali et au Niger, il est nécessaire de maintenir une présence internationale forte. Toutefois les parties prenantes doivent continuer à coordonner étroitement les processus de restructuration et de réduction des effectifs en vue d’éviter que se forme un vide sécuritaire dont les groupes mafieux et les terroristes pourraient tirer parti.

Kader A. Abderrahim

Maître de conférences à l’IEP

Directeur de recherche associé – La Vigie

Source photo : Mission de l'ONU au Mali - UN Mission in Mali

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