Ne protégeons pas la France d’aujourd’hui avec l’arsenal du XXe siècle

Jean Dufourcq vient de publier cette tribune dans les Échos (ici) pour appeler à mieux considérer les questions stratégiques à l’occasion de la campagne pour l’élection présidnetielle.

 

Source : Dystopos on VisualHunt

Dans le « marais » préélectoral actuel, nul n’évoque les questions stratégiques. Soit qu’on les évite car l’élection présidentielle ne se joue pas là, soit que les enjeux de défense et de sécurité soient illisibles dans la précarité stratégique actuelle.

Pourtant, elles pèseront lourd sur la législature à venir du fait de l’ampleur des investissements prévus à partir de 2022 par la Loi de programmation militaire 2019/2025. La guerre entre les armées semble d’ailleurs lancée avec l’annonce d’actions militaires de haute intensité sous le seuil nucléaire à préparer et celle d’opérations à conduire pour gagner la guerre avant la guerre.

Tenons-nous pour l’instant aux fins politiques à satisfaire en matière de sécurité nationale lors de la prochaine législature. On aimera entendre en débattre les candidats à l’élection présidentielle car il en ira des priorités budgétaires et industrielles du pays. Mais on sait déjà que les programmes d’armement en cours, notamment nucléaires, auront du mal à rester en 2022 dans l’épure de la relance post-Covid. Pour aider au débat, voici trois pistes de réflexion : la sécurité intérieure, les zones de confrontation stratégique et les partenariats de sécurité de la France.

Protection du territoire national

L’observateur ne peut qu’être frappé dans cette précampagne 2022 par le paradoxe qui existe entre l’évocation insistante de l’insécurité civile dans les « territoires perdus de la République » et le fait que les forces armées, simples soutiens des forces de sécurité intérieure en protection de la population, soient exonérées de la sécurité du territoire national.

l n’en a pas toujours été ainsi sous la Ve République et l’on doit remettre en cause le théorème du retour positif en sécurité intérieure des opérations militaires extérieures. On voudra donc écouter les candidats évoquer le rôle des armées dans la sécurité du territoire national et la protection de la population.

Confrontations stratégiques

Les fronts de la sécurité nationale ne sont pas qu’intérieurs ; ils sont aussi dans les zones de friction et de confrontation stratégiques du XXIe siècle et ils ne sont pas d’abord territoriaux, en tout cas pour la France qui ne connaît toujours pas de menace militaire directe à proximité de ses frontières.

Ces fronts sont principalement dans les espaces fluides ouverts de l’activité économique, scientifique et culturelle de la planète mondialisée : le cyberespace, l’espace sidéral, maritime, monétaire, informationnel où braconnent avec agressivité des prédateurs multiples. Défendre nos intérêts dans ces espaces vitaux relève de la stratégie globale mais pas de moyens militaires classiques. Qu’en pensent nos candidats ? Quelles seront leurs priorités ?

Nos partenariats de sécurité sont liés aux superstructures de l’ancien monde, l’ONU, l’Otan, l’UE… En 2022, ne faut-il pas sortir de ce cadre à bien des égards dépassé pour proposer à nos voisins européens et méditerranéens un espace sécurisé, une bulle d’autodéfense à laquelle chacun apporterait ses atouts et ses moyens ? On ne gère pas la sécurité de la France au XXIe siècle avec l’arsenal du XXe siècle.

Jean Dufourcq

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