L’épidémie de coronavirus en Pologne (J. Joz)

Un de nos correspondants en Pologne, Jug Joz, a bien voulu nous donner ce compte-rendu de la situation dans le pays. En effet, curieusement, nous avons peu de témoignages de ce qui se passe à l’est de l’Europe. Mille mercis à lui de combler cette lacune. Son article nous permet de comprendre (du moins c’est la conclusion que nous en tirons à La Vigie) que la Pologne a pris assez tôt des mesures, à la fois d’un confinement progressif et d’un déconfinement lui aussi progressif. Notons que les résultats très positifs sont au rendez-vous et que des stratégies de lutte contre la pandémie fonctionnent ailleurs qu’en Corée du sud et qu’en Allemagne, sans aller jusqu’au blocage total du pays. LV.

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Le premier cas d’infection du coronavirus en Pologne a été enregistré le 4 mars 2020. La personne infectée a été hospitalisée dans la ville de Zielona Gora, dans l’ouest de la Pologne. En date du 9 mars, alors qu’il y avait 11 patients COVID-19 en Pologne, 168 personnes hospitalisés, 932 en quarantaine et 7122 sous surveillance épidémiologique, le chef de l’inspection sanitaire a recommandé l’annulation de tous les événements en salle qui rassembleraient plus de 1000 personnes.

Puis, afin de limiter la propagation de l’épidémie de coronavirus, le gouvernement a décidé le 12 mars de fermer, pour une période de deux semaines, toutes les crèches, écoles et universités, ainsi que les institutions culturelles du pays (y compris théâtres, opéras, musées et cinémas). La fermeture signifiait que 4,58 millions d’élèves de 24 000 écoles et 1,41 million d’enfants de 22 000 crèches à travers la Pologne resteraient à la maison. La décision concernait aussi bien les établissements publics que privés. Les magasins d’alimentation, par contre, pouvaient continuer d’ouvrir à la condition que les employés et les clients suivent les directives d’hygiène conformément aux recommandations de l’Inspection générale des sanitaires.

Il a été également demandé aux personnes de rester chez elles et d’éviter toute sortie autre que médicale, professionnelle, etc.

La Pologne a également fermé ses frontières. La libre circulation n’est prévue que pour le transit des marchandises. Le trafic aérien a également été interrompu et des vols charters, pour permettre à des ressortissants polonais alors à l’étranger de rentrer en Pologne (Lot do domu). Ces vols ont d’ailleurs permis à des ressortissants étrangers en Pologne de retourner dans leur pays d’origine.

Les mesures ont été encore modifiées le 25 mars en interdisant le rassemblement de plus de deux personnes et la tenue de services religieux avec plus de six personnes. Le 31 mars, le gouvernement a encore renforcé les mesures de distanciation sociale et fermé les parcs, plages, salons de coiffure et interdit la sortie de toute personne mineure sans accompagnement d’un adulte.  La distance entre les personnes dans la rue devait être de deux mètres.

Compte-tenu des premières prévisions du ministre de la santé qui prévoyait une augmentation significative des cas d’infection de Covid-19 fin mars, avec 10.000 personnes porteuses du virus, la Pologne a aménagé son système de santé national en conséquence. Par ailleurs, les Polonais ont été invités à “prendre leur rôle au sérieux” et à rester à la maison par mesure de sécurité contre la maladie. Cela visait à prévenir autant que possible les infections afin de ne pas provoquer une surcharge et l’effondrement éventuel du système hospitalier. La Pologne souhaitait éviter l’erreur de certains autres pays comme l’Italie, qui a ignoré l’épidémie au début de son apparition. Les cliniques ont été converties en hôpitaux pour maladies infectieuses et une formation supplémentaire a été dispensée au personnel hospitalier en prévision. Des ventilateurs supplémentaires ont été achetés, ainsi que des réserves suffisantes d’équipements de protection. Une augmentation régulière de la capacité des laboratoires du pays à effectuer des tests de coronavirus a été annoncée, et il a été décidé de tester toutes les personnes présentant des symptômes de COVID-19. L’état officiel de l’épidémie en Pologne a été déclaré le 20 mars. Le gouvernement polonais a fourni 100 millions PLN (23 millions EUR) pour lutter contre la propagation de l’épidémie et dispose également d’un budget de 1,3 milliard PLN (300 millions EUR) pour les situations de crise.

Jusqu’à présent, la Pologne a évité une forte augmentation du nombre de patients en peu de temps et une forte pression sur le système hospitalier. La Pologne dispose d’une réserve considérable de lits d’hôpitaux. Il en existe actuellement 10.000, dont seulement 1.600 environ sont utilisés. Depuis début avril, le nombre de nouveaux malades augmente régulièrement de 300 à 400 personnes par jour. Au 29 avril dernier, le nombre de cas confirmés d’infection au coronavirus était de 12.640, le nombre de décès de 624 tandis que 3.025 personnes avaient complètement guéris. Des tests sur le COVID-19 sont en cours dans 40 laboratoires et environ 335 000 personnes ont été testées jusqu’à fin avril.

La première phase de relâchement de certaines restrictions et interdictions a été mise en œuvre le 20 avril. Les parcs ont rouverts, l’interdiction d’entrée dans les forêts a été levée, et plus de clients sont autorisés dans les magasins et plus de croyants dans les églises. Chaque nouvelle atténuation subséquente sera annoncée une semaine à l’avance.

Les autorités polonaises sont modérément optimistes quant à la poursuite du développement de l’épidémie. Le Premier ministre Mateusz Morawiecki a déclaré que le nombre d’infections au coronavirus en Pologne atteindrait son pic en mai ou juin, ajoutant que la discipline est ce qui compte le plus au stade actuel de l’épidémie. L’impression est, que dans les lieux publics les citoyens polonais adhèrent assez bien aux mesures de protection prescrites, contribuant ainsi à contenir l’épidémie.

À l’heure actuelle, le problème des infections hospitalières et des infections du personnel hospitalier est constamment souligné, et le respect des mesures prescrites est de la plus haute importance. Les patients qui cachent de manière irresponsable le fait qu’ils sont malades de COVID-19 au personnel médical sont devenus un problème majeur. Bien sûr, comme le monde entier, les Polonais attendent une solution définitive au problème avec la sortie d’un médicament ou d’un vaccin efficace, mais ils sont conscients que cela ne pourra probablement pas se produire avant les 18 prochains mois.

Le lancement de la deuxième phase de levée des restrictions devrait avoir lieu dans la première moitié de mai. Cela impliquera l’ouverture de magasins le week-end, de certaines institutions culturelles, y compris les musées, les bibliothèques et les galeries d’art. Les hôtels pourraient ouvrir en mai.

Un important défi politique et épidémiologique sera le déroulement de l’élection présidentielle, qui devrait avoir lieu le 10 mai prochain. Les opinions divergent quant à la tenue ou non de l’élection présidentielle pendant l’épidémie de coronavirus. Dans l’état actuel des choses, les élections auront probablement lieu en mai selon le mode de scrutin par correspondance.

J. Joz

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