Russie-Europe : La fenêtre d'opportunité est-elle déjà ouverte ?

Beaucoup annocent un éventuel choc russe pour 2030 ou au-delà. Et si le risque était déjà présent ?
Russie-Europe : La fenêtre d'opportunité est-elle déjà ouverte ?
Photo by Ivan Aleksic / Unsplash

Depuis quelques mois, un postulat est admis. Celui d’un test de l’Alliance Atlantique par la Fédération de Russie à partir de 2030. Les articles qui reviennent dessus évoquent notamment des rapports de services de renseignements européens et, si ces études visent précisément à envisager un maximum de scénarios divers et ne présagent pas nécessairement de l’avenir, elles témoignent néanmoins d’une certaine perception de l’avenir et des hypothèses stratégiques qu’il renferme. Il est admis, sur la base de ces rapports qu’une fenêtre d’opportunité s’ouvrirait pour les Russes à l’horizon 2029-2030[1].

Si cette perspective, en somme proche, peut légitimement inquiéter, elle peut interroger également. Un rapide panorama, reposant simplement sur des informations en accès libre, aurait tendance à considérer cet horizon proche comme relativement optimiste. Plusieurs points.

Il n'y aura pas nécessairement une administration américaine aussi complaisante à l'égard de Moscou. Au-delà des régulières prises de paroles conciliantes du président américain à l’égard de son homologue russe, les négociateurs américains Witkoff et Kushner enchaînent les appels du pied à l’égard de la Russie. Plus que des accointances personnelles, en s’engageant dans un conflit réduisant significativement ses munitions, dont celles qui doivent alimenter les Européens, les Etats-Unis ont adopté une ligne stratégique qui profite à la Fédération de Russie. Cette dernière voit ses revenus augmenter grâce à l’envolée des prix des hydrocarbures et grâce au retrait partiel des sanctions contre l’économie russe.

Si la relation transatlantique peut bien entendu être davantage distendue – et dans l’absolu jusqu’à la guerre ouverte d’ailleurs, il n'est pas garanti que la Russie puisse bénéficier d'une situation où la dissuasion américaine sur le théâtre européen et l'assurance envers les alliés soient à ce point décrédibilisés. Un discrédit qui est à la fois dû aux prises de parole officielles des dirigeants américains, à des choix concrets de différer des livraisons d’armement aux Européens, à l’abandon du soutien à l’Ukraine, enfin au détournement de moyens militaires américains dans le Golfe persique pour une opération qui pour l’instant ne produit visiblement pas les effets stratégiques escomptés par Washington. Malgré tous ces points, la Russie n'a pas la garantie d'une fenêtre d’opportunité aussi généreuse, quelque soit le positionnement du successeur du président Trump (éloignement de l’Europe ou non).

Ce préalable établi, c’est plutôt le rapport de force russo-européen qu’il faut interroger selon des scénarios impliquant des modes d'action différenciés. Il n’est pas sûr qu'il soit primordial pour la Russie de "terminer" le conflit ukrainien avant toute chose. Tout simplement car il n’est pas assuré qu’une Europe encore majoritairement de temps de paix soit foncièrement plus forte ou plus dure à vaincre qu’une Ukraine en guerre. En effet, si la logique russe, selon une posture révisionniste, appréhende la situation comme une remise en cause générale du statu quo actuel avec plusieurs différends à régler avec les Occidentaux, alors le conflit ukrainien n'est pas traité isolément. Il s'insère dans un cadre stratégique àlus large. Ainsi selon le scénario le pous courant d'une saisie de territoire dans les pays Baltes et d'une stratégie du fait accompli, une évaluation centrée sur cette zone d'opérations pourrait être vue comme favorable par le commandement russe. Pour plusieurs raisons :

- Les Russes semblent jusque-à présent plutôt maîtriser les modes d'action défensifs. Le calcul pourrait donc d'être, non pas d'arrêter le conflit mais de réaliser une simple bascule d'effort d'un front à un autre, le premeir devenant simplement défensif grâce à la capacité à globalement tenir un terrain bien valorisé par des obstacles du génie et des drones. Sur l'autre front les Russes, grâce à leurs moyens logistiques inter-théâtres, principalement ferroviaire, pourraient générer une force capable de réaliser une action limitée tactiquement mais avec des effets stratégiques importants. Dans ce contexte, il faudrait imaginer qu’un tel redéploiement depuis l’Ukraine vers la zone balte se ferait sans immixtion de l’armée ukrainienne, logiquement satisfaite de voir la pression sur son pays se relâcher. Et il serait particulièrement déplacé de la part des Européens de demander un ciblage de ces flux par les forces ukrainiennes.

- Il ne faut pas s'interroger sur la capacité de Moscou à réellement faire les deux, maus sur leur perception de la faisabilité d’un tel mode d’action face aux puissances européennes. Ont-ils des raisons de s’en penser capables ?

- Un dégagement d’environ 200 000 hommes du théâtre ukrainien, partiellement remplacés par des renforts nord-coréens, est susceptible de donner à la Russie un rapport de force localement favorable pour une défense de zone en Ukraine mais également favorable dans les pays Baltes pour une offensive limitée de “protection” des russophones qu’on y trouve.

-        Cette offensive limitée visant la cohésion des nations européennes chercherait à éviter de frapper les Américains encore présents dans la zone pour offrir une porte de sortie au président américain et retarderait son soutien éventuel aux Européens. En l’absence de posture dissuasive crédible des Etats-Unis, les Russes pourraient cibler le champ informationnel des puissances moyennes comme la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne. Les délais de déclenchement de la force armée de cette-dernière (processus parlementaire) pourraient suffire aux Russes à établir un fait accompli territorial. Les deux premiers pays sont des puissances nucléaires qui cherchent à la hauteur de leurs maigres moyens à présenter leur arsenal nucléaire et mettre leur puissance militaire au service des autres européens. Dans ce domaine, une fenêtre est déjà ouverte qui conjugue à la fois une remontée en puissance de l’armée allemande qui n’est pas aboutie, une situation financière compliquée pour les Européens, notamment les Britanniques et les Français qui fotn de plus face à des difficultés potiliques très compliquée dès 2027.

- Selon cette analyse, ils peuvent ne pas considérer leur économie comme un horizon indépassable. Pire, si pour certains l’économie russe est au bord de l’effondrement, pour d’autres, elle se montre résiliente. Mais l’entre-deux est également inquiétant pour les Européens. En effet si l’économie russe s’est adaptée, tient le choc mais qu’elle risque de s’écrouler, il est envisageable que l’administration russe cherche à maximiser ses gains sur tous ses contentieux sur cette temporalité d’économie de guerre avant un éventuel effondrement.

- L'autre critère dans l'analyse des forces en présence réside dans la partie qualitative. Toujours question de point de vue, ils peuvent estimer que leurs centres d'opération, du NTSuO au PC de l'AIA, savent planifier et conduire des opérations à grande échelle, du moins mieux que nous. Ils peuvent aussi considérer que, malgré les pertes en unités blindés, VDV, Spestnasz, SSO et compte-tenu des mutations de leurs armées en guerre, celles-ci ne seraient pas déclassées en termes de valeur combattante par rapport aux euroépens. Ils peuvent considérer qu'ils ne sont pas déclassés technologiquement, qu'il s'agisse des parcs blindés, évidemment des drones, de l'aviation, de l'artillerie, de la DSA.

Donc ce n'est pas tellement une question de capacités amies et ennemies réelles, mais celles qui sont perçues par l'adversaire. Il en va de même pour la volonté politique. Et à ce titre, les Russes pourraient être amenés à considérer qu'ils sont en mesure de gérer un rapport de force local favorable face à des Européens isolés. Cette option pourrait être décidée comme le compromis entre une action tactique limitée qui reposerait principalement sur l’abandon américain, l’inaction des troupes déployées et le manque de coordination entre les chancelleries européennes et ce dans une fenêtre d'opportunité en réalité déjà ouverte.

Lieutenant L


[1] “Russia may attack Nato in next four years, German defence chief warns”

 https://www.bbc.com/news/articles/c62v63gl8rvo

Génial ! Vous vous êtes inscrit avec succès.

Re-Bienvenue ! Vous vous êtes connecté avec succès.

Vous êtes abonné avec succès à La Vigie.

Succès ! Vérifiez votre e-mail pour obtenir le lien magique de connexion.

Succès ! Vos informations de facturation ont été mises à jour.

Votre facturation n'a pas été mise à jour.