Bilan 134 (Guerre d'Ukraine)

L’offensive estivale russe semble avoir débuté, notamment à Kostiantinyvka qui devrait être bientôt prise. Sur le plan politique, Kiev a rencontré plusieurs déconvenues.
Bilan 134 (Guerre d'Ukraine)
Source PouletVolant

L’offensive estivale russe semble avoir débuté, notamment à Kostiantinyvka qui devrait être bientôt prise. Sur le plan politique, Kiev a rencontré plusieurs déconvenues.

Déroulé des opérations militaires

Front sud : Situation stable à Kamianske (cartePV et carteS). Infiltrations russes à l’est d’Orikhiv, autour du hameau de Charivne (carte).

Secteur d’Huliapole : A l’ouest du bourg, infiltrations jusqu’à Verkhnia Tersa et Vozdvyzhivka (carte). Sans changement apparent dans la grande zone grise aux abords d’Uspenivka (cartePV).

Novopavlivka : Progression ukrainienne sur la rive est de la Vovcha, avec prise d’IIvanivka mais stabilité à Novopavlivka (cartePV et Carte S). Zone Udachne : Stabilité (carte).

Front de Donetsk : Pression au nord de Hryshyne et ouest de Rodynske : les Ukrainiens ont cédé leur ligne de défense le long de la voie ferrée mais résistent cependant (carte).

Vallée de la Kazenyyi vers Dobropilja : petite progression russe au nord, le long de la Kazenyy torets (carte).

Front de Kostiantynivka : Selon DS, les infiltrations russes au sud et à l’est de la ville se sont poursuivies notamment au sud-est et au nord-ouest, sans changement notable des lignes de front (carteDV). Pour tous les autres OSINTER (et sans aller chercher les prorusses avérés), la situation est beaucoup plus grave : Kostiantynivka est en train de tomber et certaines unités ukrainiennes sont déjà encerclées (CarteS). On soupçonne d’ailleurs qu’une partie des troupes ont reçu un ordre de retrait. La situation rappelle Toretsk cet hiver.

Vers Chasiv Yar, au mieux stabilité, au pire début d’une poussée russe contre Chevone avec risque de constitution d’une poche.

Front de Kramatorsk-SLoviansk : Soledar/Siversk : poursuite de l’avancée le long de la M03, jusqu’au canal. Il n’y aurait selon DS que des infiltrations dans Rai Oleksandrivka (cartePV). Selon les autres blogueurs, la situation est beaucoup plus grave et les Russes ont pris pied sur les hauteurs à l’est de la conurbation (carteS).

Secteur Lyman et Zarichne : Selon DS, Yampil est toujours en zone grise et Lyman solidement tenue par les Ukrainiens (cartePV). Situation beaucoup plus grave selon les autres blogueurs, Lyman étant largement infiltrée et ne pouvant plus être soutenue depuis l’est (carteS).

Au nord (Zarichne), les Ukrainiens poursuivent leur contre-attaque à l’est de la Nitrius pour prendre à revers (par le nord) l’offensive contre Lyman (carte).

Front de Svatove/Koupiansk. Secteur de Koupiansk : Selon DS, quasiment pas de changement, les positions ukrainiennes à l’est de l’Oskil sont tenues (cartePV). Selon les autres blogueurs, cette poche est en train d’être réduite (carteS).

Secteur de Dvorichna et Milove : Sans changement (nord Dvorichna) carte (du 14 mai)

Front de Kharkiv Selon DS, pas de changement à Vovchansk toujours partiellement disputée. Une zone frontalière prise par les Russes à l’est (cartePV). Selon les autres blogueurs, la ville est sous contrôle russe qui commencent à en sortir (carteS).

Nord Kharkiv : Selon DS, petite incursion à Veteryname (cartePV), situation plus avancée selon autres blogueurs (carteS). Idem in Zapsillya (carteS) non mentionné par DS.

Front de Soumy : Selon DS, sans changement dans le secteur de Soumy (carte du 23 mai). Selon autres blogueurs, progression russe à Ivolzhanske, Nova Sich and Kyyanytsya (carteS).

Analyse militaire

Campagne aérobalistique :

Les attaques se poursuivent de part et d’autre. Les Ukrainiens ont réussi à lancer plus de 1000 objets simultanément, dont 600 drones contre Moscou, réussissant à obtenir des images spectaculaires. On note un effort pour tenter d’isoler la Crimée. Il faut vérifier dans la durée l'effet réel sur la péninsule mais des traces d'inquiétude se font jour chez les bloggueurs russes.

Les Russes poursuivent également leurs attaques contre l’Ukraine. A noter qu’une première frappe contre les ponts de Zaporijia a été lancée cette semaine : ce signal faible est à suivre avec la plus grande attention.

Campagne terrestre

Selon les relevés de Poulet Volant, basés sur les données de Deepstate, les Russes ont pris 32 km² en S22, 25,5 km² en S23, 29,55 km² en S24, 24 km² en S25, soit 4 km² par jour (légère hausse).

Les Ukrainiens ont repris : 36 km² en S22, 0 en S23, 10 km² en S24, 29 km² en S25 soit 2,7 km² par jour (légère hausse).

Le lecteur aura compris le doute que suscitent ces chiffres. A plusieurs reprises, on a des exemples où trois soldats ukrainiens avancés « donnent » des gains de 5 km², quand une dizaine de drapeaux russes sont traités de « danseuses du bolchoï sans signification ».

C’est pourquoi j’ai voulu montrer les différences entre ce que dit Deepstate, redonné par PouletVolant, et ce que disent les autres blogueurs avec évidemment des variations (Playfra, Suriyak, AMK et ISW et où je ne l’inclue pas Rybar et consorts).

Tout ceci pour dire qu’il y a une dissymétrie d’information qui se ressent dans les commentaires des uns et des autres, les éternels « partisans » (d’un camp ou d’un autre) ne retenant que ce qui va dans leur sens, insultant les autres, tirant des plans sur la comète et manquant d’analyse critique.

Si l’on fait la part des choses, qu’on admet que DS ait des raisons de SecOps mais aussi que DS doit désormais ne pas déroger à un discours dominant à Kiev (et il en est convenu), on peut constater que la situation sur le terrain est beaucoup plus mauvaise pour les Ukrainiens que ce que dit DS.

La stabilité est grande sur le front sud et ce ne sont pas les micro-progrès ukrainiens dans une grande zone grise vers Novopavlivka qui changent grandement les choses. Les Russes maintiennent la pression au nord de Pokrovsk, probablement pour fixer les FAU. Surtout, l’offensive d’été a débuté, clairement. Elle se concentre dans le Donbass du nord. Le lecteur attentif aura peut-être remarqué que j’ai modifié le nom d’un secteur : ce n’est plus « Siversk/Soledar » mais « Kramatrosk Sloviansk ». La conurbation est visée depuis deux directions principales et deux secondaires :

-        Au sud-est, la prise de Kostiantinyvka devrait intervenir d’ici maintenant quelques semaines. Cela forcera la fin du verrou de Chevone, au sud de Chasiv Yar.

-        A l’est, la poussée depuis Siversk se poursuit avec la conquête des hauteurs qui dominent la conurbation, à une distance de 12 km. Déjà, les premiers tubes d’artillerie commencent à cracher leurs pélots vers les villes.

-        Au nord, la bataille de Lyman (plus avancée que ne le concède DS) vise à déborder par le nord Sloviansk. Cela explique aussi la tentative ukrainienne au nord pour prendre à revers l’effort russe contre Lyman.

-        Au sud, les Russes tenteront de percer la ligne Dobropilla-Vilne–Kucheriv Yar–Torets’ke pour couper les lignes logistiques qui arrivent au sud-ouest de Kramatrosk.

Cela signifie que si le gros de Kostiantinyvka tombe d’ici fin juillet, l’abord de la conurbation K-S devrait s’installer au cours de l’automne pour préparer un long siège d’hiver.

Plus au nord, la poche de Koupiansk pourrait tomber d’ici deux à trois semaines. La bataille pour la ville reprendrait alors.

Les combats dans les fronts de Kharkiv, Vovchansk ou Soumy ne visent, de part et d’autre, qu’à fixer des troupes ennemies.

Les données connues semblent enfin confirmer une plus forte usure des FAU, aussi bien en hommes qu’en matériels. L’attrition profite aujourd’hui aux Russes, qui semblent avoir accumulé des réserves pour lancer leur offensive estivale. Ceci pourrait expliquer les faibles progrès constatés depuis six mois. Il ne s’agit ici que d’hypothèses et spéculations.

Analyse politique

Les frappes contre Moscou ont rendu visible la guerre au cour de la capitale. Il faut ici signaler que le coeur actif russe, entre Moscou et Saint-Pétersbourg, n'avait guère conscience de la guerre. Les nuages de fumée qui ont entouré Moscou cette semaine peuvent bien sûr pousser le peuple à faire pression contre le Kremlin pour mettre un terme à la guerre. C'est ce qu'espèrent les Urkainiens et les Européens. Une autre hypothèse serait qu'au contraire, cela donne de l'eau au moulin des faucons qui poussent à une augmentation des moyens pour "mettre un terme au conflit et punir vraiment l'Ukraine". L'avenir dira quelle option prévaut.

Si l’Ukraine a un peu intéressé l’opinion publique avec la venue du président Zelensky au G7, le mois passé a fourni de médiocres résultats.

En effet, une négociation difficile se fait avec l’Europe pour obtenir des financements supplémentaires, en sus des 90 milliards dont les versements fractionnés commenceraient tout juste (la situation budgétaire de Kiev est très compliquée). Certes, un 21e paquet de sanctions a été adopté le 9 juin. Cela n’émeut pas beaucoup le Kremlin qui, passées les mauvaises conditions météo de janvier et février, connaît une reprise économique et voit les prix du pétrole et des hydrocarbures lui apporter de solides revenus.

« Les sanctions sont avant tout une manifestation symbolique de solidarité avec l’Ukraine, plus qu’un mécanisme efficace, juge Marek Dabrowski, économiste à l’institut Bruegel. Les Européens et les pays du G7 représentent moins de la moitié du PIB mondial. Cela laisse beaucoup de place au contournement. » (source : Figaro). Or, les Européens n’ont plus beaucoup d’argent. Quant au G7, Trump est resté de marbre et n’a rien promis.

Simultanément, Kiev a des relations difficiles avec ses voisins. Il a menacé la Biélorussie de la frapper si elle continuait d’abriter des équipements radio de la Russie (Reuters). C’est surtout la polémique avec la Pologne qui pose un problème : La tension a éclaté fin mai 2026 lorsque V Zelensky a nommé une unité militaire d’élite « Héros de l’UPA », du nom d’une organisation nationaliste ukrainienne responsable du massacre de dizaines de milliers de Polonais pendant la Seconde guerre mondiale, en Volhynie et en Galicie orientale. Cela a ravivé des plaies mémorielles en Pologne et le président polonais Nawrocki a retiré une décoration donnée à Zelensky. Il est évident que la brouille réjouit le Kremlin.

Enfin, le chancelier allemand Friedrich Merz a proposé aux Européens, le 18 juin, à l’occasion du Conseil européen, un projet de statut intermédiaire pour l’Ukraine au sein de l’Union européenne. Autant dire, il persiste dans son refus d’une adhésion rapide. La formule proposée comprendrait un statut d’observateur permettant à des représentants ukrainiens d’assister aux réunions des institutions de l’UE, ainsi qu’une clause d’assistance mutuelle en cas d’attaque armée contre le pays (source).

Autant dire que les nouvelles politiques ne sont pas bonnes pour Kiev.

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