Le modèle sénégalais est-il en difficulté ? (M. Cuttier)
La trajectoire politique du Sénégal, depuis l'indépendance, explique en partie les difficutlés actuelles.
Dans sa livraison n° 289 de mai 2026, La Vigie propose une excellente contribution sur le Sénégal. L’auteur y rappelle la position géographique de territoire charnière entre le Maghreb, le Sahel et l’Afrique subsaharienne, de pays-pivot pour la France du fait de l’histoire coloniale, désormais considérée comme une parenthèse.
Mentionnant l’influence grandissante du Maroc et l’humiliation subie à l’issue du match de football de janvier dernier, il remarque que le Sénégal présente une stabilité politique n’ayant connu aucun coup d’Etat depuis l’indépendance et montre les nombreux défis qu’affronte le pouvoir issu de l’élection de 2024 : nécessité de protéger les ressources naturelles (hydrocarbures et poisson) des appétits étrangers, immigration clandestine et trafics la drogue, fragile processus de paix en Casamance et pression de l’islam radical depuis le Mali où le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans : GISM ou JNIM, affilié à Al Qaïda a tenté de prendre le pouvoir les 25 et 26 avril derniers.
Deux points méritent d’être complétés du fait de l’actualité. Le premier concerne la stabilité politique et le second le poids de la dette.
La stabilité politique en question
Le Sénégal a toujours été considéré comme un modèle politique peut être parce que le principe électif y est ancien. Le statut des quatre communes ou quatre vieilles (Saint-Louis et Gorée en 1872, Rufisque, en 1880 et Dakar en 1887) fit de leurs habitants des électeurs. Ils étaient citoyens depuis la Première République et leur premier député fut élu en 1848, un état en partie perdu en 1857 et remplacé par le statut civil réservé. Cependant juste avant la déclaration de la Grande Guerre, Blaise Diagne, le premier député « noir » élu à l’Assemblée, fit voter en septembre 1916, la loi conférant aux habitants la pleine citoyenneté. Au Sénégal comme dans les autres colonies, la vie politique a permis l’émergence au sein des institutions républicaines de leaders et si les Sénégalais accèdent à la pleine liberté politique lors de la proclamation de l’indépendance en 1960, ceux qui s’étaient imposés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et par la loi-cadre Defferre de 1956, accèdent au pouvoir rôdés à l’exercice politique.
Les années Senghor….
La constitution sénégalaise instaure un régime parlementaire où le pouvoir exécutif est détenu par un président de la République : le célèbre poète Léopold Sédar Senghor et un président du Conseil : Mamadou Dia. Si tous deux appartiennent à l’union progressiste sénégalaise (UPS), de tendance socialiste, ils ne partagent pas pour autant la même vision de l’avenir du Sénégal. Déjà en 1958, lors du référendum sur la Communauté voulu par le général de Gaulle, Senghor se prononça pour que le Sénégal l’intègre tandis que Mamadou Dia s’y opposa au nom de la rupture.
La rupture avec la France se retrouve au chœur de son discours du 8 décembre 1962 avec la sortie de l’économie de traite fondée sur l’exploitation de l’arachide au profit d’une société libre et d’une économie de développement. Ce véritable discours souverainiste pour employer des mots actuels provoque un bras de fer avec le président Senghor dénonçant une tentative de coup d’Etat. Arrestation avec 4 ministres, procès politique, 20 ans de prison prononcés en 1963.
Et bien que les opposants soient graciés en 1974 et amnistiés en 1976 suite à des pressions venues de France, beaucoup dénoncent une dérive du pouvoir présidentiel que confirment les réformes constitutionnelles de 1963 et de 1967 : régime présidentiel, parti unique, répression des manifestations. Celle de 1970 modère le régime avec l’instauration d’un Premier ministre : Abdou Diouf puis en 1974, année de la libération de prisonniers politiques, l’avocat Abdoulaye Wade[1] peut créer le parti démocratique sénégalais : PDS. En 1976, un troisième parti est admis. En 1978, le président Senghor réélu pour un cinquième mandat autorise un quatrième parti. Et en 1980, il prend la décision exceptionnelle, unanimement saluée, de démissionner laissant la présidence selon la constitution de 1978 à Abdou Diouf.
…. et Diouf ou les décennies socialistes
A la tête de l’Etat, le 1er janvier 1981, il promet le pluralisme politique et la consolidation de l’ouverture démocratique en mettant fin à la limitation du nombre de partis et une réforme du code électoral. Il est réélu en 1983, 1988 et en 1993 mais le score de 84% puis 73% diminue à 58%. Or en 1983, il supprime la fonction de Premier ministre et lorsqu’en 1988, des émeutes traduisent le doute de l’opposition quant à la régularité des élections, il déclare l’état d’urgence et fait jeter le député Abdoulaye Wade en prison. Il renomme un Premier ministre en 1991, instaure un nouveau code électoral et constitue un gouvernement d’union nationale avec l’opposant Wade, nommé ministre d’Etat. En 1993, l’assassinat de Babacar Séye, l’ex maire de Saint-Louis devenu vice- président du Conseil constitutionnel laisse douter de la démocratie. Suivent des émeutes en 1994 et une politique de décentralisation par la régionalisation en 1996.
L’évolution politique du Sénégal doit être mise en perspective avec la situation internationale. Durant la guerre froide et jusqu’aux années 1990, l’Afrique constitue un enjeu entre les deux puissances cherchant à dominer le monde. Ainsi l’URSS et ses alliés s’implantent sur le continent afin de priver le camp occidental de ses approvisionnements en matières premières et de ses marchés. Pour la France, les anciennes colonies africaines constituent « le pré carré », « les pays du champ » qu’il faut maintenir à tout pris dans l’influence occidentale. Sur le plan politique, cela se traduit par l’acceptation de régimes autoritaires comme au Gabon ou en Côte d’Ivoire voire de dictatures comme en RCA, au Tchad ou au Zaïre.
La chute du Mur de Berlin en novembre 1989 et la disparition de l’URSS fin 1991 sonnent le glas du camp communiste balayé par le vent de la liberté en Europe de l’est. En France, le président Mitterrand réunit à la Baule, en juin 1990, le 16e sommet de la France/Afrique auquel se rendent 37 chefs d’Etat. Le message est que la démocratisation sera la condition du maintien de l’aide au développement. Le président Diouf l’entend et enclenche le processus le conduisant à perdre le pouvoir en 2000.
Vers l’alternance libérale
Candidat à l’élection présidentielle depuis 1978, Abdoulaye Wade est élu en 2000 avec le slogan Sopi (changement en wolof) au second tour avec 58% des voix. Mettant fin à plusieurs décennies socialistes, il incarne la première alternance démocratique au Sénégal. Une fois élu, celui qui faisait figure d’opposant depuis 1974 ne cesse de modifier la Constitution en dissolvant le Conseil économique et social, le Sénat qu’il rétablit en 2007, en établissant le quinquennat en 2001 pour revenir au septennat, en 2008. Si les résultats économiques favorisent sa réélection en 2007, la situation intérieure se dégrade avec les émeutes de la vie chère en 2008 puis celles de 2011 dues aux coupures d’électricité et au refus de permettre au président de modifier le scrutin présidentiel par un ticket : président/vice-président afin de préparer sa succession au profit de son fils, sujet dont les principaux cadres du parti sont écartés.
L’opinion supporte de plus en plus mal la corruption de sa famille, le cumul des ministères par son fils Karim, le recul des libertés, une préférence accordée aux Mourides remettant en cause la stabilité religieuse, en un mot une gestion solitaire du pouvoir. En 2012, à 85 ans, il se prononce pour un troisième mandat contraire à la Constitution. Sa candidature validée en janvier par le Conseil constitutionnel provoque le retour du mouvement du 23 juin : M23[2] dont les violences provoquent 6 morts. Il reconnait l’élection de Macky Sall au 2e tour avec 65% des suffrages.
Macky Sall fut l’un des piliers du parti de Wade et un artisan de la victoire du Sopi en 2000. Tout d’abord directeur de la société des pétroles du Sénégal, il devient ministre des mines, de l’Intérieur et occupe la Primature de 2004 à 2007. Non reconduit à l’issue de l’élection de 2007, il préside l’Assemblée nationale. L’année suivante, soutenant la convocation de Karim Wade par les députés pour indélicatesse dans la gestion de fonds publics, il entre en conflit avec le président, rompt avec le PDS pour créer avec d’autres cadres l’Alliance pour la République.
Une fois élu en 2012 grâce à une large coalition et l’apport de la diaspora, il engage la réduction du train de vie de l’Etat et la lutte contre la corruption, la baisse du coût des produits de première nécessité, soutient les paysans, annule des permis de pêche à des étrangers, investit dans le plan Sénégal d’infrastructures et réforme la justice. Le taux de croissance atteint 6,8% et si l’inflation baisse, le chômage reste élevé. Par ailleurs, auréolé du fait d’avoir été élu à la tête de la CEDEAO, d’être le premier président africain invité en Chine, il est réélu en 2019 avec 58%.
Alors il multiplie par 3 le nombre des ministres, élimine la fonction de Premier ministre, place son frère cadet, son beau-frère, des cousins et des proches de son épouse à des postes clés dotés d’avantages. Puis en 2021, il exprime sa volonté de se présenter à un 3e mandat. Les Sénégalais descendent dans la rue, la répression est ferme, des opposants politiques sont jetés en prison dont Karim Wade[3] et le député de Dakar Ousmane Sonko, le jeune leader du nouveau parti : les patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (le PASTEF), fondé en 2014 et soutenu par Abdoulaye Wade lors des élections locales de 2022.
Quelques remarques :
Tout d’abord, la propension des deux présidents à vouloir rester au pouvoir coûte que coûte fait référence au fait que depuis les indépendances, pendant et après la guerre froide, bien des chefs d’Etat s’y sont maintenus avec l’onction élective. Ne citons que les célèbres Félix Houphouët Boigny, Blaise Campaoré, Gnassingbé Eyadéma, Mobutu Sese-Séko… ou bien Denis Sassou-N’Guesso, Paul Biya, encore au pouvoir, Omar Bongo, Idriss Déby … dont les fils leur ont succédé. Une façon de renouer avec le passé des grands Almamys du Fouta. Le président Bokassa ne s’est-il pas proclamé Empereur ?
Ensuite comment comprendre la pratique du népotisme et de la corruption combattues une fois élus? En référence à la tradition, par la pratique des trois cercles qui régit la société quelle que soit la situation des individus et que seuls ceux qui vivent sur place peuvent observer…. parfois de leur fenêtre… à la longueur de la queue devant la maison voisine. Lorsque quelqu’un parvient à une position conséquente, il se doit de redistribuer à sa famille, à son village et à son ethnie. Chacun à son niveau attend. C’est ainsi que « l’homme blanc ignore souvent le chemin de l’eau sous la calebasse. »
L’arrivée d’une autre gauche
Revenons à Ousmane Sonko. Condamné pour diffamation et privé de ses droits civiques, il désigne le secrétaire général du PASTEF Bassirou Diomaye Faye pour le remplacer, arrêté à son tour en avril 2023 pour outrage à magistrat. En juillet 2023, le PASTEF est dissous. Tous deux sont finalement libérés et amnistiés peu avant l’élection dans une certaine confusion. Par le décret du 3 février 2024, le président Sall ajourne l’élection présidentielle prévue le 25 février, décision que le Conseil constitutionnel invalide. Finalement, elle se déroule le 24 mars et le président Sall reconnait la victoire du compétiteur[4] élu dès le 1er tour avec 55% des suffrages, proclamant « la victoire de la démocratie sénégalaise ».
B D Faye intègre le palais de la République[5], il nomme O Sonko à la Primature.
Qu’est-ce que le PASTEF ? un mouvement de gauche associant la lutte contre la corruption, le panafricanisme, la souveraineté économique, le conservatisme social en condamnant le courant LGBT. Lors de la campagne, il a vigoureusement dénoncé la tyrannie de l’Occident voulant imposer l’homosexualité, incompatible avec le Sénégal musulman[6]. Il est qualifié de populisme de gauche et son leader ne recule devant aucune déclaration virulente.
Le duo, source de tant d’espoirs car il incarne les nouvelles générations africaines (eux-mêmes sont des quadragénaires)[7], celles qui contestent la prééminence française, finit par éclater en 2026. Le fait d’entendre dire que le président tire sa légitimité du Premier ministre ne présageait-il pas de fortes rivalités ? Le président emporte moins l’enthousiasme que le très charismatique Sonko. Il a réveillé le Sénégal, la jeunesse[8] a suivi le projet du PASTEF auquel il a donné son sens et sa flamme, dérangeant les réseaux, le monde diplomatique et certains milieux économiques en prônant la souveraineté économique.
Fin avril, une réforme du code électoral, très critiquée par l’opposition, préfigure la candidature d’O Sonko, à la présidentielle de 2029 quand se développe un mouvement : « Diomaye président ». Le président ne fait plus mystère des désaccords l’opposant à son ancien mentor et tente de s’affranchir de son influence en remaniant l’appareil d’Etat, en se concertant avec des figures de l’opposition jusqu’à dénoncer la personnalisation excessive du Premier ministre au sein du parti. Finalement il le limoge, le 22 mai.
Avant de nommer son successeur, il consulte les anciens Premiers ministres, ministres de l’Intérieur et de l’Economie. Est-ce signe de rupture ou de compromis ? Notons les éléments de langage visant à rassurer les partenaires : « Le président est au-dessus des partis. Sonko est important mais l’Etat est plus important que Sonko. Il ne peut pas tout contrôler. Il faut éviter les discours trop durs. Il faut la stabilité nationale ».
Finalement, le 25 mai, le président désigne le nouveau Premier ministre : Ahmadou Al Aiminou Mohamed Lô. Un technocrate âgé de 60 ans qui, secrétaire général du gouvernement en 2024 puis ministre chargé de mettre en œuvre la politique économique, venait de la BCEAO. Spécialiste de la macroéconomie, de la régulation bancaire et des marchés financiers, il dispose des qualités nécessaires pour naviguer au sein des arcanes économiques et financières alors que la dette plombe le Sénégal. D’entrée, il se montra un fidèle du président afin d’affirmer son autorité quand le Premier ministre le critiquait. Ses premiers mots à la Primature furent : « stabilité, apaisement, continuité ». Si le cap n’est pas changé, seule la méthode l’est selon la cohérence institutionnelle et l’action du président, fidèle aux engagements du projet impulsé par ceux qui se sont mobilisés autour du programme « Diomaye président » appuyé sur le socle du PASTEF.
Quel est l’avenir politique d’Ousmane Sonko ? Sera-t-il désormais isolé ? Hormis sa popularité, n’a-t-il pas conservé des liens avec des hommes d’affaires au profil très varié l’ayant soutenu en 2024 car il avait eu l’idée de financer la campagne, du PASTEF en collectant de fonds afin de s’affranchir des lobbys.
La dette
Tel est l’héritage laissé par le président Sall à son successeur. Il s’avère que les chiffres fournis par ses services tant au sujet de la dette que du déficit budgétaire étaient éloignés de la réalité révélée par le FMI, dès 2024. Ce dernier a d’ailleurs suspendu son aide de 1,8 md de dollar. Réalité confirmée par la Cour des comptes en février 2025 pour la période 2019-2024 correspondant au second mandat du président Sall.
En 2023, la dette estimée à 65,6% du PIB s’élevait à 111% du PIB et le déficit budgétaire annoncé à 4,9% atteignait 12,3%. Le président Sall a fait du Sénégal le pays le plus endetté d’Afrique. Des anomalies, des irrégularités ? Malversations comptables dénonce le nouvel exécutif. Les notes du Sénégal sont dégradées et selon le FMI, la dette fut sciemment sous-estimée à hauteur de 7 mds de dollar pour la période 2019-2024 poussant un député à proposer de traduire en justice l’ancien président pour haute trahison.
Rapidement après l’élection, le nouvel exécutif refusant la restructuration de la dette recommandée par le FMI, s’empare de l’épineux dossier. A l’intérieur, il annonce un « plan de redressement économique et social ». Conscients que le Sénégal va peiner à emprunter sur les marchés financiers et auprès du FMI, le plan vise à obtenir 6 000 milliards de francs CFA en trois ans, en augmentant certaines taxes et en diminuant les dépenses de l'État afin de réduire le déficit à 3 % et de stabiliser la dette. Le budget pour l'année 2025 prévoit une baisse de 8,8 % des dépenses. Par ailleurs, une réforme du code général des impôts vise à « élargir l’assiette fiscale tout en abaissant les taux d’imposition pour parvenir à une fiscalité efficace et équitable. Faire payer moins les Sénégalais, mais faire payer tous les Sénégalais ».
Au niveau international, le président Faye cherche des soutiens. Début janvier 2026, il a été reçu par l’émir du Koweit en son palais de Bayan avant de recevoir le 21 la cheffe de mission du FMI alors que les négociations en vue d’un nouveau programme patinent au moment où des pays comme la France et la Chine penchent désormais pour une restructuration. En février, Paris a encore dépêché un émissaire à Dakar. Même Washington soucieux de la situation financière envoie un émissaire car les tensions avec le FMI s’accroissent. Enfin début mai, les banques africaines de développement : BAD et BOAD multiplient les initiatives pour éviter la restructuration or la situation politique mondiale met à mal cette stratégie.
Le déficit est source de dégâts collatéraux. Ainsi Dakar peinant à organiser le 10e Forum international sur la paix et la sécurité[9] prévu les 20 et 21 avril a sollicité l’Union européenne et Paris, les partenaires historiques. Il s’est finalement déroulé sans co-organisation et co-pilotage avec la France, preuve d’une rupture symbolique très commentée. Le thème mérite l’attention : L’Afrique face aux défis de stabilité, d’intégration et de souveraineté tandis que le discours d’ouverture du président Faye réaffirme une ligne souverainiste : « Nous ne devons plus accepter que notre agenda sécuritaire soit défini ailleurs, que nos priorités soient dictées par des intérêts étrangers ». Chercher la cible.
Plus graves sont les conséquences pour les Forces armées sénégalaises. Dans la continuité des coups d’Etat au Sahel depuis 2020, du repli de Barkhane et de la remise en cause de l’existence des bases pré-positionnées héritées des accords de défense signés à l’issue des indépendances par ailleurs contestés par la nouvelle équipe politique, le général Pascal Ianni, commandant des Eléments français au Sénégal, a restitué le camp Geille, à Dakar, au CEMA le général Mbaye Cissé, lors d’une cérémonie le 17 juillet 2025[10]. Ce jour-là sonna la fin à la présence militaire française remontant au 19e siècle. Retrait devant laisser place à une nouvelle relation à définir lors d’un séminaire bilatéral.
Depuis décembre 2025, les FAS ont un nouveau CEMA, le vice-amiral Oumar Wade qui doit affronter les menaces évoquées dans le précédent article alors que la crise budgétaire impose des restrictions. Sur un budget de 35 millions d’euros prévu pour 2026, l’Etat n’a toujours pas décaissé une part importante des crédits, en mai. Si le CEMA est parvenu à obtenir de Bruxelles un nouveau soutien financier pour la marine par la Facilité européenne pour la paix afin de sécuriser les côtes au titre de l’action de l’Etat en mer, l’armée de l’air est l’objet de coupes conséquentes.
Récemment, en mai, le président Faye s’est rendu au sommet Africa Forward, à Nairobi, au Kenya, à l’invitation du président Macron. En marge du sommet, avec le président kényan William Ruto et de jeunes participants, ils ont échangé des passes de football en vertu de l’idée que le sport est au service du développement durable. En revanche, dans quelle mesure est-il parvenu à honorer une partie des engagements financiers envers l’Etat français ?
Il reste à son premier ministre tout juste nommé à composer alors que la situation financière est aggravée par la hausse des cours pétroliers. Il lui reste à donner des gages aux bailleurs, au premier rang desquels figure le FMI.
Quant à Macky Sall….
Les tentatives d’un 3e mandat, la confusion du calendrier électoral, en 2024 et le poids de la dette, ne l’ont pas empêché de se porter candidat au poste de secrétaire général des Nations-Unies, le mandat d’Antonio Guterres s’achevant en décembre 2026. Théoriquement, il se présente au nom de l’Union africaine bien que les méthodes ayant conduit à sa désignation aient suscité des dissensions à tel point qu’une vingtaine de membres ont constitué une minorité de blocage. En mars, il a rencontré le président Macron afin d’obtenir son onction. L’on est en droit de se demander en échange de quoi. Puis il a passé une audition devant l’Assemblée générale, le 26 avril dernier.
Martine Cuttier
[1] En 1963, il a défendu le Premier ministre Dia et les 4 ministres accusés de tentative de coup d’Etat.
[2] Il fait référence aux manifestations de 2011.
[3] En 2013, il fut condamné à 6 ans de prison et à une amende avant d’être gracié en 2016.
[4] Le slogan de la campagne était : « Diomaye, c’est Sonko ».
[5] Majestueux bâtiment édifié dans le quartier du Plateau en 1902 pour servir de résidence au gouverneur général de l’AOF.
[6] L’Assemblée issue des élections législatives de novembre 2024 a voté une loi durcissant les peines contre les relations homosexuelles.
[7] La France a connu en 2017 l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle génération de trentenaires et de quarantenaires.
[8] 50% de la population sont âgés de moins de 20 ans
[9] Lancé en 2013 lors du sommet de l’Elysée, la 1ère session s’est déroulée l’année suivante réunissant chefs d’Etat et de gouvernement, décideurs économiques et représentants de la société civile. Il fut très couru.
[10] La demande du retrait fut annoncée en novembre 2024, elle coïncidait avec le 80 e anniversaire du massacre de Thiaroye. Des soldats de l’AOF retenus prisonniers dans les Frontstalags en France et rapatriés à Dakar réclamaient leur reliquat de solde. Les autorités militaires ont répondu par l’usage de la force.
