Bilan n° 127 du 11 janvier 2026 (guerre d’Ukraine)
Situation confuse à Koupiansk, chute de Siversk, Vovschansk, Myrnohrad et Houliapole. La négociation semble s’encalminer.
Situation confuse à Koupiansk, chute de Siversk, Vovschansk, Myrnohrad et Houliapole. La négociation semble s’encalminer.
Déroulé des opérations militaires
Les frappes dans la profondeur se poursuivent avec une situation à l’arrière du front ukrainien difficile (électricité régulièrement occupée jusqu’à 16h00 par jour).
Front sud : Les Ukrainiens ont cédé lentement Stepnohirsk tandis que les Russes s’infiltrent le long de l’ancien cours du Dniepr selon trois axes (carte). Vers Orikhiv, légères poussées russes (carte). Huliapole est tombée et les Russes s’efforcent au nord de franchir la rivière Haichui (carte). Secteur de Pokrovske : carte.
Novopavlivka : la ville est très disputée et se trouve désormais en zone grise (carte). Zone Udachne : carte.
Tous ces combats se déroulent dans les oblasts de Zaporijia et Dniepropetrovsk.
Front de Donetsk : Myrnohrad est tombée, avec des infiltrations russes entre Hrysyne et Rodynske (carte).
Au nord-est les Russes poussent à l’ouest de la vallée de la Kazenyyi (prise de Fedorivka) , avec de premières incursions dans Shakhove (carte).
Front de Kostiantynivka : Les Russes poursuivent leurs infiltrations des quartiers sud-est de Kostiantynivka et débordent l’ouest du réservoir vers le carrefour H20-H32 (carte). Poussée russe au nord de Chasiv Yar et prise de Novomarkove (carte).
Front de Siversk & Lyman : Siversk est tombée et les Russes progressent sur le mouvement de terrain à l’ouest, notamment la cote 170 qui mène à Kramatorsk (carte). Au sud, reprise d’activité à l’ouest de Soledar (carte). Plus au nord, les Ukrainiens se replient au sud de la rivière Donets et ne tiennent plus Yampil (carte).
Secteur Lyman et Zarichne : à Lyman, infiltration de premiers éléments russes à l’est de la ville. Au nord, infiltration à l’ouest de la rivière Nitrius, Novoselivka n’est plus tenue par les Ukrainiens (carte).
Front de Svatove/Koupiansk. Le bourg de Bohuslavka a été dégagé par les Ukrainiens (carte).
Secteur de Koupiansk : Situation confuse et très disputée dans la ville où les Russes ont lâché une grande partie de leur emprise mais semblent revenir ces derniers jours, notamment par le nord (carte). De même, ils recommenceraient à pousser dans la poche sur la rive orientale de l’Oskil.
Secteur de Dvorichna et Milove : Micro avancée russe au sud de Dvorischanke (carte).
Front de Kharkiv : Les Russes ont pris Vovchansk (carte). Sans changement à Lyptsi (carte)
Front de Soumy : Reprise d’activité russe avec la prise de Yunakivka et Oleksivka (carte). Zone sud-est de Soumy : carte.
Analyse militaire
Toujours d’après les relevés de Poulet Volant qui se fonde principalement sur Deepstate, les Russes ont pris 129 km² en S51, 107 km² en S52 et 107 km² en S01 et 331 km² en S2 soit 13.3 km² par jour (stable). Les Ukrainiens ont repris 0 km² en S51, 18 en S52 et 0 km² en S01 et en S02 soit 0,64 km² par jour (baisse).
Synthèse du mois de décembre ici et synthèse de l’année 2025 ici.
Les mois d’hiver sont marqués par une rude météo qui ralentit peut-être les combats (neige et plafonds bas ne favorisent pas les vols de drones de contact). Malgré cela, les Russes ont poursuivi leur rythme de progression d’environ 15 km² par jour. Koupiansk a été disputée, visiblement à la surprise des Russes qui n’avaient pas consolidé leur dispositif. Ils semblent l’avoir rétabli et repris leur effort dans la ville où la situation est très brouillée.
Les Russes poursuivent la stratégie des mille « entailles » attaques localisées, dispersées régulièrement sur l’ensemble du front, activant des secteurs calmes pendant quelques heures ou quelques jours, de façon à forcer les Ukrainiens à se renforcer localement et donc à épuiser leurs maigres réserves. Malgré cela, les directions dominantes demeurent, avec quelques légères évolutions.
La conurbation de Pokrovsk et Myrnograd étant conquise, les Russes bénéficient d’un moyeu opératif qui leur permettra de soutenir des opérations soit vers le nord (P1), soit vers l’ouest (P2). En effet, cette zone constitue désormais un saillant reliant les traditionnels fronts Sud (Zaporijjia) et Est (Kramatorsk).
Les Russes semblent avoir deux priorités.
Donetsk : La première consiste à conquérir la totalité de l’oblast de Donetsk. Il faut pour cela prendre les villes de Kostantinyivka, puis de Kramatorsk et Slaviansk. Kostantinyivka fait l’objet d’une manœuvre d’approche depuis l’est et le sud (le réservoir ne sert plus d’obstacle) avec de premières infiltrations dans la ville. Mais Pokrovsk pris, les Russes ont relancé des opérations plus à l’ouest, vers Shakove : il s’agit de suggérer d’abord un contournement de la ville de Kostantnyivka par l’ouest, mais aussi de menacer Kramatorsk par le sud. Voici pourquoi les Ukrainiens s’acharnent autour de Shakove (mais aussi pour protéger Dobropila un peu plus à l’ouest).
Un peu plus loin, la chute de Siversk réactive tout le dispositif vers Kramatorsk. Ainsi, le secteur au nord-ouest de Chasiv Yar et à l’ouest de Soledar est devenu le scteur des intentions russes, qui veulent progresser sur la ligne de crête pour arriver sur les hauteurs de Kramatorsk. Encore plus au nord, Liman est désormais contourné par l’ouest avec une progression dans le compartiment de terrain entre Oskil et Zherebets (rivière Nirius). Il s’agit là d’atteindre rapidement des positions au nord de Slaviansk, la rivière Donets pouvant être apparemment franchie.
Si tous ces préparatifs se concrétisent au cours du premier trimestre 2026, on pourrait assister à un grand encerclement des trois villes, avec les débuts de la bataille de Kostantinyivka.
Plutôt que de s’engager dans des combats urbains coûteux, on assisterait alors à une longue bataille d’attrition des soutiens logistiques et des appuis feux. La bataille proprement dite de Slaviansk et Kramatorsk aurait alors lieu en fin d’année.
Zaporijia : La progression russe dans le front sud a été impressionnante au cours de 2025 puisque quatre des cinq points clefs défensifs ukrainiens sont tombés : Vougledar, Grand Novosilka, Huliapole et Kamianske. Les FAU ne contrôlent plus qu’Orikhiv.
Les Russes vont poursuivre leur progression à l’ouest de la rivière Haichiu pour s’infiltrer entre les lignes défensives ukrainiennes, orientées face au sud et prises à l’orthogonal. Ils essaieront d’arriver sur les hauteur nord d’Orikhiv. Par ailleurs, ils ont lancé de nombreuses infiltrations au nord de Kamianske : celles-ci s’avancent vers la ville même de Zaporijia qui n’est plus distante que de 20 km de leurs unités de tête, mais aussi vers le nord-est pour coiffer Orikhiv par derrière. La prise de est probablement cruciale, comme l’explique très bien Delwin ici (enfilade à lire avec attention). Mais au-delà de la levée de ce dernier verrou, les Russes semblent plus ambitieux : il s’agit pour eux de pousser rapidement des forces contre Zaporijia et d’empêcher la construction de lourdes lignes de défense ukrainiennes entre l’oblast de Donetsk et le Dniepr. La poussée dépasse ici la simple prise de l’oblast de Zaporijia : il s’agira aussi de pousser dans celui de Dniepropetrovsk pour affaiblir l’ensemble du dispositif ukrainien, sur le front sud comme sur le front est.
Nord-est et Nord : Ces deux fronts sont ceux utilisés pour les mille entailles (même si l’on observe aussi cette tactique dans le secteur de Novopavlivka, à la jointure entre Huliapole et Pokrovsk-Udachne). A Koupiansk, les Russes ont été surpris de l’attaque localisée des Ukrainiens en décembre, menée probablement pour des besoins politiques et diplomatiques (en pleine négociation). Cela étant, à la différence de ce qui s’était passé à l’automne 2022, ils ont réussi à conserver quelques points-clefs dans le centre-ville mais aussi une tête de pont au nord, qui leur ont permis de tenir et d’envisager de récupérer les positions perdues.
A court terme, ils devraient s’efforcer de réduire la poche ukrainienne à l’est de l’Oskil, pour deux raisons : terminer de reprendre toute la rive orientale mais aussi, envisager de descendre le long de la rive occidentale pour arriver sur les arrières de Slaviansk : on se mettrait alors à parler à nouveau d’Izioum. On en est encore loin.
Tout ce qui est au nord de Koupiansk, au nord de Kharkiv, au nord de Soumy a beaucoup moins d’importance stratégique : les combats dans ces zones ne servent qu’à fixer des forces ukrainiennes.
Stratégie ukrainienne : Dans ce contexte, les Ukrainiens se battent bien : ils tiennent partout, cèdent relativement peu, lancent ici ou là des contre-attaques (de plus en plus localisées). Ils ont pour objectif de contrôler encore une part significative de l’oblast de Donetsk (villes de Slaviansk et Kramatorsk) au début de 2027. Ils doivent par ailleurs réorganiser un dispositif dans la profondeur qui ne bénéficiera plus du réseau urbain du Donbass qui leur a permis de se défendre avec ténacité depuis 2022. C’est pourquoi on les voit établir de nombreuses lignes défensives très aménagées (trois tranchées parallèles à intervalles de barbelés et de dents de dragon). Cela n’est pas suffisant pour tenir mais assez pour freiner au maximum la progression russe, de façon à canaliser leurs forces dans d’éventuelles percées plus faciles à frapper. Cela n’est pas suffisant pour reprendre l’initiative, ça l’est assez pour combattre encore et encore.
Disons les choses simplement, vues de la réalité du terrain : si la Russie n’a pas encore gagné, personne ne voit aujourd’hui comment l’Ukraine pourrait gagner.
Analyse politique
Depuis trois semaines, on n’entend pratiquement plus parler des négociations. Ceux qui s’en émeuvent ou s’en moquent (où sont-elles passées ?) ignorent que c’est la dure loi du genre. Une négociation internationale a des moments visibles, d’autres silencieux.
Ce silence peut cacher bien des choses : que les affaires avancent ou qu’elles piétinent. Et toutes les légères déclarations annexes, surtout de ceux qui n’ont pas partie aux discussions, ne servent qu’à amuser la galerie.
Observons simplement que les deux belligérants montrent tous les signes qu’ils sont prêts à poursuivre le combat. Mais dans une négociation serrée, ils ne peuvent pas dire autre chose.
Nous verrons bien. Bonne quinzaine.
OK