Bilan n° 125 du 15 décembre 2025 (guerre d’Ukraine)
Recul russe à Koupiansk, recul ukrainien à Siversk et Vovschansk, Myrnohrad encerclée. La négociation est entrée dans le dur. Recul russe à Koupiansk, recul ukrainien à Siversk et Vovschansk, Myrnohrad encerclée. La négociation est entrée dans le dur.
Recul russe à Koupiansk, recul ukrainien à Siversk et Vovschansk, Myrnohrad encerclée. La négociation est entrée dans le dur.
Déroulé des opérations militaires
Les frappes dans la profondeur se poursuivent avec une situation à l’arrière du front ukrainien difficile (électricité régulièrement coupée jusqu’à 16h00 par jour).
Front sud : Les Ukrainiens cèdent lentement Stepnohirsk. Vers Orikhiv, poussées russes dans Novodynalivka (sud) et Maia Tokmachka (est) (carte). A Huliapole, les Russes sont désormais sur la route 401 avec de premières infiltrations dans la ville (carte et carte).
Un peu plus au nord d’Houliapole, les infiltrations russes se maintiennent : (carte).
Tous ces combats se déroulent dans les oblasts de Zaporijia et Dniepropetrovsk.
Front de Donetsk : A Pokrovsk , plus aucune troupe ukrainienne dans la ville ni dans Rodynske. Les dernières troupes sont encerclées à Myrnohrad (carte).
Au nord-est les Russes poussent à l’ouest des deux villages de Pankivka et de Volodymyrivka, dans la vallée de la Kazenyyi, avec de premières incursions dans Shakhove (carte).
Front de Kostiantynivka : Les Russes poursuivent leurs infiltrations des quartiers sud-est de Kostiantynivka (carte). Reprise d’initiative russe au nord de Chasiv Yar (carte).
Front de Siversk & Lyman : Siversk est partiellement conquis (au moins jusqu’à la rivière). Au sud, les Russes poussent contre Sviato Porkrovske. Plus au nord, les Ukrainiens se replient au sud de la rivière Donets et ne tiennent plus Yampil (carte).
Secteur Lyman : à Lyman, infiltration de premiers éléments russes à l’est de la ville. Poussée au nord (Stavky, Drobysheve). Poussée à l’ouest de Seredne. Infiltration jusque Yarova (carte).
Front de Svatove/Koupiansk. Le bourg de Bohuslavka commence à être pris en tenaille (carte).
Secteur de Koupiansk : Les Ukrainiens auraient repris le contrôle de plus de 45 km² vers Koupiansk (carte) où quelques unités russes subsisteraient dans la ville. Rien n’aurait bougé sur la rive orientale de l’’Oskil (carte).
Secteur de Dvorichna et Milove : poursuite de l’avance avec prise de Dvorischanke (carte).
Front de Kharkiv : Les Russes ont pris quasiment tout Vovchansk (carte). Sans changement à Lyptsi (carte)
Front de Soudja : Sans changement (carte),
Analyse militaire
Toujours d’après les relevés de Poulet Volant qui se fonde principalement sur Deepstate, les Russes ont pris 85 km² en S48, 115 km² en S49 et 101 km² en S 50 soit 14.3 km² par jour (en baisse). Les Ukrainiens ont repris 29 km² en S48, 8 en S49 et 47 km² en S50 soit 4 km² par jour (hausse).
L’observateur s’étonnera peut-être de constater un bond de 45 km² accordé à l’Ukraine dans la région de Koupiansk en une journée, qui pourrait bien sûr matérialiser des progrès des jours précédents mais qui témoigne d’une efficacité remarquable en milieu urbain (nettoyage rapide des positions ennemies) , situation qui contraste beaucoup avec tout ce qui a été observé dans le même type d’environnement au cours des 18 derniers mois. Il ne s’agit pas de cacher ici les difficultés russes dans cette zone : elles sont réelles et il serait tout à fait fallacieux de les minorer. Les forces russes n’ont pas fait l’effort de solidifier leur position et ce revers met à mal l’annonce en début de mois du contrôle effectif de la ville. ILs ne contrôlent plus Koupiansk.
Or, d’autres osinter paraissent dans le même temps plus précautionneux dans l’enregistrement des progrès ukrainiens (disons qu’ils sont aussi précautionneux dans ce sens là que Deepstate peut l’être dans l’enregistrement des progrès russes). Nous resterons quant à nous fidèles à Poulet volant dont la régularité et la méthode donnent une fiabilité de long terme, qui nous importe d’abord. In petto, nous considérons que la situation à Koupiansk est probablement encore très contrastée.
Au cours des trois dernières semaines, les Russes ont poursuivi leur avancée d’environ 15 km² par jour. Les Ukrainiens ont en revanche repris du terrain, grâce notamment à leurs efforts à Koupiansk. Pour la première fois cette année, ils ont réussi à prendre localement l’initiative et obtenir des gains conséquents, preuve qu’ils ont encore quelques réserves qu’ils sont en mesure de concentrer en un point du front. A la différence de la réduction du saillant de Kucheniv Yar où il s’agissait en urgence d’empêcher une percée russe au sud de Slaviansk, l’affaire de Koupiansk a été conduite avec ténacité afin de rétablir une situation au nord de l’Oskil. Les progrès enregistrés interviennent à une moment politique important, celui de négociations qui sont entrées dans le dur. Pouvoir prouver, à ce moment précis, la combativité et la résistance des forces ukrainiennes constitue à l’évidence un succès qui dépasse le simple cadre tactique (on ne parle que de Koupiansk) pour produire des effets réels dans le cadre politique. La manœuvre a été habilement conduite et démontre, une fois encore, les qualités militaires des forces ukrainiennes qui ne cessent d’étonner.
Si l’on regarde l’ensemble du front : Au sud, les efforts russes se poursuivent vers Houliapole. Pokrovsk est tombée et Myrnohrad est encerclée. La pression se fait plus directe contre Kostantynivka. Siversk est pratiquement tombée. Koupiansk est à nouveau très disputée. Vovschansk est tombée.
Si l’on élargit la focale, on distingue un axe principal russe et deux axes secondaires.
L’axe principal consiste en une grande manœuvre de tenaille de la conurbation de Slaviansk et Kramatorsk. Elle vient à la fois du sud où les Russes devraient pousser à hauteur de Shakhove ; du sud-est où Kostantynivka est déjà sous pression ; de l’est où les opérations ont repris au nord de Kramatorsk et au sud-ouest de Siversk ; du nord-est où la manœuvre d’encerclement de Lyman permettrait de déboucher directement sur les hauteurs de Slaviansk. Cependant, au rythme où vont les choses aujourd’hui, l’abord de la conurbation se fera au mieux en fin 2026. Si les paramètres demeurent ce qu’ils sont, autant dire que l’Ukraine est loin d’avoir abandonné tout le Donbass et notamment l’oblast de Donetsk.
Un premier axe secondaire se dessine au nord et envisage la prise de territoire ukrainien entre Vovschansk et Koupiansk. Les revers de cette semaine à Koupiansk entravent évidemment cet objectif de long terme. Il faudra observer si les Russes poursuivent leur effort dans ce secteur.
Un deuxième axe secondaire se déroule au sud où le siège d’Houliapole prépare la future poussée contre Orikhiv. Au-delà, c’est tout l’oblast de Zaporijjia qui est visé.
Face à cela, l’armée ukrainienne réussit à tenir globalement ses positions, à céder le minimum et entraver la poussée russe. Elle gagne du temps contre un peu de territoire, ce qui est aujourd’hui essentiel dans le contexte des négociations. Cette résistance suscite l’admiration par sa ténacité et les résultats obtenus. Le cran des militaires ukrainiens est admirable et à porter au sommet des exploits militaires : tenir une guerre d’attrition dans la durée, en défensive et en infériorité de rapport de forces et de feu, constitue une victoire que peu mesurent.
Analyse politique
La négociation est entrée dans le dur et les termes apparaissent plus clairement. Le plan à 28 points était une base de départ, comme nous le notions il y a trois semaines. Les choses ont depuis évolué, fort logiquement.
Une contre-proposition à 20 points a été d’abord soumise par les Ukrainiens, appuyés par les Européens. Elle était évidement maximaliste et donc inacceptable en l’état. Les navettes ont alors commencé. De même, V. Zelensky a évoqué l’idée d’un référendum voire d’élections qui se tiendraient cette année : il s’agissait probablement plus de montrer sa disposition à avancer que d’une vraie proposition. Cependant, on a commencé à faire attention aux sondages d’opinion : Si Zelensky reste évidemment présent, on note la popularité croissante de Zaloujny qui emporterait un deuxième tour.
L’Europe a tenté de revenir dans le jeu, en mettant en avant le seul atout dont elle dispose réellement : les avoirs russes. Une affaire de corruption a été alors révélée au sujet de Mme Mogherini, précédente responsable de la politique extérieure de l’UE. Des rumeurs ont simultanément couru sur Mmes Kallas et von der Leyen. L'ffaire en est restée là mais l’avertissement était clair : n’allez pas trop loin ! Il ne fallait pas en effet saisir lesdits avoirs russes, ni même gager un emprunt européen dessus (puisque comme il aurait été non remboursable, cela signifiait la saisie de facto des avoirs russes). La société Euroclear, les banques privées, le premier ministre belge, la BCE, le FMI ont averti Bruxelles : ne touchez pas à ces avoirs russes. A défaut, les Européens ont décidé le 12 décembre que ces avoirs russes seraient immobilisés jusqu’à la fin de la guerre. Ils ont pour cela utilisé une formule à la majorité qualifiée (article 122) qui a permis de contourner le veto hongrois. Il faut un vote de 15 Etats représentant 65 % de la population de l’Union. La Hongrie et la Slovaquie ont voté contre, tandis que Belgique et Italie émettaient des réserves. Peu après, on entendait également la Bulgarie et Malte évoquer leurs préoccupations.
L’autre avantage consistait à mettre ces avoirs à l’abri des vues américaines qui envisageaient de les utiliser dans le cadre des négociations. Bref, grâce à ce subterfuge, faute d’employer les fonds, les Européens en ont gelé l’utilisation ce qui était une façon de se faire entendre (un peu) dans la négociation. Mais l’essentiel résidait dans la discussion entre Washington et Kiev. Des réunions à Berlin ont eu lieu dimanche et lundi 15 décembre et on devine que des éléments de convergence se dessinent.
Pour faire simple et résumer les spéculations qui ont cours sur la base des rumeurs, il s’agit d’échanger des territoires contre des garanties de sécurité. La question d’une zone démilitarisée a été évoquée par certains : pas sûr que l’option soit acceptée par Moscou. Il se pourrait donc que Kiev accepte de rendre le bout de l’oblast de Donetsk qu’elle contrôle (mais en récupérant peut-être les morceaux des autres oblasts tenus par la Russie). Mais pour accepter cet échange, les Ukrainiens ont absolument besoin de garanties de sécurité. Il n’est plus question d’une adhésion à l’Otan (Moscou demanderait que l’accord écarte juridiquement cette option) ; l’adhésion à l’UE ne constitue pas un palliatif. Lundi soir, il se murmurait que les États-Unis accorderaient des garanties de sécurité bilatérales, « proches de celles données par l’Otan ».
Nous devrions savoir rapidement s’il y a accord : dans ce cas, nous passerions à autre chose qu’un conflit simplement militaire. Mais si cela ne débouche pas, l’alternative reste la poursuite de la guerre. L’heure de vérité approche.
Billet précédent :

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