Anatomie de l’offensive russe contre le système électrique ukrainien (Delwin)

Pourquoi le réseau cède sous la pression russe en 2025-2026 ?
Anatomie de l’offensive russe contre le système électrique ukrainien (Delwin)

Merci à Delwin pour cette analyse en profondeur du système électrique ukrainien, de sa résistance pendant trois ans, de sa fragilité en cet hiver 2026 sous les nouevlles frappes russes. LV

Introduction

Après trois ans de frappes en constante augmentation, les infrastructures énergétiques ukrainiennes sont au bord de l’effondrement à l’hiver 2025-2026, plongeant des millions de civils dans une situation sanitaire catastrophique, avec parfois seulement deux à trois heures d’électricité par jour.

D’aucuns se targuent d’y voir un soudain revirement russe dans le ciblage de certains sites de production, alors qu’ils s’en abstenaient auparavant ; d’autres imaginent des frappes sur les sites nucléaires en annonçant une possible apocalypse. Mais qu’en est-il réellement, et pourquoi la situation s’aggrave-t-elle ces dernières semaines, comme le relate Vitaliy Zaichenko, CEO d’Ukrenergo, dans le Kyiv Independent :

“The Russians are trying to disconnect the city and force people to move outside (Kyiv).”

Mettons les choses au clair immédiatement : l’enjeu est de dimension stratégique. Cette situation humanitaire n’est pas le produit d’un chaos accidentel, mais la conséquence directe d’une logique stratégique et technique qu’il convient d’analyser.

Les difficultés majeures actuelles résultent d’une accumulation de dégâts causés par des frappes russes massives et successives depuis trois ans et non d’un soudain changement d’approche. Le commandement russe a toujours eu au cœur de sa stratégie de prise de contrôle de l’Ukraine la destruction du système énergétique, qui contraindrait rapidement le pays à la reddition. Sans entrer dans les détails, il est impensable de conduire un conflit de haute intensité avec de petits réseaux décentralisés et des générateurs diesel. La logistique dans un pays de la taille de l’Ukraine, tout comme le coût d’une telle entreprise, serait immédiatement prohibitif.

La ville de Kyiv consomme déjà, pour ses seuls services d’urgence, environ 300 tonnes de fuel par jour, pour un coût annuel supérieur à 200 millions de dollars.
Par ailleurs, l’ensemble de l’industrie manufacturière ukrainienne, qui sert les opérations militaires, peut difficilement fonctionner de cette manière. Le réseau parallèle de chaudières (environ 18 000 unités dans le pays) requiert de l’électricité pour opérer : alimentation des pompes, démarrage, etc ; une demande difficile à compenser par une myriade de générateurs.

Dit simplement, l’effondrement définitif du réseau électrique causerait une défaite stratégique de l’Ukraine, du fait de son incapacité à poursuivre le conflit.

L’infrastructure électrique de l’Ukraine, un héritage soviétique.

Figure 1 Carte du réseau de transmission haute tension Ukrainien

Pour comprendre la relative lenteur avec laquelle les Russes endommagent cette infrastructure critique, il est indispensable de revenir aux fondamentaux techniques et à l’évolution historique du réseau électrique ukrainien. L’Ukraine, dont la base économique était l’industrie lourde, a hérité d’une infrastructure de production et de transmission électrique conçue sous l’URSS comme maillon clé du réseau intégré soviétique.

  1. Une capacité de production d’électricité à socle nucléaire en surcapacité
  2. Un réseau de transmission très haute tension, redondant et maillé sur deux niveaux de tension principaux : cœur de réseau 750 kV pour le transport  longue distance entre centrales nucléaires et 330 kV pour le réseau principal ;
  3. Une adaptation progressive depuis 2022 par l’augmentation des interconnexions d’import, la décentralisation et un recours accru au gaz.

1. La capacité de production électrique : >2× le pic de demande

Avant la guerre, l’Ukraine disposait d’une capacité installée de 53,3 GW, dont 14 GW de capacité nucléaire, représentant environ 50 % de la production annuelle.
Environ 30 GW de capacité de production thermique offraient au réseau une réserve flexible ainsi qu’un buffer supérieur à deux fois le pic de demande et à quatre fois la demande moyenne. Autant dire que la mise hors service de quelques centrales était pratiquement sans incidence.

À titre de comparaison, rapportée au PIB, l’Ukraine disposait d’une capacité installée par milliard d’euros environ six fois supérieure à celle de la France.

Seuls 38 GW étaient opérationnels et sous contrôle ukrainien avant l’invasion de 2022. La capture de la centrale de Zaporijjia (6 GW) ainsi que des centrales thermiques du Donbass sous contrôle russe amputent le réseau d’une portion significative de sa capacité, laquelle descend autour de 20 GW au printemps 2023.
Toutefois, le pic de demande actuel s’établit entre 17 et 20 GW (soirées de grands froids en hiver), avec une demande moyenne comprise entre 7 et 10 GW.

On constate donc qu’aujourd’hui, les trois centrales nucléaires encore en opération et les centrales hydroélectriques, qui forment la base du mix de production, peuvent à elles seules couvrir les besoins courants (environ 12 GW) mais pas les pics de consommation.
Les centrales nucléaires sont de facto politiquement intouchables, permettant à l’Ukraine de s’assurer une base de production stable. Paradoxalement, la baisse d’activité et l’émigration d’une partie de la population ont permis une réduction salvatrice de la demande en 2022-2023.

Toutefois, la capacité de production, aussi déterminante soit-elle, ne constitue qu’une partie de l’équation : sa disponibilité effective dépend intégralement du réseau de transmission.

2. Le réseau de transmission : un maillage fin en très haute tension

La carte ci-jointe (Figure 1) donne une idée de la taille et de la complexité de ce réseau. Il se compose principalement d’un cœur de réseau en très haute tension 750 kV reliant les centrales nucléaires entre elles (4 100 km), destiné au transport longue distance de grandes capacités vers les villes majeures et la capitale, et d’un réseau principal très étendu en 330 kV (13 000 km), alimentant les zones urbaines et industrielles et interconnectant l’ensemble des autres centrales.

Ces deux réseaux sont interconnectés par huit sous-stations majeures 750 kV / 330 kV, orchestrant la distribution selon de multiples configurations de lignes possibles.
Le réseau 330 kV est quant à lui distribué à travers 88 sous-stations, tandis que les autres niveaux de tension (800 kV, 110 kV), dans le détail desquels nous n’entrerons pas, comptent environ 40 sous-stations supplémentaires.

Ce maillage permet un pilotage efficace à l’échelle du territoire, malgré une vulnérabilité apparente autour des sous-stations du réseau 750 kV. Les centrales nucléaires sont par ailleurs également directement connectées au réseau 330 kV.
Enfin, chaque ligne dispose en standard d’au moins une ligne parallèle de redondance.

3. Adaptation depuis l’invasion

En complément de cet héritage, une adaptation continue a permis jusqu’à présent de stabiliser la situation.

  1. Passage d’un système centralisé à une « décentralisation forcée ».
    La contrainte de frappes récurrentes sur des actifs concentrés pousse à l’ajout de petites capacités modulaires (groupes électrogènes, turbines, cogénération locale) et à la protection physique des postes (murs, blindages, dispersion des stocks).
  2. Montée en importance des échanges (importations).
    La capacité d’importation dépasse désormais 2 GW, avec de nouvelles interconnexions au réseau européen en cours.
  3. Augmentation de la part du gaz dans le chauffage.
    La capacité de stockage a fortement augmenté afin de couvrir des besoins croissants en réduisant la dépendance à l’électricité.
  4. Réactivation de capacités dormantes et de matériels détruits.
    La remise en service et la restauration de plus de 4 GW ces dernières années ont permis de compenser partiellement les destructions, tandis qu’un système de fourniture de matériels de distribution électrique par les partenaires s’est révélé primordial. Par ailleurs, plusieurs sites renouvelables ont été mis en service en 2024 et 2025.

L’approche russe : de la prédominance des missiles à l’avènement des drones

Chronologie des frappes russes

Dans un premier temps, les frappes se sont concentrées sur les centrales thermiques (2022-2023 jusqu’au début de 2024), ainsi que sur certaines sous-stations haute tension.
Cependant, la multiplicité des cibles, plus de 135 sous-stations, usines, réseaux de chauffage, cibles militaires, ne permettait pas d’envisager une campagne de frappes sur le réseau électrique pouvant porter ses fruits uniquement avec les volumes disponibles de missiles Kalibr ou Zircon.

Chaque sous-station possède au minimum un second transformateur connecté à une ligne alternative, tandis que des équipements de réserve peuvent être installés depuis les stocks si nécessaire. Frapper une ou deux sous-stations par semaine n’a qu’un impact stratégique négligeable et ne produit qu’un effet tactique, tel qu’un arrêt local de production ou une pression psychologique.

Faisons les comptes : environ 100 sous-stations haute tension sous contrôle, avec en moyenne quatre transformateurs par poste (double fonction d'abaissement et de commutation multi-étages), soit 400 transformateurs fonctionnels à cibler, sans compter les équipements de redondance et les stocks de remplacement.
La capacité de lancement de missiles russes tourne autour de 500 unités par mois en moyenne selon le CSIS. Si nous prenons un taux d’interception d’environ 70 % pour cette simulation, cela représente environ 150 frappes effectives mensuelles. Or seuls les missiles les plus précis sont pertinents pour frapper des sous-stations, réduisant encore la couverture réelle : vraisemblablement à moins d’une cinquantaine par mois, toutes cibles confondues, sans compter les frappes manquées. Une estimation raisonnable serait donc de l’ordre de dix transformateurs détruits par mois.

Dit autrement, la capacité de régénération et de reconfiguration du réseau de transmission ukrainien dépassait largement la capacité de destruction par missiles des forces russes.

FIg 3 : Capacité de production

La première phase a toutefois permis la mise hors service de la grande majorité des centrales thermiques, dégradant la capacité de production de 21 à 12 GW (voir analyses AIEA en figure 3). Les estimations varient, mais entre les centrales sous contrôle russe et les dégâts de la campagne de frappes, 80 à 90 % de la capacité de production thermique est aujourd’hui à l’arrêt, ainsi qu’une partie de la production hydroélectrique.

Cette asymétrie structurelle entre capacités de destruction et de réparation explique l’évolution de l’approche russe à partir de 2024 : l’arrivée des drones Geran en masse change la donne, en permettant une augmentation considérable du volume des frappes à bas coût, saturant les défenses anti aériennes et rendant envisageable la mise hors service du réseau de transmission électrique.(voir analyses AIEA en figure 2)

Un drone Geran, avec une charge explosive d’environ 50 kg, est suffisant pour détruire un transformateur haute tension vulnérable même à une explosion dans un rayon de plusieurs mètres. Toutefois, force est de constater que même des milliers de frappes ne suffisent pas à provoquer un effondrement définitif immédiat. Une grande partie des quelque 100 sous-stations haute tension sous contrôle ukrainien ont été prises pour cible au cours des 12 derniers mois dont environ la moitié étaient encore endommagée à la mi-2025.

Cette approche en deux phases constitue aujourd’hui la principale cause des difficultés ukrainiennes à stabiliser la fourniture d’électricité dans les grandes villes.

Pourquoi les frappes russes commencent à « prendre le dessus » 

Tout d’abord, la capacité de production est au cordeau en ce début d’année 2026.
L’Ukraine est passée de 38 GW opérationnels et sous contrôle avant-guerre à environ 17 GW aujourd’hui. Cette érosion cumulative est inférieure au pic annoncé cet hiver, estimé entre 18 et 19 GW. La moindre perte d’actif, frappe sur une centrale ou mise hors service d’une sous-station, entraîne immédiatement un déficit, en particulier lors des soirées de grands froids.

Un problème systémique apparaît également du fait de la forte dégradation de la production flexible (thermique), entraînant des difficultés de pilotage du réseau en cas de dommages sur les sous-stations 750 kV / 330 kV, au cœur du transport de la production nucléaire « pilotable ».

Vient ensuite la fatigue logistique.
Un transformateur haute tension 750 kV, de plusieurs centaines de MVA, n’est pas un équipement standard disponible sur étagère. Il s’agit d’un équipement complexe, souvent unique, assemblé sur mesure et produit par une douzaine d’entreprises dans le monde, dont aucune n’est aujourd’hui organisée pour soutenir des cadences de guerre. L’accélération des frappes de drones sur ces équipements semble avoir récemment dépassé la capacité de remplacement et sévèrement entamé les stocks. Malgré les dons des partenaires européens, la production neuve ne suit pas. Le délai moyen entre la commande et la mise en service, dans des conditions à haut risque, est de l’ordre de 24 mois tandis que le coût unitaire se chiffre autour de plusieurs dizaines de millions d’euros selon le cahier des charges. L’Ukraine ne peut par ailleurs se prévaloir d’aucune priorité vis-à-vis de ces entreprises privées, dont les carnets de commandes sont souvent saturés. L’Ukraine disposait avant-guerre d’un fabricant de ce type de transformateurs, mais les informations sur cette entreprise sont rares et son site internet est hors service. Le même problème se pose pour les pièces détachées et autres équipements (disjoncteurs, relais, capteurs…) nécessaires aux diverses réparations, en particulier dans les centrales. Les stocks soviétiques se tarissent pour la base installée, sans accès aux principaux fournisseurs.

Enfin, la main-d’œuvre requise pour de tels travaux est hautement qualifiée, limitant de facto le nombre de chantiers pouvant être conduits en parallèle. Les équipes ukrainiennes, pourtant héroïques, ne parviennent plus à suivre le rythme des destructions. Un membre du comité exécutif et ancien CEO d’Ukrenergo, opérateur du réseau de transmission, est décédé fin janvier lors d’une opération de maintenance sur une sous-station, révélant un manque de cadres qualifiés.

La disponibilité en électricité est ainsi passée de 47 % à la mi-janvier à 34,7 % au 24 janvier, démontrant l’accélération des destructions sur le réseau, notamment sur les sous-stations critiques.

La situation décrite par le CEO de DTEK, Maksym Timchenko, l’un des principaux exploitants privés de centrales, lors du Forum de Davos, est critique :

“We are on the verge of a humanitarian catastrophe. People get electricity for 3-4 hours, and then have a 10-15-hour break. We have apartment buildings that have not had heating for weeks.”

Les dégâts accumulés dépassent probablement 20 milliards de dollars (un rapport du KSE datant de février 2025 les estimait à 14,6 milliards).

Si le cœur du réseau 750 kV, ainsi qu’une part significative du réseau 330 kV, venait à s’effondrer, il est probable que les centrales nucléaires devraient être mises à l’arrêt. Dans un tel scénario catastrophe, une grande partie du pays se retrouverait sans électricité de manière prolongée. Les centrales ne redémarrant pas facilement une fois arrêtées (à la différence de la production flexible de type thermique) une part importante du réseau de chauffage, même priorisée, ne pourrait plus fonctionner normalement.

S’il est improbable que l’ensemble du système électrique s’effondre dans un scénario apocalyptique, du fait de la décentralisation et de l’isolement sectoriel mis en place récemment pour éviter précisément cette situation, force est de constater que l’accumulation des dégâts cet hiver pointe vers une victoire stratégique sur ce front pour Moscou. C'est un atout majeur dans des négociations qui continueront discrètement tout au long de l’année.

L’année 2026 débute ainsi sous les pires auspices pour l’Ukraine, après une année 2025 déjà compliquée sur le plan militaire : déroute à Koursk, dégradation conséquente de sa flotte de blindés lourds, perte d’une partie de ses villes-forteresses du Donbass (Pokrovsk, Siversk, Houliaïpole) et accroissement inquiétant des désertions. À cela s’ajoutent l’aggravation du déficit et des difficultés économiques que la destruction en cours du réseau électrique ne manquera pas d’amplifier, via la mise à l’arrêt des entreprises et l’exode urbain.

Certains estiment que l’Ukraine pourrait répliquer l’approche russe en détruisant les sous-stations haute tension à l’aide de drones Liutyi, quasi équivalents aux Geran. Cette option n’est pas réaliste. Le maillage du réseau russe est dense, le rendant capable de se reconfigurer après des frappes. Il faudrait un volume de drones bien supérieur aux quelque 100 lancés quotidiennement en moyenne contre les raffineries russes pour espérer un effet stratégique. Idéalement, il faudrait compléter ces drones par plusieurs dizaines de missiles longue portée quotidiens, ce qu’aucun pays de l’OTAN n’est aujourd’hui capable de fournir ou de produire dans de tels volumes.

In fine, la Russie aura mis trois ans et une approche en deux phases : 1) les centrales thermiques, 2) le cœur du réseau de transmission avec l’avènement des drones, pour parvenir à déstabiliser un système électrique d’héritage soviétique robuste et surdimensionné. Une démonstration de la difficulté à mettre hors service de telles infrastructures lorsqu’elles sont bien défendues et conçues dès l’origine pour faire face à des campagnes aériennes de ce type.

 

Delwin Strategy est consultant en stratégie et accompagne les directions d’entreprises de secteurs critiques, de l’Asie à l’Europe. Il a été basé en Asie, dans l’ancienne sphère d’influence soviétique, et possède une expérience approfondie des environnements économiques et géopolitiques sensibles. Son expérience couvre par ailleurs les réseaux de distribution électrique.

 

Bibliographie (sélection)

  1. International Energy Agency (IEA) — Ukraine’s Energy Security: A Pre-Winter Assessment, 10 octobre 2025.
  2. International Energy Agency (IEA) — Ukraine’s Energy Security and the Coming Winter, 19 septembre 2024 (analyse de cadrage).
  3. DiXi Group — Summer Outlooks 2025, 29 mai 2025
  4. European Bank for Reconstruction and Development (EBRD) — Documents de projets Ukrenergo : ~21 800 km de lignes 220–750 kV.
  5. Organisation for Economic Co-operation and Development (OECD) — Rapport (référence aux données Ukrenergo, 2019) : 137 postes 220–750 kV ; 21 800 km de lignes de transport (« trunk lines »).
  6. ENTSO-E — Communiqué de synchronisation d’urgence du réseau ukrainien, 16 mars 2022.
  7. Ukrenergo — Annonce officielle de la synchronisation au réseau européen, 16 mars 2022.
  8. Kyiv School of Economics (KSE) Institute — Infrastructure Damage Assessment, novembre 2024 (publié en février 2025).
  9. Ukrinform — Plus de 99 % des chaufferies en service au 3 décembre 2025.
  10. Reuters — Crise énergétique en Ukraine et mesures d’urgence, janvier 2026 : ~60 % des besoins couverts ; importations, coordination régionale et réserves de carburant.
  11. Brookings Institution — Analyse, 7 octobre 2025 : restauration d’environ 4–5 GW via équipements livrés (UE, Japon) et rôle des capacités flexibles.
  12. Center for Strategic and International Studies (CSIS) — Assessing Russian Firepower: Strikes on Ukraine.

 

 

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