A propos du naval européen de Défense (cf. La Vigie n°79)

A la suite de notre numéro 79  (lien) traitant, entre autres, du Naval européen, un de  nos abonnés nous envoie ce billet : merci à lui (vous aussi, vous pouvez participer au b=débat en discutant les articles et billets publiés sur le site, en libre lecture ou dans les numéros abonnés). JDOK.

Dans sa dernière livraison, La Vigie souligne l’intérêt pour la défense de l’Europe des industriels européens impliqués dans la construction navale militaire et se félicite des perspectives ouvertes par l’accord STX/ FINCANTIERI/ NAVAL GROUP.

Il convient d’éclairer ces perspectives par un retour sur le développement de la coopération navale militaire en Europe au cours des 30 dernières années en prenant en compte les facteurs suivants : (cliquer pour lire la suite, gratuit) Continue reading « A propos du naval européen de Défense (cf. La Vigie n°79) »

De la « décertification » de M. Trump (TFN)

Certification de l’accord nucléaire iranien, au-delà de la communication politique

1 – La question nucléaire iranienne, centrale dans la communication politique n’est pas le cœur du problème Iranien. Si l’Iran est confiné d’un point de vue économique c’est pour une raison très différente : ce pays est le laboratoire de la contre-mondialisation. S’il dérange, c’est qu’il a mis au point un système idéologique extrêmement élaboré prônant le rétablissement des frontières, la perpétuation des identités et désignant comme ennemi le mondialisme et son moteur.

Iran: Trump garde l'accord sur le nucléaire mais va imposer d'autres sanctionsSource

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La sécession catalane au prisme de l’histoire (TFN)

LA SÉCESSION CATALANE AU PRISME DE L’HISTOIRE DES ÉMIETTEMENTS POLITIQUES

Encore un billet de Th. Flichy de La Neuville, notre chroniqueur fétiche ! JDOK

La Catalogne après le référendum : "On est au bord de la guerre civile"

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Les derniers événements de Catalogne, tout comme la volonté de plusieurs pays d’Europe centrale de retrouver le contrôle de leurs frontières, ne sont pas sans rappeler un épisode historique analogue : celui de la grande crise du IIIe siècle qui ébranle l’Empire romain entre 235 et 284 après J-C. En un temps d’importante instabilité politique  (le règne des empereurs dure deux an et demi en moyenne et le Sénat a été réduit à une chambre d’enregistrement), la crise financière se conjugue aux migrations massives pour ébranler l’Empire. C’est alors que les deux provinces les plus exposées militairement font sécession. Il s’agit de la Syrie, soumise à la pression des Perses, qui s’émancipe sous la conduite de la Reine Zénobie. Celle-ci fonde l’Empire de Palmyre en Orient.

A l’autre bout de l’Empire, la Gaule – soumise aux invasions germaniques – se sépare elle aussi de Rome, sous la conduite du Général Postumus, qui crée l’Imperium Galliarum (260-274 ap. J-C). Ces tendances centrifuges s’expliquent par l’incapacité de la bureaucratie romaine de répondre aux nouveaux défis. Le troisième siècle romain, tout comme l’histoire des émiettements politiques – par exemple, celui des reyes de taïfas dans l’Espagne médiévale – nous invitent par conséquent à une réflexion prospective sur le positionnement des futures lignes de fracture en Europe. Une chose paraît probable en tout cas : si les velléités de sécession de la Catalogne avaient été combinées à une déviation des flux migratoires vers l’Espagne, celle-ci aurait déjà perdu une province à l’heure qu’il est.

Thomas Flichy de La Neuville

Jean-Vincent Holeindre, La ruse et la force : une autre histoire de la stratégie (fiche lecture)

Martine Cuttier, fidèle lectrice, nous envoie cette fiche de lecture de l’ouvrage de Jean-Vincent Holeindre, paru avant l’été. L’auteur est directeur scientifique de l’IRSEM depuis 2016, ce qui redouble l’intérêt pour son livre. Merci à elle. JDOK.

L’auteur étudie la guerre, « la plus extrême des violences politiques » à partir du double prisme de l’emploi de la force, source de mort et de désolation, et de l’ingéniosité humaine qu’est la ruse. Force et ruse, opposées et complémentaires, structurent les représentations de la guerre et de la stratégie dans l’aire occidentale. Il le montre en se plaçant du point de vue du temps long de l’histoire quant à  leur usage sur le plan de la stratégie et de la tactique. Afin d’en explorer la dialectique dans l’histoire de la stratégie, l’auteur fonde son analyse avec prudence sur la chronologie, plaçant son objet d’étude dans son environnement politique et social. Autre excellente méthode pour éviter les contresens. Continue reading « Jean-Vincent Holeindre, La ruse et la force : une autre histoire de la stratégie (fiche lecture) »

Relations franco-thaïlandaises (P. Tran-Huu)

Pascal Tran-Huu, lecteur fidèle de La Vigie, nous fait parvenir ce texte. Mille mercis à lui. Suivant l’usage, nous lui attribuons un abonnement gratuit de six mois. Si vous aussi avez des textes stratégiques ou géopolitiques, n’hésitez pas à nous les envoyer. JDOK

On se souvient, qu’avant de s’appeler Thaïlande, ce pays s’appelait Siam. C’était, bien sûr, avant 1939.  Ce que l’on sait moins, c’est que le royaume fut l’un des premiers en Asie du Sud-Est à établir, au XVIIe siècle, des relations d’Etat à Etat avec les souverains européens dont Louis XIV.  C’est, du reste, à cette période que commence les relations entre la France et le Pays du Sourire, comme nous aimons à le surnommer.  Au cours de ces quelques lignes, je vais essayer de vous brosser l’histoire de nos relations avec le Royaume de Siam. Forcément imparfaite, cette relation ne se veut qu’une esquisse documentée…

 

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Le Cardinal de Retz, mots d’esprit pour temps de troubles (Th. F. de La neuville)

L’été est l’occasion de relire les classiques, ou tout simplement de les découvrir (voir la lecture faite de La Boétie dans égéa). Thomas Flichy de La Neuville, parrain fidèle de La Vigie, nous livre ici quelques leçons tirées du Cardinal de Retz, fameux mémorialiste du XVIIè siècle. Merci à lui. JDOK

Jean-François de Gondi se savait trop léger pour prétendre s’emparer du pouvoir. Cet agitateur professionnel nous a pourtant légué, au fil de ses Mémoires, quelques traits extraordinairement lucides sur la métamorphose d’un l’État en temps de guerre civile.

Le cardinal de Retz, 1613-1679 (portrait anonyme conservé au château de Blois). Photo © AFP

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L’une des caractéristiques de la Fronde fut en effet de mêler très étroitement la bataille judiciaire à celle des rues, et il ne fut pas rare de voir des robins abandonner soudainement le prétoire pour tirer l’épée. Ils n’étaient d’ailleurs pas seuls à se battre en un temps où l’on voyait des enfants de cinq et six ans avec les poignards à la main. C’étaient leurs propres mères qui les leur apportaient[1]

Ceci amène le cardinal de Retz à décrire crûment la déliquescence des pouvoirs publics : « Le dernier point de l’illusion en matière d’État, est une espèce de léthargie qui n’arrive jamais qu’après les grands symptômes. Le renversement des anciennes lois, l’anéantissement de ce milieu qu’elles ont posé entre les peuples et les rois, l’établissement de l’autorité purement et absolument despotique »[2].

Le mémorialiste en profite naturellement pour attaquer les actions d’intoxication du camp adverse, incarné par Mazarin, qui promit tout car il ne voulut rien tenir[3]. En effet, comme le grand secret de ceux qui entrent dans les emplois est de saisir d’abord l’imagination des hommes par une action de circonstance[4], les bruits les plus spectaculaires ne pourraient être qu’écrans de fumée. Le vieux Prince d’Orange disait que le moment où l’on recevait les plus grandes et les plus heureuses nouvelles était celui où il fallait redoubler son attention pour les petites[5].

Encore fallait il constituer une opposition solide au pouvoir royal, ce qui n’était pas le cas du Parlement de Paris sujet aux pressions comme aux divisions. Gondi se fait la réflexion qu’on a d’ordinaire plus de peine dans les partis, à vivre avec ceux qui en sont, qu’à agir contre ceux qui y sont opposés[6]. N’est on pas plus souvent dupé par la défiance que la confiance[7] ? Le cardinal de Retz se défie du clergé qui donne toujours l’exemple de la servitude, et la prêche sous le titre d’obéissance[8]. Enfonçant plus avant la pointe, il ajoute n’y a t’il rien de si juste à l’illusion que la piété [9]?

Cerné de toutes parts, il ne reste plus au coadjuteur de Paris que de se reposer sur des intelligences plus ternes que la sienne mais plus persévérantes : Brion avait fort peu d’esprit ; mais il avait beaucoup de routine, qui en beaucoup de choses supplée à l’esprit[10]. L’appui de ces travailleurs fidèles ne fut pas suffisant pour lui éviter son éloignement définitif de la Cour. D’où une réflexion ultime dont la profondeur fut creusée à la solitude : « Il y a des temps où la disgrâce est une manière de feu qui purifie toutes les mauvaises qualités et qui illumine toutes les bonnes »[11].

TFLN

[1] Cardinal de Retz, Mémoires, Paris, Librairie Garnier, 1934, p. 127

[2] Cardinal de Retz, Mémoires, Paris, Librairie Garnier, 1934, p. 90

[3] Cardinal de Retz, Mémoires, Paris, Librairie Garnier, 1934, p. 88

[4] Cardinal de Retz, Mémoires, Paris, Librairie Garnier, 1934, p. 58

[5] Cardinal de Retz, Mémoires, Paris, Librairie Garnier, 1934, p. 248

[6] Cardinal de Retz, Mémoires, Paris, Librairie Garnier, 1934, p. 138

[7] Cardinal de Retz, Mémoires, Paris, Librairie Garnier, 1934, p. 20

[8] Cardinal de Retz, Mémoires, Paris, Librairie Garnier, 1934, p. 66

[9] Cardinal de Retz, Mémoires, Paris, Librairie Garnier, 1934, p. 20

[10] Cardinal de Retz, Mémoires, Paris, Librairie Garnier, 1934, p. 42

[11] Cardinal de Retz, Mémoires, Paris, Librairie Garnier, 1934, p. 62

Défense de l’Europe post-Brexit : que veut le Royaume-Uni ? (C. Glock)

A la suite de notre numéro 71 (gratuit)  qui s’interrogeait sur le Royaume-Uni, une de nos lectrices,  jeune chercheuse, nous a envoyé cet article qui précise les relations franco-britanniques en matière de défense. Il s’agit d’une utile contribution dont nous la remercions. JDOK

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Suite au référendum du 23 juin 2016, le Royaume-Uni a invoqué le 29 mars dernier l’article 50 du Traité de Lisbonne, enclenchant ainsi concrètement la procédure de son retrait de l’Union européenne (UE). Comment envisage-t-il désormais ses échanges avec ses voisins européens en matière de Défense ? Plus particulièrement, la coopération bilatérale de défense Royaume-Uni/France, unique en Europe, va-t-elle s’affaiblir ou au contraire se renforcer ?

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Les Balkans, entre discordes politiques internes et enjeux géostratégiques (A. Seiti)

Arta Seiti, chercheuse en géopolitique, responsable du groupe d’études balkaniques (IPSE) et chargée de cours à l’Université catholique de Lille – Master 1 Relations internationales, est spécialiste des Balkans et nous propose ce texte sur une région européenne que nous ne regardons plus, alors qu’ils s’y passe des évolutions fort sensibles qui n’étonneront que es distraits : pas les lecteurs de La Vigie, à coup sûr ! JDOK.

Les Balkans produisent un état générateur de désordre interne et de tension notamment après les élections américaines, qu’il conviendrait d’analyser finement. Les enjeux qui se posent sont multiples et ont trait, en premier lieu, au marasme économique qui s’est emparé de cette région sur fond de crise aiguë financière européenne, crise structurelle des institutions européennes et de la zone euro. L’atonie économique de la zone euro affichée dans les crises grecques a valeur de laboratoire et la crise structurelle grecque et la crise de la zone euro s’interpénètrent (1). Dans les Balkans, le chômage important et l’émigration massive (2) suscitent un trouble inhérent au quotidien exprimant ainsi un profond désarroi des peuples.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/85/Balkan_topo_fr.svg/langfr-280px-Balkan_topo_fr.svg.png Source Continue reading « Les Balkans, entre discordes politiques internes et enjeux géostratégiques (A. Seiti) »

La commission militaire centrale et le pouvoir du président Xi (A. Payette)

Voici un sujet négligé en France : celui de la construction du pouvoir du président chinois Xi, qui semble vouloir durer. Or, il s’appuie fortement sur l’Armée Populaire de Libération (APL) et la question des nominations est cruciale puisqu’elle articule les questions militaires aux questions politiques. Dans cet article, un jeune chercheur, Alex Payette, décrit les hommes de cette manœuvre. Merci à lui. JDOK 

Lors d Source

 

À quelques mois du 19e Congrès du Parti communiste chinois, Xi Jinping s’affaire à placer ses hommes à des postes clés tant en province (p. ex gouverneurs, secrétaires du Parti, etc.), dans les hauts organes du Parti (p. ex département de la propagande, commission disciplinaire, etc.) que dans les hautes sphères du commandement de l’armée populaire de libération (APL), dont la commission militaire centrale (CMC). Au moins cinq individus devront être remplacés à la fin 2017 – en raison de leur âge avancé, dont Fan Changlong [范长龙] (1947), Chang Wanquan [常万全] (1949), Zhao Keshi [赵克石] (1947), Wu Shengli [吴胜利] (1945) et Ma Xiaotian [马晓天] (1949). Continue reading « La commission militaire centrale et le pouvoir du président Xi (A. Payette) »

Plaudite, Acta est fabula : un nouvel Auguste (Th. Flichy de La Neuville)

Ce texte d’un de nos chercheurs associés, Thomas Flichy de La Neuville, nous a semblé parfaitement pertinent pour comprendre, qui sait, l’air du temps. Auguste, premier empereur qui n’accepta pas le titre, tyran mais constructeur d’empire… Un modèle ?  JDOK

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Applaudissez, la pièce est jouée. Tels auraient été les derniers mots prononcés par l’Empereur Auguste avant de succomber à une figue empoisonnée. Cet homme énigmatique qui avait prit un soin jaloux à ne jamais définir le régime nouveau qu’il instaurait fut décrit a posteriori par Julien l’Apostat comme un « caméléon changeant de couleur, tour à tour pâle, rouge, noir, et puis après charmant comme Vénus ».

Fils de banquier, Octave-Auguste avait été introduit progressivement par César sur la scène publique. Il apparut chevauchant à ses côtés lors de son triomphe pour ses victoires en Afrique le 15 juillet 46. Mais à cette époque, personne ne le prenait encore véritablement au sérieux. Auguste en profita pour gagner la confiance de certains partisans de César, qui pour la plupart ne voyaient en lui qu’un jeune héritier fragile et facile à manipuler. Sans doute ignoraient ils qu’Auguste avait l’art de se rendre maître des foules : lors des festivités marquant la mort de César, Auguste parvint à se servir habilement de l’apparition d’une comète, pour faire croire au peuple qu’il s’agissait de la manifestation de l’âme de César rejoignant le domaine des dieux avant de le désigner pour héritier.

C’est ainsi que cet éternel trentenaire prit le pouvoir pour ne jamais le rendre. Il se prétendit ami de la concorde, faisant bâtir à grand frais le temple de la paix de 13 à 9 avant J-C, pourtant, jamais homme ne se livra davantage à la guerre. Sous son règne, l’état d’urgence permanent fut instauré. Auguste, prétendit rendre la liberté à la république pour mieux vider ses institutions de leur substance. Dans une Rome profondément divisée entre Optimates et Populares, Auguste, instaura une dictature déguisée au cours de laquelle la plupart des citoyens furent dupés.

Aussi n’est-il pas inutile de rappeler un mot de Montesquieu à son égard : pendant que sous Auguste, la tyrannie se fortifiait, on ne parlait que de liberté. 

Thomas Flichy de La Neuville

Professeur à l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr