Les Balkans, entre discordes politiques internes et enjeux géostratégiques (A. Seiti)

Arta Seiti, chercheuse en géopolitique, responsable du groupe d’études balkaniques (IPSE) et chargée de cours à l’Université catholique de Lille – Master 1 Relations internationales, est spécialiste des Balkans et nous propose ce texte sur une région européenne que nous ne regardons plus, alors qu’ils s’y passe des évolutions fort sensibles qui n’étonneront que es distraits : pas les lecteurs de La Vigie, à coup sûr ! JDOK.

Les Balkans produisent un état générateur de désordre interne et de tension notamment après les élections américaines, qu’il conviendrait d’analyser finement. Les enjeux qui se posent sont multiples et ont trait, en premier lieu, au marasme économique qui s’est emparé de cette région sur fond de crise aiguë financière européenne, crise structurelle des institutions européennes et de la zone euro. L’atonie économique de la zone euro affichée dans les crises grecques a valeur de laboratoire et la crise structurelle grecque et la crise de la zone euro s’interpénètrent (1). Dans les Balkans, le chômage important et l’émigration massive (2) suscitent un trouble inhérent au quotidien exprimant ainsi un profond désarroi des peuples.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/85/Balkan_topo_fr.svg/langfr-280px-Balkan_topo_fr.svg.png Source Continue reading « Les Balkans, entre discordes politiques internes et enjeux géostratégiques (A. Seiti) »

La commission militaire centrale et le pouvoir du président Xi (A. Payette)

Voici un sujet négligé en France : celui de la construction du pouvoir du président chinois Xi, qui semble vouloir durer. Or, il s’appuie fortement sur l’Armée Populaire de Libération (APL) et la question des nominations est cruciale puisqu’elle articule les questions militaires aux questions politiques. Dans cet article, un jeune chercheur, Alex Payette, décrit les hommes de cette manœuvre. Merci à lui. JDOK 

Lors d Source

 

À quelques mois du 19e Congrès du Parti communiste chinois, Xi Jinping s’affaire à placer ses hommes à des postes clés tant en province (p. ex gouverneurs, secrétaires du Parti, etc.), dans les hauts organes du Parti (p. ex département de la propagande, commission disciplinaire, etc.) que dans les hautes sphères du commandement de l’armée populaire de libération (APL), dont la commission militaire centrale (CMC). Au moins cinq individus devront être remplacés à la fin 2017 – en raison de leur âge avancé, dont Fan Changlong [范长龙] (1947), Chang Wanquan [常万全] (1949), Zhao Keshi [赵克石] (1947), Wu Shengli [吴胜利] (1945) et Ma Xiaotian [马晓天] (1949). Continue reading « La commission militaire centrale et le pouvoir du président Xi (A. Payette) »

Plaudite, Acta est fabula : un nouvel Auguste (Th. Flichy de La Neuville)

Ce texte d’un de nos chercheurs associés, Thomas Flichy de La Neuville, nous a semblé parfaitement pertinent pour comprendre, qui sait, l’air du temps. Auguste, premier empereur qui n’accepta pas le titre, tyran mais constructeur d’empire… Un modèle ?  JDOK

http://www.histoire-fr.com/images/Auguste_empereur.gif

Source

Applaudissez, la pièce est jouée. Tels auraient été les derniers mots prononcés par l’Empereur Auguste avant de succomber à une figue empoisonnée. Cet homme énigmatique qui avait prit un soin jaloux à ne jamais définir le régime nouveau qu’il instaurait fut décrit a posteriori par Julien l’Apostat comme un « caméléon changeant de couleur, tour à tour pâle, rouge, noir, et puis après charmant comme Vénus ».

Fils de banquier, Octave-Auguste avait été introduit progressivement par César sur la scène publique. Il apparut chevauchant à ses côtés lors de son triomphe pour ses victoires en Afrique le 15 juillet 46. Mais à cette époque, personne ne le prenait encore véritablement au sérieux. Auguste en profita pour gagner la confiance de certains partisans de César, qui pour la plupart ne voyaient en lui qu’un jeune héritier fragile et facile à manipuler. Sans doute ignoraient ils qu’Auguste avait l’art de se rendre maître des foules : lors des festivités marquant la mort de César, Auguste parvint à se servir habilement de l’apparition d’une comète, pour faire croire au peuple qu’il s’agissait de la manifestation de l’âme de César rejoignant le domaine des dieux avant de le désigner pour héritier.

C’est ainsi que cet éternel trentenaire prit le pouvoir pour ne jamais le rendre. Il se prétendit ami de la concorde, faisant bâtir à grand frais le temple de la paix de 13 à 9 avant J-C, pourtant, jamais homme ne se livra davantage à la guerre. Sous son règne, l’état d’urgence permanent fut instauré. Auguste, prétendit rendre la liberté à la république pour mieux vider ses institutions de leur substance. Dans une Rome profondément divisée entre Optimates et Populares, Auguste, instaura une dictature déguisée au cours de laquelle la plupart des citoyens furent dupés.

Aussi n’est-il pas inutile de rappeler un mot de Montesquieu à son égard : pendant que sous Auguste, la tyrannie se fortifiait, on ne parlait que de liberté. 

Thomas Flichy de La Neuville

Professeur à l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

La Côte d’Ivoire : exemple de sortie de crise ? (M. Cuttier)

La Côte d’Ivoire est sortie des radars de l’actualité française. Pourtant, la crise y fut très longtemps présente dans les préoccupations françaises, tout au long des années 2000. Depuis, on s’en désintéresse : signe d’une sortie de crise réussie ou zone grise mise à l’écart tant qu’elle ne fait pas de bruit ? Martine Cuttier, docteur en histoire et enseignante en master à l’université de Toulouse 3, nous en dit plus : merci à elle. JDOK

Membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, détentrice du droit de veto, la France continue à s’occuper des affaires du monde en proposant des options de sortie de crise. Elle reste active dans sa zone traditionnelle d’influence sub-saharienne, où elle intervient en premier une fois obtenue la caution de la communauté internationale par une résolution du Conseil et constitué ensuite une coalition.

Dans le cas de la Côte d’Ivoire qui a traversé une décennie de crise politique, quelle méthode de sortie de crise fut proposée, comment fut elle appliquée et quelles en sont les limites ?

 Source

Cette contribution s’appuie sur une communication récente du général de corps d’armée (2S) Bruno Clément-Bollée pour la revue Res Militaris[1] dans laquelle il propose une démarche de sortie de crise, fruit d’expériences empiriquement menées au gré de sa carrière en Afrique. Elle n’est pas une doctrine officielle.

Continue reading « La Côte d’Ivoire : exemple de sortie de crise ? (M. Cuttier) »

La République de Centrafrique peut-elle se passer de la France (et inversement) ? (C. Glock)

La Vigie est heureuse d’ouvrir ses colloques à de jeunes plumes. Cynthia Glock nous propose ici de faire le point sur la Centrafrique et ses relations avec la France. Merci à elle. JDOK.

Le 31 octobre 2016, le ministre de la Défense français Jean-Yves Le Drian annonçait la fin de l’opération militaire Sangaris en Centrafrique. Après trois ans d’intervention et malgré un début de stabilisation, la situation sécuritaire de cet Etat failli, plongé dans une crise économique chronique sur fond de tensions ethnico-religieuses, ne s’est pourtant pas franchement améliorée…

Image result for centrafrique

 Source

Début décembre 2013, alors que la République de Centrafrique (RCA) est à l’aube de sa troisième guerre civile en moins de dix ans (2004-2007, 2012-2013 puis 2013-2014) [1], la France alerte ses partenaires des Nations-Unies – jusqu’ici peu concernés – sur l’urgence de la situation. Alors qu’elle-même déploie déjà près de 4000 militaires au Mali dans le cadre de l’opération Serval, la France fait voter la résolution 2127 le 5 décembre 2013, qui permet la mise en place de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique[2] (Misca) et son appui par le lancement de l’opération française Sangaris.

Continue reading « La République de Centrafrique peut-elle se passer de la France (et inversement) ? (C. Glock) »

Points chauds du Maghreb (Amb. Sid Ahmed Ounaies)

C’est dans le cadre du Cercle euromaghrébin de l’ISC et sous l’égide de La Vigie et de la RDN que l’ambassadeur Sid Ahmed Ounaies, ancien ministre des affaires étrangères de Tunisie, a présenté le 17 mars dernier la communication suivante qui évoquait les points chauds du Maghreb aujourd’hui. Ce faisant, il a permis aux participants du cercle qui se réunit tous les mois à Paris de détailler la situation sécuritaire de la Tunisie et de la région libyenne et sahélienne. Le texte de cette communication originale sera également publié par le journal algérien EL WATAN et posté sur le site du Cercle euromaghrébin. JDOK

L’instabilité de la région s’explique, à première vue, par la guerre sans fin qui se poursuit en Libye, par la dégradation de la situation sociale et l’ampleur de l’économie informelle, ainsi que par l’insécurité née de la menace terroriste. Plus au fond, la région traverse une phase de transition globale touchant la gestion politique, l’économie, l’éducation, les secteurs sociaux, l’état des villes et l’environnement. Nous constatons l’avènement d’une génération qui manifeste des exigences tout autres relativement au politique et à l’existentiel. A la faveur de la révolution qui a éclaté en 2011 et qui a ébranlé les régimes arabes de bout en bout de la région, les peuples élèvent la voix, bravent l’autorité et n’acceptent plus de vivre dans la précarité, dans l’incertitude et dans des villes passablement délabrées et polluées ; ils placent les gouvernements sous tension.

Source

La transition se développe sur le fond de rapports intermaghrébins bloqués, loin de répondre aux nécessités d’une coopération régionale en rapport avec la fraternité et la solidarité naturelle des peuples du Maghreb. Les tensions évidentes entretiennent un climat de méfiance, sinon d’hostilité. Dans le fond, nous vivons une crise complexe où interfèrent la guerre civile larvée en Libye, un problème de gouvernance et l’absence d’une entente régionale. Continue reading « Points chauds du Maghreb (Amb. Sid Ahmed Ounaies) »

Quelle Europe prévoir ? (V. Fèvre)

Nous sommes heureux d’accueillir ce texte de Victor Fèvre, nouveau chercheur associé de La Vigie qui vient de rejoindre l’équipe. Il travaillera sur les questions européennes et de souveraineté numérique. Ce texte reprend l’intervention prononcée par l’auteur lors du colloque de nos amis de l’IEE à l’Université Saint Louis, à Bruxelles, le 9 février 2017, que nous vous avions signalé.

Source

L’Union Européenne est quelque chose de concret et un progrès incroyable. L’ouverture des frontières et la monnaie unique restent un épisode inédit et extra-ordinaire dans l’Histoire. Toutefois, c’est devenu une évidence aujourd’hui. Les nouvelles générations considèrent cela comme acquis. Les programmes Erasmus sont une réalité pour les étudiants. Maintenant, il faut autre chose : la méthode de l’intégration fonctionnelle de Jean Monnet et de Robert Schuman n’est plus suffisante. L’UE ne parvient même pas à défendre ses frontières. Face à toutes les pressions et menaces qui s’exercent sur l’Union Européenne, la vraie question, au-delà de ses valeurs, est celle de son identité et de sa définition, tout simplement. Qu’est-ce que l’Union Européenne ? Pour exister, l’Europe doit se réinventer, doit se positionner, doit proposer un vrai projet d’avenir.

Nous allons d’abord observer ce que l’Europe n’est certainement pas, avant de décrire ce que l’Europe ne doit surtout pas être, pour enfin esquisser ce que l’Europe pourrait être.

Continue reading « Quelle Europe prévoir ? (V. Fèvre) »

Les inconnues de l’équation géostratégique 2017 (Pr. Khalifa Chater)

Nous sommes heureux d’accueillir cet article important du professeur Khalifa Chater, analyste tunisien réputé. Il est paru la semaine dernière dans l' »Economiste maghrébin », (n°704, du 25 janvier au 8 février  2017). Merci à lui et à nos confrères de l’EM. Voici une vision maghrébine des évolutions en cours dont nous n’avons habituellement que des perceptions occidentales. JDOK

http://www.courrierinternational.com/sites/ci_master/files/styles/image_original_1280/public/assets/images/stephff_2017-01-04-6736.jpg?itok=V7io1HGB source

Notre analyse de l’équation géopolitique 2017 prend nécessairement compte de l’évolution de la grille des valeurs de la connaissance. Nous appréhendons actuellement le défi de la nouvelle ère médiatique « post-vérité ». Le dictionnaire d’Oxford a choisi comme mot de l’année 2016 l’adjectif « post-truth » – en français, « post-vérité ». Apparue il y a une douzaine d’années, ce concept s’est cependant imposé en 2016 à la faveur de deux scrutins qui ont secoué le monde : le référendum du 23 juin sur le Brexit, qui a décidé de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, puis l’élection présidentielle américaine, dont Donald Trump est sorti vainqueur, le 8 novembre. (…) Continue reading « Les inconnues de l’équation géostratégique 2017 (Pr. Khalifa Chater) »

Activité des chercheurs de La Vigie

Vous le savez, La Vigie travaille avec un certain nombre de chercheurs associés (voir ici). En ce début d’année, il est bon de signaler leur activité.

Ainsi, Matthieu Boulègue parlera mardi soir puisque le programme Sogdiane du CAPE (Centre d’Analyse de la Politique Etrangère) vous invite à la conférence : Eurasie post-soviétique : une bombe à retardement ? Le mardi 24 janvier 2017 de 18h à 20h Ecole Militaire, Amphithéâtre Lacoste Entrée au 1 place du Maréchal Joffre Amphithéâtre Lacoste. Une Ukraine divisée entre Est et Ouest, une Russie de retour au premier plan, une stabilité de plus en plus fragile dans l’Asie Centrale et dans le Caucase… après une année 2016 riche en événements, quelles perspectives en 2017 ? Avec  :

  • « Russie – OTAN : évolution des tensions », Mathieu BOULEGUE, analyste du CAPE, en charge du programme Sogdiane sur l’Eurasie ; associé au cabinet de conseil AESMA
  • « Asie Centrale et Caucase : une montée des périls sécuritaires en 2017 ? », Didier CHAUDET, Directeur de la publication du CAPE ; chercheur associé, IFEAC (Institut Français d’Etudes sur l’Asie Centrale, Bichkek)
  • « Ukraine : Quand l’espace de liberté d’internet se fait champ de bataille », Christine DUGOIN-CLEMENT, analyste du CAPE, spécialiste des questions de guerre cyber et informationnelle, doctorante à la Sorbonne Paris 1

Inscription avec date et lieux de naissance auprès du Secrétariat du CAPE : cape.europe(a)gmail.com ou de cdugoin(a)gmail.com. N’oubliez pas de vous munir d’une pièce d’identité.

Signalons également la parution du numéro 4 d’ Orients Stratégiques, la revue dirigée par Pierre Berthelot. Elle est publiée chez l’Harmattan (voir ici pour le lien direct et ici pour le site de la revue). Elle s’intitule « Les frontières dans le monde arabe : Quels enjeux de pouvoirs  aux marges des États ?« . Le numéro est dirigé par Daniel  Meier.

Vous pouvez aussi lire le compte-rendu publié dans le site « Les clefs du Moyen-Orient ».

JDOK

Micmacs au pays du cacao: 2 mauvaises raisons de ne pas s’inquiéter et 1 bonne de s’alarmer

La Côte d’Ivoire a récemment connu une mutinerie à Bouaké. Près de 15 ans après le début de la guerre civile, cet événement n’est-il qu’un incident dans la normalisation conduite par A. Ouatarra, ou est-ce un signe annonciateur de quelque chose de plus grave  ? J. M. Lavoizard, notre correspondant, nous donne son éclairage. Merci à lui. La Vigie

Mutinerie Bouaké

Source

Issu du néerlandais muyte maken qui signifie faire une émeute, micmac décrit bien la situation politico-militaire actuelle en Côte d’Ivoire.

Ceux qui s’inquiètent de possibles conséquences économiques négatives des mutineries suspendues au règlement sonnant et trébuchant des engagements de la politique du chéquier peuvent se rassurer à bon compte, rien ne changera à court terme au plan économique. Pour les deux raisons suivantes : Continue reading « Micmacs au pays du cacao: 2 mauvaises raisons de ne pas s’inquiéter et 1 bonne de s’alarmer »